La mairie et le parc municipal


Le domaine du Parc ou « Le Château » abrite depuis 1952 la mairie d’Angoulins. Ce château est bien visible sur le cadastre napoléonien établi en 1811 mais la date de sa construction n’est pas vraiment connue, vraisemblablement une maison de villégiature construite au XVIIIe siècle. Ce château n’a rien à voir avec les seigneurs connus d’Angoulins avant l’abolition des privilèges en 1789.


Une maison de vacances de la bourgeoisie rochelaise

Au XIXe siècle, le domaine, dont le logis a été fortement remanié, appartient à la famille Seignette Monlun, riches propriétaires terriens. En 1800, Elie Louis Seignette devient le premier maire d’Angoulins.

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Cadastre de 1811. Un bâtiment important existe déjà à l’emplacement de la mairie actuelle.
La mairie d’Angoulins, anciennement le Domaine du Parc. En haut à gauche, le début du parc municipal, ancien parc du château. Image Google Maps

Les Seignette Monlun possèdent de nombreux biens à Angoulins (terres, vignes, marais).

« … Les bourgeois rochelais sont les principaux propriétaires fonciers d’Angoulins au XIXe siècle. Vers 1830, Monsieur Monlun, fait établir l’atlas de ses propriétés angoulinoises où plus de 180 parcelles sont recensées ».

Source : « Le Patrimoine des communes de Charente-Maritime », volume 1, page 155

Le 30 août 1871, Elisa Monlun épouse le marquis Théodore Leclerc de La Verpillière (voir note en bas de page). La cérémonie est exceptionnellement célébrée au château car le père d’Elisa est malade et ne peut se déplacer à la mairie. Le couple s’installe aussitôt à Lagnieu dans l’Ain d’où est originaire cet officier de cavalerie. Neuf mois plus tard, en mai 1872, elle hérite du domaine à la mort de son père, Paul.

La commune rachète le domaine

Le 5 avril 1893, Elisa signe la promesse de vente du domaine à la commune. La vente est définitivement conclue le 18 octobre 1895 chez Maître Chevalier, notaire à Angoulins alors que la municipalité dispose des biens depuis mai 1893.
Le domaine se compose alors de l’habitation principale, de chais et dépendances, d’une écurie, d’une laiterie, de brûleries, d’une distillerie et d’un grand parc au bout duquel la mère de Jeanne a construit sur un belvédère un joli pavillon. Vue imprenable sur la campagne et la mer ! Malheureusement, cette « tourelle », comme la nomment les angoulinois, sera sinistrée pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle ne sera jamais reconstruite.
Le château, les dépendances et le parc occupent alors une surface de 64700 mètres carrés (6 ha 47 ares).

Le château se compose des pièces suivantes :
Au rez-de-chaussée, 5 appartements, 1 salle à manger et 1 office ;
1er étage : 4 chambres, 1 salle de billard ;
Une construction contiguë au midi et au nord ;
Écurie, chai, jardin avec serres, le tout de 4 hectares.
Vente pour 42.000 francs (environ 170.000 euros).

Claude Torchon
Situation comparée du Château en 1892 et 2002. Sentier de découverte d’Angoulins, borne n°1.

Un domaine source de revenus pour la commune

Le conseil municipal du maire Gustave Guichard (1848-1911) décide d’affermer le château pour en tirer des revenus. Un confortable hôtel est ouvert en juillet 1896, il est géré pendant une vingtaine d’années par sa sœur Adèle Guichard (1854-1916) et son époux Louis Penisson (1841-1918), les arrières grands-parents de ma cousine Martine (repère pour la famille !).

À gauche devant la porte piétonne, Louis et Adèle Penisson, gérants de l’hôtel du Parc. Source familiale

En 1905, les anciennes écuries sont transformées en une laiterie renommée par un pharmacien, Joseph François Eury (1873 Torigni-sur-Vire (Manche) – 1954 Gennevilliers). Elle produit différents laits de 1905 à 1913, année de sa faillite. Ce bâtiment (3 sur le plan ci-dessus) a été rasé au début des années 1960 pour laisser la place au parking actuel de la mairie. L’aile droite du château (2 sur le plan) subira le même sort quelques années plus tard car celle de gauche a brûlé en 1940.

