La maison des Tourettes


La très ancienne maison des Tourettes était une ferme et un logis de maître, dont les nombreuses dépendances entouraient une grande cour arborée. La description des bâtiments montre une ancienne exploitation agricole et viticole avec des terres et des vignes. Sa disposition est caractéristique de ces consœurs closes de murs, comme les Veaux Verts ou le Pont de la Pierre. Cette vaste propriété, en limite du bourg, était localisée à l’angle de l’avenue Edmond Grasset et de la rue Saint-Gilles. C’est aujourd’hui la poste et la partie gauche du centre associatif Angoul’Loisirs.
Les lecteurs de ce blog la connaissent déjà : trois articles l’ont évoquée, le premier sur les seigneuries, le second sur la fabrique d’Auguste Moinard et le troisième sur l’usine de plasturgie des frères Yvon et Roger Becquet. Aujourd’hui, nous ferons un petit saut en arrière en évoquant l’histoire de cette ancienne seigneurie dont il ne reste plus une trace.


Vue de 1977. Situation de la maison des Tourettes. Source famille

Maison ou ferme ?
D’après la description des procès-verbaux de l’état de la maison en 1752, puis en 1765, ce logis est bien une ancienne ferme. Mais, ce terme n’est jamais utilisé par le notaire : il écrit à chaque fois une maison sise à Angoulins… alors qu’elle dispose de prés, de terres et de vignes. Nous nous en tiendrons donc à « maison ».


Cette seigneurie est très ancienne

À l’image des grandes fermes d’Angoulins, la maison des Tourettes est une très vieille bâtisse. Elle est visible sur deux cartes bien détaillées : celle datée de 1703, du géographe royal Claude Masse, et une autre, plus récente, vers 1758, du cartographe de Louis XV, le Chevalier de Beaurain.

Angoulins vers 1703, extrait de la carte de Claude Masse, géographe du Roi Louis XIV. Archives du Service historique de la Défense (Vincennes) J10C 1293
Angoulins en 1758. Extrait de la carte des environs de La Rochelle par le Chevalier de Beaurain. Source Gallica BnF

La famille Brétinauld

De mémoire d’historiens, ce logis appartient à la fin du XVIᵉ siècle à un seigneur, Louis Brétinauld. Son aïeul, originaire de Bretagne, commande vers 1400 le château de Nantes. Son petit-fils Gilles vient sur La Rochelle pour se marier, contre le gré de sa famille. Il est déshérité. En 1518, Gilles devient échevin (conseiller municipal) de la ville. Son fils, prénommé Gilles également, aussi échevin, marié deux fois, a sept enfants dont Louis évoqué à l’instant. Ce dernier épouse Elisabeth Furgon, la fille de Claude Furgon, seigneur de Saint-Christophe, maire de La Rochelle en 1524 et 1553.

Un acte du notaire Perroy d’Angoulins, daté de 1597, atteste de la possession de la maison des Tourettes par Louis Brétinauld. Celui-ci porte le titre, entre autres, de seigneur des Tourettes et du Pin, deux seigneuries d’Angoulins.

Celle du Pin était localisée rue des Coquilles, à l’angle de la rue Gambetta. Elle passera dans les mains de Jean Berne au XVIIᵉ siècle.

ℹ️ Lire aussi : les seigneuries

En 1623, la maison appartient à Judith, la fille de Louis et d’Elisabeth. Elle est mariée avec Jehan de Vienne. Quelques années plus tard, les Tourettes sont toujours la propriété de la famille, Marie Brétinauld, la sœur de Judith, et son époux André de Mazières, écuyer, seigneur de Voutron, petit village perché au-dessus des marais, à quelques kilomètres d’Yves.

Détail intéressant, André de Mazières eut pour première épouse Olympe de Cailhaut qui se remaria avec Jean dit le Grand Gabaret (1631-1697), seigneur d’Angoulins, inhumé dans l’église Saint-Pierre au côté de sa première femme.

