Robert Cassagnes


La vie d’une commune est émaillée de personnalités dont les générations qui se succèdent gardent dans leur mémoire un souvenir précis et attachant. Robert Cassagnes est de ceux dont on se souvient. Après une brillante carrière militaire, il a su mettre ses nombreuses qualités au service des Angoulinois tout au long de sa longue retraite commencée en 1972. Des décennies de bénévolat au sein d’associations, dont la plus emblématique est le club de football de la JSA. Point d’orgue de cet engagement, un mandat de maire de 1983 à 1989 pendant lequel il a noué une relation de confiance avec les Angoulinois-es et mené à bien des dossiers structurants pour l’avenir de la commune.

Robert Cassagne, jubilé de la JSA, 26 juin 2004. Photo personnelle

J’adresse mes plus vifs remerciements à la fille de Robert, Nelly Enault Cassagnes, sans laquelle je n’aurais pas pu écrire avec autant de détails cet article. Elle m’a ouvert très amicalement et avec une grande confiance les riches archives de son père.


1924-1940, naissance et jeunesse

Robert Louis Antoine Cassagnes naît le 6 avril 1924, à Montrouge, près de Paris, dans l’appartement de ses parents. Loin de son Quercy familial comme il l’écrit dans ses mémoires.

Robert, surnommé Bob en famille, est le premier enfant de la famille. Son père Jean est ouvrier boulanger, sa mère Jeanne Canihac s’occupe du nouveau foyer. Le couple est ambitieux : il est monté à la capitale dans l’espoir de créer sa propre boulangerie.

Eté 1924. Jean et Jeanne Cassagnes avec leur fils Robert. Collection Cassagnes
1929, le rêve d’être patron boulanger se réalise

La famille s’agrandit. En septembre 1926, un petit frère, André (Dédé), voit le jour à Montrouge. Le désir d’être patron de son commerce est exaucé. En 1929, Jean, Jeanne et leurs deux garçons s’installent dans le Lot, à Cahors. Une boulangerie « parisienne » ouvre ses portes au cœur du quartier médiéval. Un troisième garçon, Pierre (Pierrot), agrandit la famille en décembre 1931, dans l’appartement au-dessus de la boutique dans laquelle fleure bon l’odeur de la chocolatine et du pain chaud.

1930, la boulangerie parisienne de Jean Cassagnes à Cahors. Robert et André posent fièrement avec leurs parents. Remarquer les publicités Heudebert. Collection Cassagnes

Aujourd’hui, la boulangerie sent bon l’arôme du café torréfié : voir ici sur Google Maps

1932, retour à Vitry-sur-Seine

Notre couple est nostalgique de la banlieue de Paris. Ils rachètent une boulangerie au pied d’un immeuble récemment construit. Elle est baptisée « Le Bon Pain ». La famille vit dans un modeste appartement juste au-dessus. Une pièce à l’arrière de la boutique sert de lieu de vie, le laboratoire est en sous-sol, seul un petit soupirail donnant sur le trottoir assure une précaire ventilation.

1932, la tante Margot, sœur de Jeanne, devant la boulangerie « Le Bon Pain », rue Ernest Havet à Vitry. Collection Cassagnes
1932, un malheur s’abat sur la famille

Une vie de labeur, certes, mais pleine de promesses était tracée. Voici ce qu’écrit Robert dans ses mémoires à l’évocation de cette nouvelle installation.

Malheureusement, une terrible épreuve frappe la famille : Jeanne décède le 18 août, emportée par une fausse couche. Sa sœur Margot vient aussitôt au secours de la famille pour s’occuper des enfants et aider au magasin. Robert est envoyé pour quelque temps à Puylaroque, village natal de sa maman dans le Tarn-et-Garonne, sous la bienveillante tutelle d’une autre tante, Louise, la sœur aînée de Jeanne.

1935, une « nouvelle » maman

Les pires chagrins finissent toujours par s’apaiser. En mars 1935, Jean épouse Yvonne Larue, originaire de Vitry. En décembre 1940, naît Christiane, une petite sœur que nous n’espérions plus… nous dit Robert.

