Quelques maisons à découvrir


Au fil de ce blogue, vous avez fait la connaissance de quelques maisons et villas dignes d’intérêt, comme le château de la Sapinière, la villa Montretout (aujourd’hui disparue), celles du quartier de La Manon, la maison Larteau, La Boulite, le château (actuelle mairie), etc. Bref, le patrimoine architectural de notre village est varié et très riche.
D’autres maisons, toutes dignes d’intérêt, méritaient ces quelques lignes, que voici.


Cette publication est appelée à s’enrichir : d’autres chapitres suivront, et je vous le signalerai en temps utile.


La maison de Charles et Marthe Mossé

La maison de Charles et Marthe Mossé aujourd’hui. Photo personnelle

Adresse : 7 avenue du Commandant Lisiack.

Cette maison, de style néo-régional, est l’une des plus belles du bourg d’Angoulins. Elle a été construite par le jeune couple Charles Mossé (1898-1969) et Marthe Nadeau (1893-1966), dans les années 1924-1925, sur un terrain situé en face de la mairie.

ℹ️ Lire aussi : la mairie et le parc municipal

Depuis 1818, ce terrain, surnommé La Glacière, est une dépendance du vaste domaine (maison et métairie) de Louis Arzac Seignette. Sur ce terrain, un grand bâtiment existe déjà depuis fort longtemps, ce sont une écurie, une étable et des greniers à foin. Dans les années 1850, lorsque le domaine est transformé en château par Paul Monlun et Élisa Seignette, tout est rasé, car la métairie est transférée à la ferme des Veaux Verts.

En 1895, Elisa Monlun de La Verpillière, leur fille, vend le domaine dont elle a hérité à la commune. Cette dernière va conserver le parc et les bâtiments en face de l’église pour y installer des classes d’école et la nouvelle mairie. En 1916, le maire se sépare du château, trop coûteux à entretenir, au contraire de la Glacière, qui reste dans le patrimoine communal.

En 1921, le château est acheté par Camille Flandrin, épouse d’un éminent médecin de Rochefort. Son fils, Maurice, qui l’habite, demande au conseil municipal d’acquérir la Glacière. Un accord est trouvé, l’acte est signé sous seing privé le 9 mars 1922. Deux ans plus tard, le 19 février 1924, il le revend à Charles Mossé, qui construit cette majestueuse maison, élément visuel fort du centre bourg depuis cent ans.

Le nom de Glacière rappelle qu’à cet endroit, de la glace était conservée pour subvenir aux besoins locaux, voir, au-delà, à La Rochelle, pour la conservation, entre autres, des produits de la pêche.

En 1957, le frère de Charles, Gustave, tout juste divorcé, cherche avec sa nouvelle épouse, Gaby Moreau, de quoi construire une petite maison. Pour cela, Charles lui cède la moitié de son terrain. Comme on peut le voir sur cette photo prise dans les années 1990, cette nouvelle construction a été accolée à une pièce basse d’environ 40 m2 déjà existante (elle est sur la nouvelle parcelle créée en 1957). D’après le propriétaire actuel, cette pièce a été bâtie par l’occupant allemand. Construit comme un bunker, il servait de douches et de sanitaires à la garnison dont les chefs habitaient la maison.

De 1957 à 1999, une maison occupait le terrain de la villa Mossé. Collection privée

En 1967, la grande maison est acquise par le Docteur François Michaut. Il l’agrandit du côté de la rue des Salines, et y installe son cabinet médical, jusqu’en 1976, année où il emménage du côté de la place des Veaux Verts.

Il y a eu d’autres propriétaires par la suite, celui qui l’occupe actuellement est ici depuis 1991. Il finit par racheter les anciens sanitaires et la petite maison. À leur place, une nouvelle pièce de vie, améliorant le confort du rez-de-chaussée, et une piscine sont construites. Deux parcelles au cadastre actuel, mais une seule et très belle propriété.