La filiation des Brétinauld n’est pas explicitement établie. Cependant, en 1685, nous savons que les frères, Gilles et Théodore, reçoivent la maison de leur père Jacques, accablé de dettes, contre le versement d’une pension et le règlement de ses nombreuses créances.

Pourquoi cette maison s’appelle les Tourettes ?

Le nom de cette maison proviendrait de la configuration des lieux. En 1752, elle est en très mauvais état. Son nouveau propriétaire d’alors établit un procès-verbal de visite. En voici la transcription : par le portail, nous entrons dans la cour ; du côté de l’orient, un petit cellier et une tour joignent le logement du métayer qui se compose d’une chambre basse, d’une chambre haute, d’une grange et de la buanderie aux grandes ponnes maçonnées*. Le logement du maître est contigu : au rez-de-chaussée, une salle et une cuisine pavée de petits carreaux ; au premier, une petite chambre au-dessus de la buanderie, un cabinet ou antichambre, une grande chambre au-dessus de la salle et un petit grenier à côté. D’autres dépendances : un cellier ou salorge* joignant la cuisine, un fourniou, un grand cellier avec un treuil turquois*, une grande grange et les toits à bœufs et à cochons ; une autre tour au midi, un puits, le jardin avec un autre puits ; l’ensemble est entouré de murs.

Les ponnes sont de grandes cuves, généralement en terre cuite ; le salorge est ici une pièce dans laquelle le sel est stocké ; le treuil turquois est un engin de levage à tambour vertical.

Vous l’avez remarqué, deux tours sont mentionnées dans cette description. Avant la destruction de la maison au printemps 1986, son portail donnait sur la rue Saint-Gilles. L’une des deux tours était située à l’est, l’autre au sud. Sur cette vue aérienne de 1972, elles sont possiblement situées à cet endroit. Les bâtiments ont bien changé depuis plus de deux cents ans. Des pièces ont aujourd’hui disparu le long de l’avenue Edmond Grasset, à l’est.

Les Tourettes en 1972. Localisation estimée des deux tours. Image IGN Remonter le temps

Ces deux tours sont donc probablement à l’origine du nom de la maison.

Une autre explication du côté de Saint-Médard d’Aunis ?

Revenons à nos premiers propriétaires connus, Louis Brétinauld et Elisabeth Furgon. Lui est seigneur des Tourettes et de Pampin (il existe un quartier de Lhoumeau de ce nom, mais il est difficile de faire le lien, ou c’est une confusion avec Pin, seigneurie d’Angoulins). Quant à Elisabeth, son père Claude est seigneur de Saint-Christophe. La succession de ses parents l’amène à partager avec ses sœurs sa châtellenie : l’église, la seigneurie de Saint-Médard (d’Aunis), le village de Laubertière et ses dépendances sont démembrés en 1508.

Il se trouve qu’au sud de ce village, existe encore aujourd’hui un lieu-dit appelé Les Tourettes, Sur la carte de Claude Masse, on y voit un moulin.

Saint-Médard vers 1703, extrait de la carte de Claude Masse, géographe du Roi. Entouré en vert «  Moulin des Tourettes ». Archives du Service historique de la Défense (Vincennes) J10C 1293

Le démembrement d’une dépendance de cette châtellenie a-t-il donné l’idée à Elisabeth Furgon, la fille de Claude, de conserver le souvenir du nom de ce moulin à Angoulins ? Cette hypothèse est troublante.

2025, le petit hameau des Tourettes à Saint-Médard d’Aunis. Source Géoportail IGN

Les familles Oüalle et Macarty

À la fin du XVIIᵉ siècle, la maison parvient progressivement à la famille Faneuil, marchands et négociants de La Rochelle. En 1714, elle est cédée à Jean Massé, capitaine de navire. Ce nom ne nous est pas inconnu : il est le père de Jean-Jacques Massé, l’époux de Victoire Oüalle, héritière en 1780 de la ferme des Veaux Verts.