Le vieux Vitry, village de jeunesse de Robert Cassagnes. Collection Cassagnes

1940-1972, une carrière militaire remarquable

1940-1944, il entre en résistance

Quelques mois après le début des hostilités, la débâcle s’installe en France, et plus particulièrement sur Paris. En juin 1940, Jean décide de mettre sa famille à l’abri, et envoie les trois garçons dans le Lot… à vélo ! 500 km, accompagnés de Suzanne, la sœur de Jeanne. Un voyage sans encombre, avec l’assistance de quelques fermiers rencontrés sur cette longue route.

En juillet, un certain calme est revenu. La famille revient à Vitry, cette fois-ci par le train. Robert, 16 ans, fréquente le stade dans lequel, avant-guerre, il faisait de l’athlétisme et du football, grande passion qui ne le quittera jamais. Mais, le stade est utilisé par les occupants, impossible d’y pratiquer sereinement ses sports préférés. Un sentiment de colère et de révolte l’assaille. La tentation de voler une arme le prend, mais il y renonce.

La vie associative et sportive reprend cependant ses droits, au sein de l’UJRF, Union des Jeunesses Républicaines de France, couverture des Jeunesses Communistes interdites. Un petit groupe d’amis, dont il fait partie, organise des actions de distribution de tracts et de sabotages. Les parents de Robert sont dans l’ignorance. Le fournil sert à cacher les tracts distribués dans la clandestinité.

La manifestation du 14 juillet 1944

Les troupes du débarquement progressent depuis quelques semaines. La libération de Paris est proche. Ce 14 juillet, les Jeunesses Communistes appellent la population à manifester autour des mairies et des monuments aux Morts.

Juillet 1944, appel à manifester des Jeunesses Communistes. Archives de Paris D38Z6

Ces manifestations sont historiques. Du haut de ses 20 ans, Robert prend part à celle qui se déroule à Vitry. Il suit la Citroën Traction en tête de cortège, avec quelques hommes armés à son bord. La riposte des Allemands ne se fait pas attendre, mais ils sont repoussés par les patriotes. Finalement, peu de dégâts au sein des centaines de participants.

Août 1944, il s’engage dans l’armée de Libération de la France

Robert est titulaire d’un brevet FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail), il sait mener une séance d’entraînement physique, cette compétence lui servira dans sa carrière. Fin août, il se rend au fort de Bicêtre, à deux pas de Vitry, et, avec deux amis proches, s’engage dans l’armée de Libération. Sentant que la guerre va bientôt prendre fin, ils veulent participer à l’ultime effort patriotique.

Une certaine improvisation règne. L’équipement est rare, autant que les armes. Le nouveau caporal Cassagnes embarque dans un camion, direction l’est du pays. Il est affecté à un canon de 20 mm antichar et antiaérien du Bataillon de marche de Paris. Rebaptisé GTL, groupe tactique Lorraine, puis Brigade FFI de Paris ou Brigade Fabien, du nom du colonel Pierre Georges dit Fabien, plus tard intégrée au 151ᵉ régiment d’infanterie.

Pierre Georges est un militant communiste, résistant de la première heure. Comme chez les Cassagnes, son père, né à Rochefort en 1887, est ouvrier boulanger. Pierre sera apprenti de ce beau métier. En 1941, il est l’auteur du premier attentat contre l’occupant nazi. Le 27 décembre 1944, à la mairie d’Habsheim en Alsace, l’explosion d’une mine qu’il pensait inoffensive met fin à son juste combat.

Une place dans le 19ᵉ arrondissement porte son nom, le Parti Communiste Français y a son siège au numéro 2.

