La Motte Grenet


La Motte Grenet est un quartier situé en bord de mer, à l’écart du vieux bourg. Il forme une légère pointe sur l’océan entre la cale de la Chaume au nord et la plage de Saint-Jean-des-Sables au sud, en limite de la commune de Châtelaillon.
Vers 1810, le ministère de la Guerre y installe un fortin de défense. Le terrain est déclassé en 1876, une maison de type balnéaire y est construite entre ses murs. En 1957, un restaurant reconnu s’y installe, puis une colonie de vacances. C’est aujourd’hui une résidence privée.

Situation du quartier de la Motte Grenet. © IGN carte classique

Au cours de mes recherches, j’ai constaté que la Motte Grenet s’écrivait de différentes manières. Suivant les époques, les documents et les rédacteurs, on peut lire :
• La Motte Grenet : orthographe actuelle des panneaux de rue et de Google Maps.
• La Mothe Grenet ;
• La Motte / Mothe Greney. Parfois également Mottes et aussi Grené ;
• Quelquefois aussi : la Motte à Grenet.
Il peut y avoir un tiret entre les deux mots. Bref, il y en a pour tous les goûts !

Exemple d’orthographe du quartier en question sur ce recensement de 1968. D’autres quartiers sont mal orthographiés. AD17 bibliothèque

Étymologie du quartier

Une motte (ou mothe) est un tertre, naturelle ou construite par l’homme, dont la vocation est d’accueillir une forteresse. Ce qui est le cas ici, enfin presque ! Autre définition, sur des actes notariés anciens, une motte désigne une bonne terre labourable.

Grenet, dérivé de Granet, a pour racine le mot « grain ». D’après le site Geneanet, Granet pourrait être un toponyme indiquant une halle au blé, peut-être, par extension, un lieu de stockage de céréales. Ce qui n’est pas le cas ici. Grenet est aussi un nom de famille courant en France, Geneanet recense une famille entre Châtelaillon et Angoulins au XVIIIe et XIXe siècle.

Au fil des recherches, j’ai remarqué que certaines pièces de terre (ou vigne) étaient désignées soit par le nom du lieu, soit par celui de son propriétaire. L’étymologie la plus vraisemblable de la Motte Grenet serait donc une bonne pièce de terre appartenant à un certain Grenet, d’où l’étymologie parfois entrevue de « Motte à Grenet ».

Claude Masse (1652-1737), ingénieur et cartographe du roi Louis XIV, nomme la pointe de la Motte Grenet « pointe de Vinaigre » sur sa carte (vers 1700).

Le fortin de la Motte Grenet

Ici, malheureusement point de forteresse, mais plutôt un fortin (ou fort) construit à l’époque napoléonienne. L’ennemi est anglais et la protection de la côte est une priorité nationale, à l’image du mur de l’Atlantique des allemands. La Marine anglaise bloque le commerce maritime en coulant des navires intrépides.

Deux autres fortins sont construits à la Pointe du Chay, ils seront détruits par la flotte anglaise. 

ℹ️ Lire aussi : le mur de l’Atlantique

Sur ce plan cadastral assez précis de 1867, on remarque l’existence d’un petit bâtiment entouré d’un mur d’enceinte. Il s’agit du corps de garde, construit à partir de 1811, dont les murs sont très épais. C’est ici que les soldats casernent, aidés au besoin par les troupes supplétives armées, tant bien que mal, les Angoulinois. Outre le logement chauffé par une cheminée, ce bâtiment, au plafond voûté, abrite une poudrière.

Cadastre de 1867, le fort Greney. AD17 3P5039

Le fort n’apparaît pas sur le cadastre de 1811, mais sa construction date bien de cette époque.

Le terrain a été déclassé par l’armée en 1841. Sur cette carte postale datée du début du XXᵉ siècle, une belle villa de style balnéaire a été construite au sein du fortin vers 1876. L’enceinte a conservé ses caractéristiques défensives, à savoir les petites meurtrières à gauche, le portail et, à droite, le mur crénelé.

Tout à droite, l’ancien bâtiment des gardes du fortin. Collection privée

En janvier 2009, la pointe est encore accessible aux curieux. Plus pour longtemps, des maisons sont en cours de construction sur un lotissement privé. J’ai pris cette photo à l’intérieur du fortin (la mer est dans mon dos), on y voit encore un tiers du corps de garde et le mur d’enceinte aux meurtrières bouchées. On y devine le petit chemin de ronde au-dessus. La belle villa a été rasée, mais son entrée pour y accéder est parvenue jusqu’à nous.