ℹ️ Lire aussi : la ferme des Veaux Verts

Mais, la maison est saisie au préjudice de ses héritiers, à la requête de François-Louis Jouin de La Tremblay, seigneur de Périgny. Elle est adjugée en 1752 à François Oüalle, le père de Victoire. Deux ans après son décès, en janvier 1765, la maison change encore de propriétaire au profit de Jean-Baptiste Macarty Macteigue et sa sœur Catherine.

Retrouver l’orthographe exact de ce nom n’est pas une simple affaire. Selon les sources, il s’écrit Macarty, Macarthy ou MacCarthy, parfois avec la particule « de ». S’y ajoute Macteigue, parfois Mactaigue voire Mactigue… De quoi s’y perdre ! Cette situation, courante autrefois, se lit sur son acte de décès daté du 1er décembre 1798. Il est rédigé par Maître François Elie Bérigaud, notaire et officier public de l’État civil d’Angoulins. Sur le document, le défunt est Macarty Macteigue, citoyen français, propriétaire. Le premier témoin, son autre sœur Elisabeth, a signé MacCarthy, alors que son frère Charles a écrit C. Macarty.

Etat civil d’Angoulins, décès en 1798 de Jean Baptiste Macarty Macteigue. Source ADCM 2E10/4

La bonne orthographe est Macarty Macteigue, attestée sur des documents manuscrits trouvés dans les Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM). Cette famille, dont les lointains ascendants étaient rois et princes de la province de Munster en Irlande, est installée en France depuis le XVIIᵉ siècle, plus précisément dans les provinces françaises d’outre-mer. D’où certainement une forme de francisation des noms, simplifiant ainsi leurs orthographes.

Sur Geneanet, les Macarthy sont installés à La Rochelle depuis la décennie 1650.

Cette lignée de serviteurs royaux a donné quelques grands officiers à la marine royale. C’est le cas de notre Jean-Baptiste, né en 1736 à la Nouvelle-Orléans en Louisiane française. Écuyer du roi, il a servi dans la guerre d’indépendance américaine. À la fin de sa carrière, il dirige la construction navale au port de Rochefort, et finit au grade de général de division de la marine. Cette proximité expliquerait sa présence à Angoulins.

Avant d’acquérir les Tourettes en 1765, les Macarty habitent déjà Angoulins. En effet, le 19 juin 1757, le curé Toutant baptise Denis, un jeune garçon de onze ans, né au Canada, considéré comme sauvage. Il « appartient » à Monsieur Macarty. Malheureusement, le 29 juin, Denis meurt et est inhumé dans le cimetière de l’église.

Le mauvais état de la maison

En janvier 1765, Jean-Baptiste Macarty et sa sœur Catherine mandatent le notaire Jean Fleury de La Rochelle, assisté de deux artisans charpentiers. Il est chargé de dresser un procès-verbal de l’état de la maison. Dans cet acte, il est écrit qu’ils ont acquis une « maison sise audit bourg d’Angoulins vulgairement appelée Les Tourettes, seigneurie audit lieu, avec toutes ces circonstances et dépendances, droits de complants, prés, terres, vignes, rentes, treuil, pressoir, vingt-quatre pièces communes, quatre tonneaux de petites futailles… ». Une belle propriété.

Mais, qu’y a-t-il de vulgaire dans cette appellation ? Peut-être est-ce dû au bilan peu flatteur de la visite : le portail est à refaire, des carreaux de vitre et de sol sont cassés, la cheminée est à relever, le fourneau est très endommagé, etc. La liste est longue ! Cette maison n’a pas été entretenue depuis fort longtemps, comme on l’a lu plus haut lors de sa description de 1752.