La maison L’Aurore

La maison L’Aurore. Photo personnelle

Adresse : 10 rue de la Motte Grenet

Au cours de mes recherches, j’ai découvert que le terrain de cette maison, d’une superficie de 639 m2, a été vendu en octobre 1935 par mon aïeule, Rose Marmet, et sa fille, Louise Rouché — mon arrière-grand-mère —, au couple Amaury Thamin et Marie Gillet. Les Gillet ne nous sont pas inconnus, ils ont été à l’origine de la création des bains Gillet à Saint-Jean-des-Sables. La famille était aussi propriétaire de la maison des Perles, dans la même rue, au numéro voisin le 12.

ℹ️ Sur les bains Gillet, lire aussi : la villa Oasis

Les Thamin construisent cette jolie villa de style balnéaire, entre 1936 et 1937. Ils la nomment L’Aurore, comme l’indique la gravure du cartouche au-dessus de la porte d’entrée.

En 1950, la maison est acquise par Louis et Marie Ferrant. Louis est militaire de carrière, résistant de la première heure, Compagnon de la Libération. Le couple s’y installe en 1953, définitivement en 1957, à la retraite de Louis. La maison est agrandie et réaménagée. Louis y meurt en octobre 1979, Marie en juin 2000. En janvier suivant, les trois enfants du couple la revendent. Son acquéreuse y habite toujours.

ℹ️ Lire aussi : Louis Ferrant

Quatre-vingt‑dix ans après sa construction, cette maison, typique de l’entre-deux-guerres, n’a donc connu que trois propriétaires, ce qui est plutôt rare.


La maison Bertin Boissard

La maison Bertin Boissard. Photo personnelle

Adresse : 7 rue des Salines

C’est depuis mars 1858 que cette belle maison bourgeoise est dans la famille de l’actuelle propriétaire. Plus exactement, de l’ancienne bâtisse qui la précédait, car la façade, que nous voyons aujourd’hui, date de 1870. Les travaux sont à mettre au crédit d’André Bertin et de son épouse, Élisabeth Boissard.

À l’origine, au XVIIIe siècle, le début de la rue des Salines, ancien chemin du bourg au Chay, était urbanisé jusqu’à cette maison, en fait une vieille bâtisse basse constituant un ensemble avec la maison connue pour être la future école des garçons, rue du Château-Gaillard. Cet ensemble appartenait à Nicolas Supiot, marchand cordier de La Rochelle. En 1818, ses héritiers revendent le tout à Pierre Ragody, capitaine de navire, maire adjoint d’Angoulins en 1831. Il meurt en 1834, son épouse, Élisabeth Baron, un an plus tard. Pierre Bourget, cultivateur à La Couarde en Ré, n’achète aux héritiers que la maison de la rue des Salines. La commune remporte aux enchères, celle qu’elle va transformer en école pour les garçons, car la loi Guizot votée en 1833 l’oblige à en ouvrir une.

En 1837, le couple Pierre Brin et Anne Turbé, propriétaires de nombreux biens sur Angoulins, en devient propriétaires. Cinq années plus tard, en 1842, mon aïeul Louis Chabot l’acquiert. Ce sont ses héritiers qui cèdent la maison aux époux Bertin Boissard.

Depuis, cette magnifique demeure de maître a été transmise, par héritages et legs, aux familles Poitu, Cardinaud, pour, finalement, échoir aux deux sœurs Isabelle et Suzanne Picard. Sans descendance directe, Suzon, décédée en 2025, l’a léguée à un membre de sa famille.

En cette année 2026, la maison, en cours de rénovation, vient d’obtenir le label de la Fondation du Patrimoine.


La ferme de Bel Air ou de Toucharé

La ferme de Bel Air ou de Toucharé dans les années 1970. Contrastes et couleurs améliorés par IA, en vignette, la photo originale. Collection privée

Adresse : 12 chemin de Toucharé

Au début du XVIIIe siècle, la terre sur laquelle va être construite cette belle maison de maître appartient à Jacques Massé et Victoire Oüalle. Bien installés au cœur de la bourgeoisie rochelaise, les Oüalle ont possédé la maison des Tourettes, rue Saint-Gilles, ainsi que la ferme des Veaux Verts.