Un incendie endommage l’aile gauche du château. Elle sera finalement rasée. L’Écho Rochelais du 15 mars 1940. Source AD17

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Une marque de Cognac de renommée mondiale

Une annexe au château (5 sur le plan) abritait un chai, une brûlerie et une distillerie d’alcools développés par Arzac Seignette.
Au cours du XXe siècle, les alcools Seignette connaissent une renommée mondiale. La marque existe toujours, la preuve en image (à consommer avec modération !).

Source internet

Une nouvelle école très attendue

Les besoins en locaux scolaires sont pressants, les deux écoles existantes saturent. C’est une des raisons de l’achat du château. L’annexe est aménagée pour installer, à gauche, l’école des filles et, à droite, l’école des garçons. Et au milieu, la nouvelle mairie auparavant située rue Gambetta. Une configuration habituelle à cette époque !

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Le château quitte le domaine communal… pour y revenir !

En 1916, l’hôtel géré par la famille Penisson ferme ses portes. La commune décide de vendre le château aux enchères. Le 30 avril, Berthe Gillet (née en 1874 à Blois), veuve d’un entrepreneur de transport de La Rochelle, remporte l’adjudication.

En 1921, la veuve Gillet cède le château à une autre veuve, Camille Flandrin. Son mari, Henry Flandrin, né à Rochefort en 1859, est médecin militaire. Il est chevalier de la Légion d’Honneur depuis 1898.

De nombreux médecins sont issus de la famille Flandrin. Jusqu’en 1998, une clinique portait ce nom à Rochefort

Fin 1924, le château change une nouvelle fois de propriétaire. En l’occurrence, il s’agit encore d’une femme, Marie Pontier (1865-1944), divorcée depuis 1889 de Louis Favet (né en 1857 à Carpentras). Elle se remarie en 1927 à la mairie d’Angoulins avec Joseph Limouzin (1854-1931). Marie et Joseph ont habité le château pendant 17 ans, jusqu’au décès de celle-ci en 1944.

Au décès de Marie, sa fille Rose, née de son premier mariage, est l’unique héritière du château. Née à Carpentras en 1886, elle a épousé Alphonse Boissière en 1917 à Avignon. Le 24 juillet 1952, Rose revend à la mairie le château et ses annexes. Après quelques aménagements, les services communaux s’y installent définitivement.

Par la suite, l’ancienne mairie abritera le syndicat d’initiative. Les classes des filles et des garçons seront partiellement libérées à la création des nouvelles écoles primaires en 1955 et 1960. Aujourd’hui ce sont des salles de réunion (la salle Europe et la salle Jean Monnet), servant aux grands évènements et aux associations. Une médiathèque complète l’ensemble.

L’école primaire des garçons Jean Moulin et celle des filles, Hélène Boucher, ont été construites sur des terrains autrefois appartenants au Domaine du Parc. Comme quoi, en 1895, la décision de l’acheter, puis, en 1952, de le racheter fut d’excellentes et opportunes décisions.

Avant / après…

Le domaine était entouré de hauts murs et de belles grilles en fer forgé. Source AD17.
D’hier à aujourd’hui, l’avenue de la Gare vers 1910, l’avenue du Cdt Lisiack en 2021. Image Google Maps
Ce qu’il reste du château du XIXe siècle : une magnifique mosaïque à l’entrée de la mairie. Photo personnelle
2022. La mairie a été agrandie et entièrement rénovée. Photo personnelle
Jour/Nuit… Source : site internet de la mairie d’Angoulins

Note : pour l’anecdote, le 7 juillet 1874, à la mairie de La Rochelle, le marquis et son beau-frère Hyppolite Barbedette (magistrat, député et sénateur de la Charente-Inférieure, 1827-1901) sont les témoins du mariage de mon arrière arrière grand-père Jean François Léon Martineau (1845-1901), jardinier au château, et d’Elisabeth Henriette Félicité Martin (1850-1933). Comme dirait ma fille, « c’est kek’ chose ! »


Un évènement douloureux, les dommages de l’ouragan de 1999 au parc municipal

Le parc municipal en 1999. Image Géoportail
La même vue en 2000. Sans commentaire ! Image Géoportail

Documentation
Le Patrimoine des Communes de Charente-Maritime, Flohic Editions
Mémoire en Images, Angoulins, Denis Briand, Editions Alan Sutton
Mairie d’Angoulins
Archives Départementales 17
Photos personnelles