Des réparations sont cependant engagées, car la famille Macarty y emménage. Entre 1770 et 1790 — l’année n’est pas précisée — un document des Archives départementales indique que la maison a été saisie par le procureur fiscal de La Rochelle au préjudice de Jean-Baptiste. Une affaire résolue apparemment, puisque sa famille occupe les lieux jusqu’en 1808, année de cession par les héritiers de la propriété au notaire cité plus haut, François Elie Bérigaud, et maire cette fois-ci du village depuis trois ans.

Une famille dévouée
Angoulins s’honore d’avoir profité de la générosité de deux familles, les sœurs Personnat, pour la rénovation — entre autres — de l’église en 1880, et bien avant elles, Catherine et Élisabeth, les deux sœurs Macarty. En 1800, leur dévouement auprès des pauvres est salué par le maire Elie Louis Seignette.

Le plan ci-dessous est la superposition de deux cadastres, ceux de 1811 et de 1867. La maison y est bien mieux représentée pour cette dernière année. Maître Bérigaud est propriétaire de plusieurs parcelles autour de la maison cadastrée B649 : celle le long du chemin Saint-Gilles (A369, référence à l’envers, terrain en angle), celle de l’ancien terrain de football (A370, actuel lotissement Toucharé, rue des frères Mossé) et dans la continuité du chemin Saint-Gilles, le terrain jusqu’au-derrière du château de Louis Arzac Seignette (actuelle mairie).

Supersition des cadastres de 1811 et 1867. Ronds violets : possession de Bérigaud en 1808. Il revendra l’ancien terrain de football. Source AD17 3P

La maison dessinée sur le cadastre de 1867 montre bien que les bâtiments le long de l’avenue Edmond Grasset ont été rasés (voir la vue aérienne plus haut).

Le chemin des Tourettes devient chemin de Toucharé

Sur cet extrait du cadastre de 1811, remarquez le chemin allant du bourg vers La Rochelle en franchissant le Pont de la Pierre : il porte le même nom que la maison. Sur cette vue rapprochée, la calligraphie n’est pas optimale : les 2 « T » ressemblent à un « H » majuscule, le « S » final ne ressemble à rien.

Graphie du chemin des Tourettes, cadastre de 1811. Source AD17 3P

Rappelez-vous l’erreur qu’avait subi le chemin du Chay rebaptisé chemin de Nany dans les années 1940 (voir ici), boulette due à la vue défaillante d’un agent du cadastre, mais fort heureusement corrigée trente ans plus tard. Ce chemin des Tourettes semble avoir vécu le même sort peu après 1811 : Tourettes s’est transformé en Toucharé. Il n’y a pas d’autres lieux de ce nom en France. C’est une pure coquille dont la seule étymologie ne peut venir que de cette erreur. En 1822, un acte notarié trouvé aux archives reprend d’ailleurs ce nom écrit ainsi : Toucharet.

La maison des notaires jusqu’en 1871

La maison des Tourettes reste la propriété de la famille de Maître Bérigaud et de ses descendants jusqu’au 1895. À son décès en 1828, sa fille unique, Louise Éléonore, hérite de la maison. Elle a épousé en secondes noces le successeur de son père, maître Pierre Michelin (1786-1862). Louise s’éteint en janvier 1871, ses biens sont partagés, et le lot contenant les Tourettes échoit à l’aîné de ses trois enfants, Gustave Michelin.

Elle est mise aux enchères en 1895

Le 17 novembre de cette année, Gustave, endetté, a chargé Maître Chevalier, notaire du village, de la mise en vente aux enchères des Tourettes. Elle est composée de trois lots : la maison, un jardin de 420 m², chemin Saint-Gilles, acquis par Gustave en 1885, et le terrain au nord du chemin, une partie de l’actuel terrain de football.

Les trois lots, d’une valeur globale au départ de 15 000 francs, sont vendus séparément, mais ils peuvent être réunis en un seul. Les enchères sont portées par Elisabeth Lovely Baraud. Elle propose 20 francs de plus que le prix initial, sans concurrence. Tout va très vite. Les lots sont réunis, elle propose alors 15 060 francs pour le tout. Adjugé !