ℹ️ Lire aussi : la maison des Tourettes et la ferme des Veaux Verts

En 1831, Pierre Auguste Rieul Massé, le fils du couple, percepteur et maire d’Angoulins de 1829 à 1838, vend la parcelle d’une superficie de 7 310 m2 au notaire Pierre Michelin. En décembre 1859, Ferdinand, son fils, la reçoit par donation. Il construit cette très belle et spacieuse maison de maître vers 1861/1862. Décédé en janvier 1865, ses biens sont mis aux enchères. Mais, au dernier moment, en juillet de la même année, son frère Gustave, 42 ans, rachète le tout pour une somme très importante à l’époque. Ce qui convient bien à la famille.

Un mois plus tard, Gustave vend la maison à René Roucher et Hortense Marmet. René est le fils de mes aïeux directs (décidément !). Cette date du 24 août 1865 marque l’entrée de ce patrimoine dans la famille dont l’actuelle propriétaire est la cinquième génération. Hortense Rouché, la fille de René et Hortense, reçoit la maison par donation vers 1896. Mariée à Antoine Carteau, elle en fait don à son fils Théophile, l’époux d’Adélaïde Lhoumeau. En 1964, ils la lèguent à leur fille unique, Marguerite. Sans descendance, elle la vend en 1967 à ses cousins Jean-Claude et Chantal Nadeau. Depuis 1997, une dernière donation fait de Brigitte, leur fille, l’actuelle propriétaire.

Cette maison est depuis ses origines une ferme. En 1865, elle est pourvue de toutes les commodités pour exploiter une importante superficie de vignes. Plus tard, après la crise du phylloxéra de 1875, elle devient une ferme d’élevage et de cultures. Dans les années 1970, j’y allai jouer avec la fille des fermiers, les Pérocheau. Je me souviens aussi de ce chai aménagé en discothèque (à gauche sur la photo, devant les motos) où nous faisions nos « booms ». De merveilleux souvenirs, à part mon ampli cramé, les basses du disco ayant eu raison de lui…


L’ancien presbytère

Au centre de cette vue, l’ancien presbytère. © Google, Airbus, Maxar tech

Adresse : 1 avenue du Commandant Lisiack

Cette très belle maison, au cœur du bourg, est l’ancien presbytère. Son portail d’accès est à la droite du Café des Charentes. En 1811, son jardin longeait les deux côtés de la rue du Château-Gaillard et la rue des Salines. Il s’est considérablement rétréci par la construction de nouveaux bâtiments, comme on peut le voir sur cette vue.

À l’opposé de la maison, un puits, situé à l’extérieur du mur de clôture. Il était partagé avec les riverains du quéreux. La neuvième pause d’Angoline (plaque d’information près du puits) nous dit que le mur de clôture a été reculé pour rendre ce puits public. Ce recul est ancien, car il se voit sur la carte de Claude Masse de 1703. Petite astuce pratique, une ouverture a été aménagée dans ce mur pour abreuver le cheval du curé.

À la lecture des cartes du XVIIIe siècle et du cadastre de 1811, cette maison de maître semble récente, édifiée entre 1785 et 1805. La cour d’accueil n’existait pas, l’ancien bâti bordait la rue montant de l’angle des Salines jusqu’à la place du Canton, actuelle place de la République (où se trouve la boulangerie). L’ensemble formait un L.

En 1826, la matrice cadastrale indique qu’elle appartient à la commune depuis que le premier plan existe, celui de 1811. En 1907, le conseil municipal décide de la louer par adjudication. Une annonce est publiée dans la presse locale en décembre : à louer une « belle et vaste maison d’habitation, ayant vue sur la mer et composée de 11 pièces ». Plus des dépendances, une cour d’agrément et un grand jardin potager.