Insigne de la brigade du Colonel Fabien, Vaincre et Vivre. Collection Cassagnes

Arrivé en Moselle, Robert connaît ses premiers combats à Gravelotte. Ce petit village est réputé pour une autre bataille, celle qui opposa le 18 août 1870 les Français du Maréchal Bazaine aux armées Prussiennes. Une victoire tactique pour la France, malgré le déchaînement de l’artillerie ennemie, d’où l’expression « il pleut comme à Gravelotte ».

Le 3 janvier 1945, l’émotion est à son comble lors des obsèques du Colonel Fabien au cimetière du Père Lachaise de Paris. L’honneur revient à Robert de porter la gerbe de fleurs rouges en tête de cortège.

Retour au combat. Il franchit le Rhin le 2 avril 1945 avec le 151ᵉ RI, maintenant intégré avec la 1ʳᵉ armée française du Général de Lattre de Tassigny. Blessé au bras par un tir ennemi le 4 avril, il est rapatrié dans le sud de la France pour sa convalescence. De ces six premiers mois passés à repousser l’ennemi vers l’Allemagne, Robert reconnaît l’engagement des régiments coloniaux, fait unique de notre histoire, peut-être du monde comme il l’écrit, venus libérer la Mère Patrie.

À l’automne 1945, le 151ᵉ RI est une composante de la deuxième Division Marocaine.

Cette marche et le franchissement du Rhin par les armées de Libération lui valent le droit de porter l’insigne Rhin et Danube, nouveau nom de baptême de la 1ʳᵉ armée française.

Collection Cassagnes

1945, début de sa carrière militaire… et de son idylle avec Marcelle

La Libération de la France arrive enfin. Début juin, après sa convalescence, le sergent Robert est accueilli avec chaleur, émotion et fierté par sa famille sur le quai de la gare de Lyon à Paris.

Il reprend contact avec ses amis de Vitry, et particulièrement, avec une amie du club de sport qu’il va bientôt épouser, Marcelle Régnier.

1945, Robert et Marcelle, sa future épouse. Collection Cassagnes

Il rejoint son régiment, toujours le 151ᵉ, en Autriche, à Bregenz, commandé par le colonel Gandoët, né à Rochefort comme le père du colonel Fabien, et qu’il aura en estime tout au long de sa carrière. Novembre, retour en France à Metz avec son régiment, l’accueil est triomphal et mémorable.

Au même moment, les gendarmes se présentent au domicile de ses parents, ils étaient à la recherche du soldat Cassagnes porté déserteur. Une méprise vite oubliée compte tenu de son engagement !

Robert ne souhaite pas reprendre les rênes de la boulangerie paternelle. L’armée cherche des volontaires pour l’EMESC d’Antibes, l’École Militaire d’Escrime et de Sports de Combat. Elle est la renaissance de l’école des sports de Joinville, le fameux « Bataillon de Joinville ». Il y entre en décembre pour y faire un stage. Brevet en main, sa carrière militaire démarre.

Le 2 mars 1946 est un grand jour pour Robert et Marcelle : ils s’unissent à la mairie de Vitry-sur-Seine, un bonheur qui durera 70 années. De leur union, naîtront cinq enfants.

1947-1972, Robert participe aux conflits de la France

Après Antibes, Robert, nommé à Kénitra au Maroc, est finalement affecté à l’école des Cadres de Langenargen en Allemagne à la demande du général de Lattre de Tassigny. Cette école est une annexe de celle des sous-officiers de Saint-Maixent. En septembre 1947, il en sort triplement diplômé : moniteur EPMS (entraînement physique, militaire et sportif), maître nageur et maître d’escrime (maître d’armes). Il sera particulièrement fier de ce dernier.

1948, Robert Cassagnes, maître d’armes. Collection Cassagnes
Robert est formateur physique et sportif

En octobre 1949, il arrive à Saïgon en Indochine. Après diverses affectations, il achève sa formation, puis est rapatrié en France. En 1952, il est affecté à l’École d’Infanterie de Saint-Maixent et est admis dans le corps des sous-officiers de carrière. Promu adjudant en juillet 1953, il obtient son brevet d’infanterie 2ᵉ degré.

