Le naufragé du Saint-Philibert


En parcourant l’Etat-Civil de la commune, année 1931, j’ai trouvé un acte de décès intéressant. Il est le témoin d’un tragique évènement survenu en juin de la même année, au nord de l’île de Noirmoutier.
En voici la transcription pour faciliter la lecture.

Le corps d’un inconnu est découvert à la Platère

Le 19 juillet 1931, à quinze heures, nous avons constaté le décès d’un individu du sexe masculin, dont l’identité n’a pas été établie. Trouvé noyé et ramené par la marée au lieu-dit « La Platère Sud », il était vêtu d’un petit gilet et d’un pantalon de drap grisâtre de teinte bleutée. Il n’avait pas de paletot. La couleur de sa chemise n’a pu être déterminée vu l’état de décomposition du cadavre. Il avait aux pieds une paire de souliers découverts à lacets en cuir jaune, qui avaient été noircis, et des chaussettes noires, auxquelles étaient fixées les agrafes de jarretelles. Un caleçon, en jersey à demi (?) était collé sur la peau. Les membres supérieurs étaient complètement décharnés, surtout au niveau des avants bras. Le cadavre de cet homme mesurait 1m70 environ, et ne portait aucun papier pouvant établir son identité. Il n’avait pas d’argent sur lui. Une ceinture en cuir jaune d’une largeur de deux centimètres avec plaque triangulaire en métal légèrement oxydé entourait le corps du noyé qui nous paraît être un naufragé du Saint-Philibert.
Dressé le 19 juillet 1931 à 19 heures sur la déclaration de Elie Bringard, 49 ans, mécanicien demeurant à Angoulins, qui, lecture faite, a signé, avec nous, Grasset Joseph, adjoint au maire d’Angoulins, délégué à l’Etat-Civil en l’absence du Maire.

L’acte de décès n°14 de l’inconnu. Source Etat-Civil en ligne, mairie d’Angoulins.

Finalement, l’inconnu est identifié

En effet, une mention marginale en date du 17 mars 1932 confirme l’identité de l’inconnu :
Par jugement du Tribunal Civil de première instance de La Rochelle, l’acte de décès ci-contre sera rectifié en ce sens que le décédé y sera désigné comme étant le sieur HUGUET Jean Marie, préparateur en pharmacie, domicilié à Nantes, 134 boulevard National, célibataire, né à Auray (Morbihan), le 25 octobre 1911, fils de Jean-Marie et de Marie Josèphe Guéheneuf, célibataire disparu lors du naufrage du « Saint-Philibert » survenu le 14 juin 1931.
La transcription du jugement du Tribunal du 9 février 1932 est consultable sur l’Etat-Civil ici.

Le malheureux a passé un mois dans l’eau avant de s’échouer sur la plage de La Platère. Un autre inconnu a été découvert le lendemain, 20 juillet, du côté du « Marais Neuf » à Angoulins. Non identifié, il est fort possible qu’il soit lui aussi naufragé du Saint-Philibert. Son acte de décès est lisible ici.

Le naufrage du Saint-Philibert

Comme indiqué plus haut, le vapeur d’excursion « Saint-Philibert », avec à son bord 500 passagers, a sombré le 14 juin 1931. Il faisait la liaison entre l’île de Noirmoutier et Nantes.
En repartant de l’île vers 17 heures, il est pris dans une violente tempête et coule vers 18h30 près de la Pointe de Saint-Gildas. Le bilan est terrible : plus de 400 morts dont 100 non identifiés, 50 disparus. Des obsèques nationales ont lieu à Nantes le 18 juin 1931 en présence d’Aristide Briand, ministre des Affaires Etrangères.

Le naufragé retrouvé à Angoulins n’est pas le seul sur nos côtes. Une vingtaine de cadavres ont été découverts entre La Rochelle et Fouras et sur les plages de Ré et d’Oléron.

Le bateau Saint-Philibert. Collection Maurice Bedon
Lieu de naufrage du Saint-Philibert.
Source : La Chouette de Vendée

Le bateau est renfloué le 5 août 1931 avec à son bord 33 corps. En 1933, un procès met en lumière de graves lacunes mais le commandant étant décédé lors du naufrage, toute action pénale est éteinte. En 1936, une place de Nantes est rebaptisée « Place du Saint-Philibert ».
Au même moment, le bateau est reconverti pour du transport de charge et finit à la ferraille en 1979.

ℹ️ Pour aller plus loin, l’excellent et très détaillé article du site « La Chouette de Vendée ».


Documentation
État civil de la commune d’Angoulins
Collection Maurice Bedon
Blog La Chouette de Vendée