L’annonce ne précise pas la vétusté du bâtiment. De lourds travaux sont nécessaires. Le coût n’étant pas compatible avec les finances communales, il est vendu le 22 janvier 1908 à Pierre Bernard, chef de la gare de Fouras.

Cette vente suscite d’importants remous au sein de la population et du conseil municipal. Une enquête publique est nécessaire. Sur 135 déclarations reçues par le commissaire-enquêteur, 132 villageois sont opposés à la vente, car il s’agit d’une maison peu ordinaire, le presbytère. Leur souhait est que le maire puisse continuer à le louer au curé de la paroisse, le père Barriel. Mais ils ne représentent qu’une minorité des 540 électeurs, soit environ un quart. La raison communale l’emporte devant le gouffre budgétaire à venir, la vente est entérinée.

Désormais, il est décidé au conseil municipal statuant sur cette vente qu’à l’avenir, le nom de chaque conseiller figurera à la suite de son vote. Fichtre !

En janvier 1929, Pierre Bernard meurt. Il laisse comme héritiers sa seconde épouse, Marie Réthoré, et ses quatre enfants, dont deux issus de son premier mariage. Le 18 avril 1931, les consorts revendent la maison au commandant Eugène Lisiack (1885-1944), militaire à la retraite. Ce grand résistant, arrêté dans sa maison d’Angoulins en septembre 1943, sera fusillé par les Allemands le 11 janvier 1944 au camp de Souge, en Gironde.

La maison a comme adresse le numéro 1 de l’avenue portant son nom depuis le 1er août 1945. Le commandant Lisiack avait le grade de lieutenant-colonel depuis 1943.

À son décès, la maison revient à sa fille aînée, Magdeleine (1922-1986), puis à ses héritiers. Elle a, par la suite, appartenu à une notaire de La Rochelle. Depuis décembre 2022, cette belle demeure de 282 m2 a un nouveau propriétaire. Le terrain couvre une superficie de 1 441 m2, ce qui est plutôt rare dans le vieux bourg d’Angoulins.


La maison Personnat Pigeonnier

Le maison Personnat Pigeonnier. Photo personnelle

Adresse : 9 rue François Personnat

L’architecture de cette maison, habitée par plusieurs maires du village, la date du milieu du XIXe siècle. À cet endroit, le bâti précédent est très ancien, on le devine sur les cartes de Claude Masse (1703) et de Paul Thomas Bartholomé (1782). Peut-être a-t-il un rapport avec le prieuré ayant existé ici, une annexe de celui de Saint-Gilles de Surgères ? En effet, sur le grand terrain de cette belle maison de maître se dresse encore fièrement la chapelle Sainte-Radegonde du XIIe siècle.

ℹ️ Lire aussi : la chapelle Sainte-Radegonde

En 1811, la maison, avant celle que nous voyons aujourd’hui, appartient à Jean Laurent. Originaire de La Rochelle, où il est né en 1757, cet ancien capitaine caboteur est, jusqu’à son dernier souffle, syndic de marine. Il assure le premier échelon administratif de proximité pour les gens de mer de son secteur, en tenant à jour le matricule des marins de son syndicat (inscriptions, mouvements, embarquements et débarquements).

Jean Laurent décède en janvier 1825 à Angoulins. Son testament laisse pour héritières son épouse, Magdelaine Dorin, et sa nièce, Jeanne Laurent. Cette même année, en juillet, cette dernière prend pour époux, à la mairie d’Angoulins, Claude François Personnat.

Claude François est né à Strasbourg en 1800, où son père, Jean François, originaire du Jura, est militaire de carrière. En 1810, celui-ci est lieutenant d’artillerie. Une mutation signe l’arrivée de cette famille au village : il prend le commandement du détachement des gardes-côtes d’Angoulins, devant lequel l’ennemi anglais mène un terrible blocus. Son quatrième enfant, Alexandre, naît d’ailleurs ici. La famille s’installera quelque temps plus tard à Aytré.