Carte de vœux du général de Lattre. Remarquer la symbolique de protection des militaires. Collection Cassagnes

Trois ans plus tard, il effectue un second séjour en Indochine. Après les combats, il rejoint, en 1955, la délégation française chargée de la mise en œuvre de l’indépendance du Cambodge auprès du roi Sihanouk. Promu adjudant-chef fin 1956, il revient à Saint-Maixent. Nommé sous-lieutenant à l’automne 1959, il embarque pour l’Algérie et est affecté au 18ᵉ RCP (régiment de parachutistes).

Le sérieux militaire n’empêche pas les loisirs. Collection Cassagnes

Les promotions sont régulières. En octobre 1961, Robert est lieutenant, il est nommé à Valenciennes, puis au centre d’Instruction du 126ᵉ RI de Brive où il est officier des sports. Capitaine en 1965, il rejoint, en 1971, le service de reclassement professionnel des militaires de Fontenay-le-Comte où il bénéficie de sa dernière promotion, chef de bataillon. Son dernier poste est à Bordeaux. Il prend sa retraite le 1ᵉʳ juillet 1972 et reçoit une affectation de défense comme chef d’état-major du District de la Protection Civile de La Rochelle. Une carrière bien remplie !

Les médailles de Robert Cassagnes. Collection Cassagnes
1983 Chevalier de la Légion d’honneur1955 Médaille Militaire1967 Chevalier de l’Ordre Nationale du MériteCroix de guerre 1939/45 avec étoile d’argentCroix de guerre TOE avec une étoile de vermeil et une de bronze
Croix du CombattantCroix du Combattant Volontaire (en 1944)Médaille commémorative d’Indochine1953 Médaille d’Honneur de bronze en EPSCampagne d’Indochine, médaille coloniale, Extrême-Orient1956 Médaille d’argent du Mérite Sportif (Cambodge) Khémara Kelarit
Légende des médailles

1967, l’arrivée à Angoulins

C’est à l’occasion de son séjour à la base école de Saint-Maixent en 1956 que Robert Cassagnes entend pour la première fois le nom d’Angoulins.

Un de ses moniteurs lui vanta les bienfaits d’un coin du littoral, encore un peu sauvage, loin du bruyant tourisme, où la pêche est bonne, la crevette rose abondante et délicieuse, sans grand luxe, un village paisible avec quelques commerces largement suffisants.

N’ayant pas apprécié pleinement Oléron et les Sables d’Olonne, la famille plante les toiles de tente du côté de la Platère, au bout de la plage. Le réveil n’est pas celui escompté, le garde-champêtre leur intimant l’ordre de déménager, car ils sont sur un terrain privé. Une autre emplacement, à quelques mètres, ne pose plus de désagréments.

Vingt ans plus tard, le 4 juillet 1984, Robert, devenu maire d’Angoulins, inaugure la nouvelle base nautique à l’emplacement exact des tentes de l’illégalité.

C’est au bout de la plage de la Platère que la famille Cassagnes a découvert Angoulins. Collection personnelle
La maison de la rue du Chay

En 1965, Bernard Pigeonnier lotit huit parcelles, rue du Chay, entre La Manon et le port du Loiron. Robert achète deux parcelles contiguës, un peu plus de 1 200 mètres carrés pour y construire sa future maison. Avant de concrétiser ce projet, elles servent de terrain de camping, où ils se sentent bien chez eux. Une caravane améliore le confort des canadiennes. Marcelle et ses enfants, rejoints quelques jours par Robert, profitent des vacances d’été, avec une vue sur l’océan qui, par l’urbanisation, n’existe plus aujourd’hui.

Le nouveau terrain de camping de la famille, rue du Chay. On aperçoit à l’horizon, les cheminées des fours à chaux Guichard bientôt détruites. Collection Cassagnes

En 1967, Robert dépose le permis de construire de sa maison à la mairie. La construction commence quelques mois plus tard. En juillet 1972, le clairon de la retraite militaire sonne. L’emménagement permet à la famille de devenir définitivement Angoulinoise.