Elisabeth agit en sous-main pour son mari, Victor Loyzet. Celui-ci a prêté 16 500 francs à Gustave Michelin… en 1881. La somme est depuis longtemps exigible. Cette obligation va largement couvrir le prix des enchères. Les bons comptes font les bons amis…

En 1904, Elisabeth et Victor donnent leurs biens à Angélina et Anna, leurs deux filles.

1909, changement de propriétaire

L’acte est signé par les deux sœurs chez Maître Chevalier en décembre. L’heureux bénéficiaire est Jean-Marie Jeudon. Ce jeune homme célibataire, âgé de 22 ans, habite actuellement Châtelaillon, comme il est écrit sur le document. Originaire de la Sarthe, il est sans profession. Du prix de vente de 17 000 francs (environ 80 000 de nos euros), 12 200 francs sont payés comptant en espèces. Le solde est payable dans un an, avec intérêt.

Jean-Marie Jeudon, un habitué des tribunaux

Cette transaction est curieuse : quelle motivation pousse cet homme, tout juste majeur et sans travail, à acheter une propriété onéreuse et bien trop grande pour lui ? A-t-il une fortune personnelle, son père étant notaire ? Ce dernier lui a peut-être prêté de l’argent. En décembre 1911, Jean-Marie, devenu cultivateur, est en conflit judiciaire avec son géniteur. Le tribunal de La Rochelle lui nomme d’office un avocat du Mans pour assurer sa défense. La nature du litige est inconnue. Quelques mois auparavant, en août, il avait été condamné par le tribunal du Mans a un mois de prison pour abus de confiance.

Au printemps 1911, une lettre adressée à Maître Chevalier atteste que Jean-Marie Jeudon fournit du lait à la laiterie Eury.

Revenons à notre acte. Il nous en apprend plus sur la maison et les terres rattachées. En effet, dans la désignation des biens acquis, le jeune Jeudon devient propriétaire d’une allée ou ancien chemin de Saint-Gilles longeant les murs de la propriété, puis ceux de celle de la commune, joignant l’entrée du parc de la commune. Toutefois, il est précisé que l’acheteur peut être confronté à ses risques et périls à une revendication de propriété par la commune de cette allée. Sans recours contre les vendeurs. Ce qui finira par arriver, la voie étant publique depuis longtemps…

Cadastre de 1867. En 1909, l’ancien chemin fait partie des Tourettes. Source AD17 3P

L’acte en main, Jean-Marie ne reste pas les bras ballants. Devenu commerçant, puis agriculteur et fournisseur de lait comme on l’a vu plus haut, il entreprend des travaux de menuiserie et de charpente. Pour cela, il fait appel à un artisan d’Angoulins, Louis Poniard (1850-1917). Les mois s’écoulent, notre entrepreneur n’est pas payé de ses prestations. En décembre 1910, il lance une procédure de saisie.
Celle-ci produit son effet : le jeune Jeudon consent à sortir l’argent de son porte-monnaie avant la convocation du tribunal. Il garde la maison jusqu’en 1917, retourne dans la Sarthe pour y décéder le 10 septembre 1918 à l’âge de 31 ans.


1917 : le début de l’industrialisation de la rue Saint-Gilles

1920 : la fabrique Moinard

La maison change de propriétaire en 1917 et de destination en 1920, comme on l’a vu en présentation. Auguste Moinard y installe son entreprise, et lance une production de produits chimiques, une lessive marine appelée « La Javanaise », des additifs à base de calcaire pour l’agriculture et une poudre de coquilles d’huîtres pour les éleveurs de volailles.

ℹ️ Pour plus de détails : la fabrique Moinard

Après la Seconde Guerre mondiale, Auguste Moinard devient maire de La Rochelle. Il confie la gestion de ses affaires à ses deux gendres. La production cesse au début des années 1950, l’usine est vendue à de nouveaux entrepreneurs.