ℹ️ Lire aussi : la Motte Grenet

Claude François devient rouleur, puis commissionnaire de roulage. Ce métier consiste à organiser le transport des marchandises. Dès son mariage en 1825, le couple s’installe à Angoulins, vraisemblablement dans la maison de la tante. Au décès de cette dernière en 1842, Jeanne possède pleinement la maison.

Trois filles naissent de leur union, Léopoldine (1826-1911), Clémence (1828-1885) et Delphine (1831-1834). Claude François devient un important propriétaire foncier : il acquiert, au cours de la décennie 1850, des prés et des marais autour d’Angoulins, qui se comptent en hectares.

Claude François Personnat sera maire d’Angoulins de 1848 à 1851. Il écrit ses deux prénoms à chaque acte d’état civil qu’il signe. Ses filles, Léopoldine et Clémence, célibataires, sont connues pour avoir été les bienfaitrices de l’église d’Angoulins. On leur doit son importante transformation des années 1880, et le don — entre autres — des magnifiques vitraux sortis des ateliers Dagrand de Bordeaux.

En novembre 1876, Jeanne Laurent veuve Personnat — Claude François est mort en 1871 — lègue sa maison à l’aînée, Léopoldine. Sa sœur Clémence est partie vivre à Saint-Savinien, entre Saintes et Rochefort, où elle décèdera en 1885. En 1908, Léopoldine rédige son testament : elle fait de sa cousine, Eugénie Personnat, la fille d’Alexandre, et de son époux, Eugène Ferrand, professeur de piano à La Rochelle, les légataires de la maison.

Trois ans plus tard, Léopoldine meurt à La Rochelle. Le couple prend définitivement possession de la maison, mais ne l’habite pas. Il faut attendre le 1er juin 1923 pour que celle-ci soit cédée à Fernand et Adèle Pigeonnier. Ce cultivateur, marchand de biens, grand amateur de chevaux, devient maire d’Angoulins de 1925 jusqu’à sa mort, en 1931. La propriété, d’une surface de 1,8 ha, est devenue une ferme, la plus vaste en bordure du vieux bourg, sans compter les terres dont elle s’occupe autour. Son fils, Paul Bernard, en hérite. Lui aussi sera maire d’Angoulins (deux fois, de 1941 à 1945 et de 1953 à 1965). Par la suite, la maison revient à son fils Édouard, dit Chonchon (1929-2005). Son épouse, Janine, qui l’a habitée jusqu’à peu, est décédée en 2026.


La maison Bouet Guichard

2011, la maison de Louis et Suzanne Guichard. Collection privée

Adresse : 1 rue Félix Faure

Cette belle maison de bourg, en face du tertre de l’église, ne cache pas son âge. En effet, le linteau de la fenêtre au-dessus de la porte vitrée est gravé de cette année : 1740.

Ses constructeurs semblent issus de la noblesse. Un acte notarié de vente, daté de 1803, que je n’ai pas retrouvé aux Archives départementales, indique qu’elle a appartenu à Mademoiselle Robert de Vérigny. Son proche ancêtre, Charles François, était écuyer, trésorier particulier de la monnaie royale de La Rochelle, seigneur de Ronflac (une châtellenie à l’ouest de Salles-sur-Mer). À n’en pas douter, une grande famille de la noblesse locale.

Cette cession est faite au profit de son cousin, Étienne Claveraud de Ladhoüe (1759-1830), qui fut un important propriétaire foncier sur Angoulins. Il avait notamment la ferme des Glands, dont il est parlé ci-après, ainsi qu’une métairie située en face de l’église, à l’emplacement même de l’ancienne mairie.

En 1812, la maison et d’autres biens sont vendus aux époux Louis Bouet fils (1774-1852), tonnelier, courtier en vins et eaux-de-vie, et Jeanne Glory. Le couple habite le quartier Saint-Jean du Pérot à La Rochelle. En 1842, Jeanne décède à Angoulins.