La parcelle à construire a pour adresse « rue du Nany » au lieu du Chay, erreur due à l’administration du cadastre depuis la dernière guerre. Elle sera corrigée à la fin des années 1960.
Cette spacieuse villa a été baptisée « Marbo ». Mar comme Marcelle, et Bo comme Bob, diminutif de Robert.

Le plan de la villa Marbo. C’est une construction innovante pour l’époque, faite de caisson modulaire en bois. Archives des permis de construire, mairie d’Angoulins

Depuis la retraite militaire, Robert déborde d’activités

Les boulots d’appoint

Dès son arrivée à Angoulins, Robert s’investit dans les associations locales. Mais, il cherche en parallèle une activité rémunératrice. La première consiste à superviser l’installation de panneaux publicitaires chez les particuliers, mais devant la dégradation environnementale que cela engendre, il renonce. Je suis devenu, sans le savoir, un précurseur de la protection de l’environnement, écrit-il.

Une seconde opportunité se présente. Celle de travailler chez Paul Thébault, entreprise Rochelaise de matériaux et carrelages alors réputée. La fille du créateur, Germaine Delmas, est la patronne. Elle souhaite que Robert devienne représentant, chargé d’un grand secteur. Un vœu incompatible avec les activités associatives. Robert propose son propre planning, exigence accordée par la direction ! Il devient polyvalent, chargé particulièrement de certaines livraisons délicates. Devenu homme de confiance, il s’occupe du déménagement de la nouvelle propriété des Delmas. Ce passage chez Thébault fait naître une nouvelle passion, la mosaïque.

La mosaïque

En effet, Robert a l’occasion de récupérer des cartons remplis de chutes d’émaux de Briare, destinés à être jetés. Au départ, il n’en connaît pas l’utilité. Mais, comme il n’aime pas gâcher, l’idée lui prend d’en faire des œuvres artistiques.

Le résultat est impressionnant. À tel point, qu’en août 1994, une exposition de ses œuvres permet d’apprécier ce talent inattendu. Ses œuvres ont été partagées par la famille.

À cette passion de la mosaïque, s’ajoutent quelques ouvrages de broderie lorsqu’il était en activité et de marquetterie. Robert possédait un don certain pour le travail manuel.

Le club de football de la Jeunesse Sportive Angoulinoise

L’implication associative de Robert Cassagnes débute par le club de football. Ce dernier connaît une époque d’incertitude depuis la disparition de l’ancien stade des Russons transformé en lotissement. Les équipes sont parties du côté d’Aytré pour créer une entente.

La solution arrive en décembre 1967 : Germaine Baillot d’Étivaux, la veuve d’Auguste Moinard, ancien patron d’une fabrique de savon rue Saint-Gilles, vend à la commune ce grand champ entre le chemin de Toucharé et le parc municipal. Le club va pouvoir renaître, porté par de nouveaux dirigeants, Raoul Sacré, Albert Pianazza, Paul Auger, Edouard Pigeonnier… et Robert Cassagnes.

Ce dernier ne sera jamais président de la JSA, mais il assurera l’éducation des plus jeunes, et tiendra avec une grande rigueur le secrétariat jusqu’en 1993, y compris pendant son mandat de maire (1983-1989).

ℹ️ Lire aussi : la Jeunesse Sportive Angoulinoise

Le foyer du club, le club 3ᵉ âge L’Espoir et la chorale

Depuis son arrivée à Angoulins, Robert Cassagnes est le secrétaire du Foyer du club, bâtiment préfabriqué construit dans le parc en 1970, évoqué dans la publication sur la JSA. Ce foyer propose des activités aux plus jeunes, comme le modélisme par exemple. Il devient le siège de la JSA.

Bien plus tard, il assure la vice-présidence du Club l’Espoir pour le bien-être de nos aînés. Robert y insufflait sa bonne humeur, son dynamisme et un sens aigu de l’organisation qui l’a toujours caractérisé.