Une des productions d’Auguste Moinard. Collection privée
1956 : l’usine des frères Becquet

Ces nouveaux propriétaires sont deux frères, Yvon et Roger Becquet, originaires de Bègles près de Bordeaux. Ils s’installent à Angoulins en 1956, après avoir d’abord exploité des magasins de vêtements dans les années 1940.

Cette nouvelle usine, la SOGEMAP, est spécialisée dans la fabrication d’objets en plastique, notamment des présentoirs, des organiseurs de cuisine, des coques de chaises, des mannequins pour vitrines et autres produits, grâce aux techniques de thermoformage et d’injection plastique.

L’usine a connu une croissance soutenue avec l’arrivée de techniciens clés, comme Jean Lecigne et Gustave Papin. Elle déménage en 1968 à Aigrefeuille, où l’espace est plus vaste, puis à Surgères en 2012. Bien que la gestion ait cessé d’être familiale au début du XXIᵉ siècle, l’entreprise est toujours active.

ℹ️ Pour plus de détails : l’usine des frères Becquet

Vers 1960, l’usine des frères Becquet (cadre rouge). Au premier plan la mairie. Source famille

Une curiosité, l’œuf de pierre

Un œuf de pierre découvert dans un mur des Tourettes en 1985. Image mairie d’Angoulins

Ce curieux œuf en calcaire a été découvert en décembre 1985 par le personnel communal à l’occasion de la démolition d’un mur, chemin Saint-Gilles.

D’après un rapport du Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle, cette pierre est une concrétion incluse dans un calcaire jaune clair provenant sans doute du Crétacé supérieur de Saintonge (étage sénonien, environ 80 millions d’années).

Pendant cette période, la région était recouverte par la mer, l’œuf s’est donc formé dans l’eau. À partir d’une agglomération de silice dans les sédiments, il s’est développé — par épaississement et par accumulation de matière autour du noyau — une concrétion de forme ovoïde ressemblant étrangement à un gros œuf de pierre.

Cette découverte marque le début de la fin pour la maison des Tourettes. En effet, quelques mois plus tard, les bâtiments sont rasés pour laisser place nette au futur bureau de poste.

Un nouvel espace dévolu aux services publics

En mars 1986, l’administration des PTT rachète à Yvon Becquet 1 000 m² du terrain sur les 2 620 disponibles. Les travaux de construction de la nouvelle poste débutent le 4 mai 1987. Elle est ouverte aux usagers au printemps 1988. Il faut attendre le 30 mars 1989 pour que le nouveau maire, élu dès le premier tour le 12 mars, Claude Grenier, coupe officiellement le ruban tricolore. En 1992, la commune, devenue propriétaire des derniers 1 620 m², construit le centre de loisirs.

Depuis 2014, la commune est propriétaire du terrain et du bureau de poste.


Des souvenirs de jeunesse, un passé dont il faut se souvenir

Cette maison des Tourettes est pour moi un souvenir particulier. Gamin, je jouais dans ces bâtiments sans vie, abandonnés, de l’ancienne usine de la SOGEMAP. Je n’avais pas conscience que ces vieux murs étaient autant chargés d’histoire.

Aujourd’hui, cette maison a disparu, mais il était important d’en rappeler l’existence pour que sa mémoire perdure dans la riche histoire d’Angoulins.

1986, une photo personnelle du mur sud des Tourettes, marqué SOGEMAP.

Documentation
La maison des Tourettes, Frédéric Chassebœuf, Châteaux, Manoirs et Logis de Charente-Maritime, éditions Patrimoines & Médias, 2008
Cinq articles de Jean Joguet parus dans l’Écho des Sirènes et Sud-Ouest, fin des années 1950.
Archives départementales de La Rochelle (AD17)
Archives des informations municipales d’Angoulins (1985)
Geneanet, Wikipédia, internet