Après le décès de Louis survenu en 1852, une licitation des biens est organisée en mars 1854. La bénéficiaire des enchères est, étonnamment, Joséphine Geschwind, l’épouse de Théophile Bouet, le fils du défunt. Le couple la conserve jusqu’en 1861, année de sa cession à la fratrie Poutier. Cette famille ne nous est pas inconnue, Gilles, Jeanne et Marguerite sont les enfants d’Elisa Seignette, la fille de Louis Arzac, le plus grand propriétaire foncier d’Angoulins au début de XIXe siècle. Donations et successions se succèdent, si bien que Frédéric Barbedette, le fils de Jeanne, finit par posséder tous les biens de cette grande famille.

Frédéric Barbedette (1858-1927) est agriculteur, politicien et publiciste. Il a vécu longtemps en Algérie. Il revendra tout son patrimoine angoulinois, dont la ferme des Veaux Verts en 1913.

C’est donc lui qui, en mai 1894, cède la maison à Gustave Guichard, premier du nom, industriel dans la production de chaux et de ciment. Il est maire d’Angoulins depuis 1889. Il le restera jusqu’à son décès en 1911. Depuis cette cession, la maison reste dans la famille Guichard jusqu’en 2011, année du partage après le décès de Suzanne Normand, l’épouse de Louis Guichard (1905-1991), le petit-fils de Gustave.

Juin 1976, Louis (Louiton) et Suzanne (Susu) Guichard. Photo personnelle

La maison et, à sa gauche, l’ancienne grange, qui fut un cinéma dans les années 1960, sont vendues à un promoteur immobilier, GpM. Le cinéma est rasé, des garages sont construits, et, derrière la maison, une petite résidence voit le jour.

ℹ️ Lire aussi : le cinéma Royer


La ferme des Glands ou la Glandière

1991, une vue de la Glandière. Collection privée

Adresse : 5 rue Carnot

Cette très belle maison de maître date de 1775, comme cela est gravé au-dessus de la porte-piéton. Pour les curieux, on peut encore voir les lignes parallèles gravées par le maçon pour l’aider à bien centrer les quatre chiffres de l’année. Cette date figure également sur une pierre intérieure, à l’étage de l’aile gauche.

À l’image des veaux (verts) de la ferme toute proche, cette maison, qui fut aussi une exploitation viticole et agricole, doit son nom aux deux sculptures — des glands — trônant sur les piliers du portail.

Une cheminée dans le salon nous donne un indice sur ses constructeurs. Deux lettres gravées sur la cheminée, M et G, attestent que la maison a été édifiée par un couple de la bourgeoisie rochelaise, Joseph Massot et Élisabeth Gazan. D’après les anciennes cartes connues, toujours très pratiques pour comprendre l’histoire du territoire, il n’y a pas de bâti qui aurait précédé la maison.

Joseph Marie Massot est négociant, ainsi que le père d’Élisabeth. Son curateur, Isaac Raboteau, marié à Judith Seignette, dut consentir à son mariage. Nous sommes dans l’entre-soi des grandes familles de négociants rochelais, au cœur du commerce triangulaire de la traite négrière.
À noter qu’Élisabeth fut aussi propriétaire de la maison au 11 avenue Edmond Grasset, à deux pas de la Poste.

En 1796, la maison est vendue à Étienne Clavereau de Ladhoüe (1759-1830), évoqué à la maison précédente. Il est issu de la noblesse de robe et de la haute bourgeoisie rochelaise, propriétaire des plus beaux biens d’Angoulins.

C’est en 1802 que la maison arrive dans le patrimoine d’une grande famille d’Angoulins, les Marmet. Le pionnier, arrivé à Angoulins à la fin du XVIIIe siècle, est Pierre Gabriel. Né à Potangis, dans la Marne, en 1762, il devient une personnalité importante du village. En 1810, il est adjoint au maire, le notaire royal François Élie Bérigaud.

Pierre Gabriel est l’ascendant direct de ma famille, à savoir les Rouché, Martineau, Mousse, Normand et Guichard. En s’installant ici, dans cette rue du bourg qui deviendra la rue Carnot, ce cultivateur acquiert de nombreux biens autour, et notamment la maison du numéro 7, qui verra grandir les familles Poniard, puis Normand. C’est ici que ma grand-mère, Madeleine Martineau, est née.