Enfin, accompagné de son épouse Marcelle et de leur fille Nelly, il participe à la chorale «  La Clé des Chants » menée par le chef André Lantini.

1992, concert de la chorale La Clé des Chants à Pons. Collection Cassagnes

1983-1989, aux commandes de la commune

De concert — justement — avec son engagement dans les associations, l’intérêt de Robert Cassagnes pour la gestion communale commence en 1977. Cette année-là, deux listes sont en présence : celle du maire communiste sortant, Albert Denis, déjà deux mandats au compteur, et son challenger Edouard Pigeonnier, plutôt marqué à droite. Robert en est le colistier.

ℹ️ Lire aussi : les maires depuis 1800 et Albert Denis

Le scrutin est sans équivoque. La liste Denis l’emporte haut la main, deux bulletins sur trois dans l’urne en sa faveur. Les scores des malchanceux révèlent toutefois que Robert est apprécié dans son camp. Il réalise le second meilleur score en voix après le menuisier Francis Fincato.

Six ans plus tard, le 6 mars 1983, trois listes concourent à l’élection. Une menée par un quatuor soudé, Robert, Claude Grenier, Pierre Rioual et Jacques Couillaud. En face, Albert Denis tente un quatrième mandat, peut-être celui de trop. Enfin, une autre liste de gauche, emmenée par Raymond Nicolas, membre du Parti Socialiste.

Au premier tour de ce scrutin nominal, seuls deux candidats sont élus : Claude Grenier (664 voix) et Robert Cassagnes (661 voix). Ils ont fait une excellente campagne et leurs engagements associatifs sont reconnus. Les colistiers sont très proches des 650 voix nécessaires pour être élus, les autres candidats atteignant péniblement la moitié requise.

Au second tour, les listes Denis et Nicolas fusionnent. Une troisième s’est maintenue avec quatre rescapés. Le résultat est sans appel : la liste Cassagnes Grenier rafle tous les postes de conseillers. La victoire est totale. L’écharpe de maire revient logiquement à Claude Grenier, mais lors d’une réunion privée, il a demandé à Robert de prendre la tête du conseil. Il n’a jamais voulu faire deux mandats. En 1989, Claude Grenier sera élu maire pour douze années.

La nouvelle équipe municipale élue en 1983. Archives Cassagnes
Quelques réalisations de son mandat

Les dossiers laissés par son prédécesseur sont nombreux : il manque toujours à Angoulins une grande salle polyvalente et une base nautique ; l’aménagement de la zone commerciale des Fourneaux est un casse-tête ; les voiries et les réseaux ont pris du retard ; la communication communale n’existe pas, etc. Bref, il y a du boulot !

L’année de son élection à la tête de la commune est celle d’une consécration personnelle. Lors de la cérémonie du 11 novembre, le Colonel Saby lui remet la Croix de chevalier de la Légion d’honneur, couronnant l’exemplarité de sa carrière militaire.

La situation financière de la commune est très tendue. 40% des impôts locaux servent à payer la dette, bien plus importante que le seuil admissible. Robert et son équipe vont s’employer à inverser cette tendance. Des terrains sur la zone sont vendus. La dette est renégociée. Plus les années passent, plus les capacités d’investissement augmentent, permettant de financer des rénovations de voiries et de construire ou réparer des réseaux fatigués.

Le 4 juillet 1984, Robert inaugure un nouveau centre nautique, en présence du président du Conseil général, Philippe Marchand, accompagnés par le curé Émile Bullier.

4 juillet 1984, inauguration du centre nautique. Collection Cassagnes

Notre nouveau maire souhaite un développement maîtrisé d’Angoulins. Son vœu le plus cher est d’investir dans des équipements utiles à la population, comme la nouvelle salle polyvalente en gestation.

La précédente municipalité avait le projet d’installer cet équipement attendu dans le parc municipal, à la place de la grange en bois qui a fini en fumée vers 1980. Ce lieu, vite abandonné, n’était pas adapté au stationnement des voitures.