Le fortin a été construit en 1811. En 2009, il en reste la moitié. Les murs d’enceinte sont encore bien visibles. Photo personnelle
Sur cette vue aérienne des années 50, on devine parfaitement le contour du mur d’enceinte et le corps de garde derrière la villa. À comparer avec le plan cadastral de 1867. Collection privée, AD17 3P5039

ℹ️ Voir aussi : vues aériennes

La villa balnéaire (ou chalet) du fortin

Construite de 1876 à 1878, cette magnifique villa (nommée à l’origine : villa Montretout) a connu diverses activités. En 1907, le maître verrier Adrien Leroy aide son fils Louis à installer une entreprise dans l’ancien corps de garde. Des dettes arrêteront l’activité, et la propriété sera saisie en 1911.
En décembre 1917, Marie Joussemet veuve de Georges Frick achète la maison à Marie Nunc,épouse De Thierry Villemont, déjà propriétaire du château de la Sapinière (villa Oasis) tout proche. La belle-fille de Marie, Berthe Fabri, y est avicultrice. Cette petite entreprise avicole est connue sous le nom de maison Frick.

ℹ️ Lire aussi ces articles détaillés : la villa Montretout et la villa Oasis

La verrerie est installée dans le corps de garde du fortin. Collection privée
Les ouvriers de la verrerie. Remarquez dans les entrées l’épaisseur des murs de l’ancien corps de garde. Le jeune homme au milieu, Maurice, est le grand-père de mon cousin Raymond Normand. Collection privée

Marie Joussemet vend la maison en décembre 1931 à la fondation des Orphelins d’Auteuil dont l’abbé Daniel Brottier (1876-1936) est le directeur général de 1923 à 1936. Elle devient une maison de repos et accueille les enfants de la fondation. L’abbé célèbre la messe pour eux en l’église Saint-Pierre-ès-Liens d’Angoulins.

ℹ️ Lire aussi : l’église Saint-Pierre-ès-Liens

Le bon air de la mer et un civet de lapin, rien de mieux pour requinquer les p’tits gars de la ville ! Collection privée
Une belle allée de cyprès mène à la maison de repos.
Collection privée

L’hôtel bar restaurant Authé

En 1957, le grand chef cuisinier parisien puis rochelais Louis Authé (1904-1982) rachète une maison située au nord-ouest du fortin. Appelée Closerie des Genêts ou villa Gaby, elle a été construite vers 1914. Aidé de son épouse Madeleine, il la transforme rapidement en hôtel, bar et restaurant réputé. À leur table, ils reçoivent tous ceux qui ont apprécié la cuisine de Louis à La Marée (au-dessus de la criée de l’Encan) et au Môle d’Escale au port de La Pallice La Rochelle. Les amoureux de belles adresses ne manquent pas, ils apprécient le calme de l’hôtel et le menu proposé.

ℹ️ Lire aussi : le restaurant de Louis Authé

L’hôtel restaurant : le bâtiment rectangulaire aux stores jaunes adossé à la maison rachetée en 1957. À proximité, le long bâtiment derrière les cyprès sert de réserves. Collection privée

La colonie de vacances

En décembre 1963, Louis et Madeleine Authé revendent le restaurant à l’APAS de Lyon, Association Paritaire d’Action Sociale. Le même jour, cette dernière rachète la villa Montretout. Sur cette propriété réunie de 1,3 hectare, une colonie de vacances voit le jour, des bâtiments sont construits pour accueillir les enfants jusqu’en 1995, année de fermeture définitive de ses portes

Vers 1974, la colonie de vacances de l’APAS de Lyon. Collection privée
L’aspect de la colonie en 1985. Un nouveau grand bâtiment a été édifié en 1983 au nord est de l’ancien fortin. © IGN

ℹ️ Lire aussi : les colonies de vacances

La Motte Grenet aujourd’hui

Vers 2006, le terrain de la colonie est vendu, un promoteur immobilier de Châtelaillon l’aménage en résidence privée et sécurisée, appelée « Le Rocher de la Menoise ». L’emplacement est de premier choix, 14 villas de grand standing sont bâties à partir de 2008. L’habitat est concentré comme on peut le voir sur cette vue aérienne, mais les vis-à-vis sont préservés.

La villa balnéaire, l’hôtel restaurant et la colonie ne sont plus qu’un lointain souvenir… En avril 2007, le ministère de la Culture a demandé aux promoteurs de conserver les murs est et sud de l’enceinte du fortin. Celui de l’ancien corps de garde, orné de graffitis, a été intégré au décor intérieur de l’une des villas.

La Motte Grenet en 2022. Les murs extérieurs du fortin conservés à la demande du Ministère de la Culture. © 2026 Google Airbus / Maxar

Documentation
Internet
Google, IGN
Archives départementales de La Rochelle