Pour l’anecdote, de 1799 à 1835, Pierre Gabriel Marmet est le témoin et déclarant d’un nombre impressionnant de naissances et de décès. Le garde champêtre et l’instituteur, traditionnels signataires, n’en font pas autant !

Revenons à notre maison du numéro 5. En juin 1845, le fils de Pierre Gabriel, Louis — il a hérité de la maison en 1836 — revend cette belle demeure à Adélaïde Pinnelière. Le bien fait partie d’une vente aux enchères volontaire de la part de Louis et de son épouse, Jeanne Pinet. Il y a quatorze articles, la maison et treize pièces de terre. Certaines familles y font leurs emplettes, notamment les Seignette, qui achètent quelques parcelles. Adélaïde est également originaire de la bourgeoisie rochelaise. Elle est née à La Rochelle en 1779 et y meurt en 1867, sans descendance.

À son décès, son neveu André Devillelégier hérite. Le 1er novembre 1878, date de sa disparition, il a fait d’Yves Perrineau son héritier. Il en devient le propriétaire. À noter qu’ils n’ont pas de lien familial. Trois ans plus tard, Yves et son épouse, Marie Leulier, partagent leurs biens entre leurs cinq enfants. La maison revient à la benjamine, Louise Perrineau, épouse d’Henri Mailhot, brillant avocat au barreau de La Rochelle.

En 1881, Louise Perrineau cédera à la commune — par expropriation — une grande parcelle aux Fourneaux pour y établir l’actuel cimetière.

La maison reste une quarantaine d’années dans la famille Perrineau Mailhot. En octobre 1921, Louise Perrineau revend la maison à Fernand et Adèle Pigeonnier. Dix années plus tard, son fils, Paul Bernard, la reçoit en héritage. Dans celui-ci, la maison Personnat évoquée plus haut. La maison est alors appelée « La Bernardière ».

En 1962, elle est vendue à un couple de Parisiens, Michel et Gisèle Massé. La vente sert à boucler le financement d’une parcelle de pré marais de huit hectares située en bordure de la nationale 137. Paul Bernard en détachera un hectare en 1968, au profit de la société Carnot Station, qui construit alors la première station-service à l’enseigne de FINA.

1971 marque la cession par les époux Massé à la famille Delaunay, dont le fils est toujours le propriétaire.


Les villas jumelles

Les villas jumelles. Photos personnelles

Adresses : 19 route de la Douane, 38 avenue du Général de Gaulle et 31 allée de la Sapinière.

La curiosité finit toujours par payer. En parcourant Angoulins, j’ai constaté que trois petites villas de style balnéaire se ressemblaient comme deux (trois ?) gouttes d’eau.

La première est la villa Algue Marine, 19 route de la Douane. Elle a été bâtie en 1930, vraisemblablement par Pierre Bourdilleau, maçon originaire de Loudun dans la Vienne, et constructeur de nombreuses villas à La Manon à partir de 1922. Elle est l’une des rares maisons du quartier des Coudrans, son urbanisation étant tardive.

ℹ️ Lire aussi : la Manon

La seconde (en bas, à gauche) est située au 38 avenue du Général de Gaulle. Pas de cartouche nominatif au-dessus de la porte d’entrée : il semblerait que son pignon de façade n’ait jamais existé. Une vue aérienne de 1947 confirme cette idée, ce qui est fort dommage, car il confère à ce style architectural un charme indéniable.

Enfin, la troisième (en bas, à droite) est la villa La Rosette, située au 31 allée de la Sapinière, à Saint-Jean-des-Sables. On retrouve cet appareillage de briquettes autour des ouvertures, caractéristiques de l’architecture de cette période entre les deux guerres.


Documentation
Archives départementales de La Rochelle
Mes remerciements vont aux actuels propriétaires de ces maisons. Sans eux, et les documents en leur possession, rien n’aurait été écrit.