Finalement, le projet est repensé, financé et un terrain appartenant à la commune, route des Marais, est choisi. Quelques mois de travaux plus tard, le ruban tricolore est coupé le samedi 22 novembre 1986, en présence de François Blaizot, président du Conseil général et de Marie-José Veyrac, conseillère régionale. La salle rend hommage à Louis Ferrant, Compagnon de la Libération.

22 novembre 1986, inauguration de la salle Louis Ferrant. Collection Cassagnes

Cette construction a été en partie financée par la vente de la ferme du Pas des Eaux en 1985, rétrocédée par l’État après qu’un projet de lycée agricole a capoté.

ℹ️ Lire aussi : Louis Ferrant

On doit aussi au crédit de son équipe municipal la création d’un nouveau bureau de poste, sur les terrains vendus de l’ancienne usine Sogemap des frères Becquet. Il a été inauguré le 30 mars 1989 par Claude Grenier, tout juste élu maire.

ℹ️ Lire aussi : l’usine des frères Becquet

Angoulins ou Angoulins-Sur-Mer ?
Depuis le XIXᵉ, certains écrits mentionnent ce complément de détermination au sens de la topologie. Mais quant est-il exactement ?
La question a été tranchée en 1987 par le Conseil d’Etat. À la demande de Robert Cassagnes, cette haute instance a estimé que la dénomination officielle, Angoulins, n’est pas de nature à créer un risque de confusion avec d’autres communes. Notre village est unique, affaire classée !

Un bilan positif

Ces six années ont vite passé, mais la commune d’Angoulins a bien évolué. L’équipe dirigée par Robert Cassagnes a su assainir les finances, aidée par l’extension de la zone commerciale des Fourneaux. Des équipements attendus depuis longtemps ont vu le jour. Le quotidien des Angoulinois s’est amélioré avec d’importants travaux de voirie et d’aménagement de réseaux. Dès 1983, cette équipe a recréé et enrichi le bulletin municipal, désormais baptisé « Angoul’infos ».


Le saviez-vous ?

Difficile de ne pas évoquer Dédé, le frère de Robert disparu en janvier 2013. André Cassagnes fut un inventeur génial. On lui doit un objet que tous les enfants ont eu en main : le Télécran. Il créa des jeux et avait la passion des cerfs-volants qu’il faisait voler dans le ciel de Châtelaillon lors du festival international.

Le Télécran inventé en 1959 par André Cassagnes. Source fr.maped.com

Il y avait tant à dire…

Vers 1994, Robert et Marcelle Cassagnes.
Collection Cassagnes

À la lecture des écrits de Robert, on ressent tout l’amour qu’il a porté à Marcelle pendant les 70 ans de leur vie commune. Elle s’est éteinte le 16 décembre 2015, à l’hôpital de La Rochelle. Il a souffert de cette absence jusqu’au 7 octobre 2021. Ses cendres reposent depuis au columbarium du cimetière communal.

Un exemple de dévouement pour la communauté

Cet article est — je vous le concède — un peu long. Mais, cette vie fut tellement intense et riche qu’il aurait pu l’être deux fois plus.

Elle est un témoignage inspirant de dévouement pour son pays, et pour autrui. Robert aurait pu se consacrer uniquement à sa famille et à sa nouvelle maison d’Angoulins après sa retraite. Pourtant, il a préféré mettre ses compétences et son autorité naturelle au service des Angoulinois.

Son héritage est durable, comme la salle des fêtes Louis Ferrant dont il a concrétisé le projet attendu depuis de nombreuses années. Robert nous a démontré que la retraite n’est pas une fin, et qu’elle peut être bien plus longue et aussi enrichissante que la période qui précède.


Documentation
Nelly Enault Cassagnes
Robert Cassagnes, Un Long Chemin, mémoires
Robert Cassagnes, Pour une Écharpe, mémoires de son mandat de maire
Archives de la JSA