La cour Gambetta


En avril 1893, la commune d’Angoulins rachète le Domaine du Parc à Elisa Monlun, épouse du marquis Théodore Leclerc de La Verpillière. L’objectif est d’installer les services municipaux dans de nouveaux locaux, spacieux et fonctionnels. Et, plus urgent, de construire une nouvelle école, car les enfants du village sont de plus en plus nombreux. Auparavant, la mairie et l’école étaient situées dans une cour donnant sur la Grande rue, actuelle rue Gambetta et deux autres classes dans une maison école rue du Château Gaillard créée vers 1833.
Une brève histoire de ces écoles terminera cet article.


Le château d’Angoulins, ou Domaine du Parc, l’actuelle mairie. Photo personnelle
Vers 1910. Les annexes du château ont été réaménagées en 1895. Au centre, une mairie et de chaque côté, l’école des filles et celle des garçons. Source famille

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Situation de la cour Gambetta, au cœur du bourg

La cour Gambetta occupe les n°14 à 20 de la rue du même nom, anciennement Grande Rue. Image IGN Remonter le Temps

En 1874, la commune complète un achat de 1854.

En 1874, le maire d’Angoulins est Jacques Gilbert. Né en 1817 aux Grandes Maisons à Angoulins, il a épousé, en 1845, sa cousine Isabelle Guenier Labletterie (1822-1894). Propriétaire cultivateur, il est élu maire en 1871 et le restera jusqu’en 1883.

Quelques mois préalablement, en mars 1873, la mère d’Isabelle, Madelaine Gilbert (1798-1873, épouse de Pierre Guenier Labletterie, 1789-1831) décède. Madelaine est propriétaire de biens dans cette cour de la Grande Rue. Le « gendre maire » y voit une occasion de compléter et de rassembler à cet endroit toute l’administration communale. Mais, étant partie prenante dans la succession, Jacques Gilbert a besoin de l’autorisation du préfet pour conclure l’affaire.

Le 17 décembre 1873, la cession est autorisée. Le 7 janvier suivant, le maire adjoint, Pierre Bironneau (1820-1890), signe l’acte de cession avec les sept indivisaires chez Maître Edouard Cumin, notaire à Angoulins.
Cette nouvelle acquisition complète la vente intervenue en mai 1854 de la maison à droite de la cour, en bordure de la rue. Le propriétaire à l’époque n’est autre que le maire en exercice, Jacques Gilbert. Cette cession avait coûté à la commune la somme de 1 700 francs. Le conseil municipal, présidé par André Charpentier (1807-1876), avait donné son accord, sous couvert de l’autorisation du préfet.

Maître Édouard Cumin succédera à Jacques Gilbert en 1883 à la tête de la commune. Pour une raison inconnue, il démissionne en 1889 au profit de Gustave Guichard (1ᵉʳ). Ce dernier sera maire 22 ans, la plus longue mandature depuis 1800.

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Cadastre de 1867. Le périmètre d’acquisition par la commune des maisons et parcelles des familles Guenier Labletterie et Gilbert. La parcelle n°427 est celle de la vente de 1854. Image AD17
Le « centre administratif » de la Grande Rue. En se rapportant au croquis existant sur un document d’archive, la mairie était au n°14, l’école dans le fond de la cour au n°16, la société de Secours Mutuels au n°18 et la prison au n°20. Image Google Maps

Un centre administratif au cœur du bourg

La maison vendue par Jacques et Isabelle en 1854 abrite depuis cette date la mairie et le logement du garde-champêtre. Elle dispose d’une grande chambre basse sur la rue, une petite écurie au midi, deux chambres (basse et haute) avec une banquette en plate-bande.
Il y a un poulailler et un taie (abri de cochon) à côté de l’écurie. Une petite porte à côté de la maison permet d’entrer avec une charrette.

La nouvelle acquisition comprend un corps de bâtiments et des dépendances. Ils donnent sur une vaste cour dont on rentre par un portail et une petite porte. L’ensemble fait 920 m². Dans cette cour, un puits et un gibet ! Un chai va servir à entreposer tout le matériel de la mairie. Au fond à droite, une maison, chambre basse et haute, va devenir la nouvelle maison école des filles avec son unique salle de classe. Une seconde maison comprend deux chambres basses et une haute.

Il est construit une salle de police, une prison et un chai pour la servitude du garde-champêtre. Un corridor dans le coin en haut à droite permet d’aller dans le grand jardin de presque 1 000 m². Un petit appentis abrite le corbillard. En 1876, dans la continuité de la prison, le long de la rue, la Société de Secours Mutuels édifie un local à son usage.

Une maison école pour les filles existe déjà dans la commune. Elle appartient à un particulier, Monsieur Pinet. Une situation anormale. Le conseil municipal étudiera divers projets d’acquisition jusqu’à cette année 1874.

Lors des travaux de viabilisation de cette cour, des fragments d’une cruche datée du XVᵉ / XVIᵉ siècle ont été découverts. Source Denis Briand

La Société de Secours Mutuels

Le 6 août 1876, la séance extraordinaire du conseil municipal, sous la présidence du maire Jacques Gilbert, autorise la Société de Secours Mutuels à construire un local pour accueillir et assister les Angoulinois dans le besoin.

Le 10 août suivant, le même conseil indique : la société ne pourra faire en dedans de la cour commune aucune porte qui lui permette qu’elle voit, mais elle fera établir ses ouvertures du côté de la rue pour qu’il n’y ait aucune communication ni avec la mairie ni avec la maison école placée au fond de ladite cour. La société devra chaque année entretenir à ses frais la construction qu’elle aura élevée et si pour une raison ou pour une autre la société venait à se dissoudre, la commune récupérerait de nouveau la salle en question et la société ne pourra prétendre à aucune indemnité pour cause de cet abandon. Le maire, Gilbert

Confidentialité et responsabilité sont les mamelles du secours mutuel !

2023, la cour Gambetta. À droite, l’ancienne mairie dont la porte (derrière la voiture) donnait sur la rue. À gauche, l’entrée de la maison de Secours Mutuels. Photo personnelle
Encore visible au dessus de la porte d’entrée, Société de Secours Mutuels.
Photo personnelle

1948, la société fusionne avec une mutuelle

Le 1ᵉʳ juillet 1948, la Société de Secours Mutuels d’Angoulins fusionne avec celle, de type mutualiste, des Arts et Métiers installée à La Rochelle. Cette dernière deviendra la SMAM, qui, en 2015, fusionnera avec la SMIP (Services Mutualistes des Individuels et des Professionnels, créée en 1929) pour devenir la mutuelle APIVIA, bien connue dans notre région pour être un sponsor de premier plan du Stade Rochelais.

Journal Officiel du 9 juillet 1948, page 6653. Source Legifrance

Une brève histoire des écoles

Les lois de la République

Lors du XIXᵉ siècle, les besoins d’Angoulins pour recevoir les enfants à l’école se font de plus en plus pressants. Le corps des instituteurs est créé par une loi de 1792. Une ordonnance de 1816 prescrit la création dans chaque commune d’une école primaire, gratuite pour les indigents. En 1833, la loi Guizot oblige les maires à ouvrir une classe primaire pour les garçons. En 1867, la loi Duruy en rajoute une couche en rendant obligatoire la création de la même classe pour les filles sans que cela coûte un sou aux parents. Puis, par deux lois de 1881 et 1882, Jules Ferry rendra l’enseignement obligatoire, gratuit et laïque.

Les deux maisons écoles

On l’a vu un peu plus haut, une nouvelle maison école reçoit les filles dans la cour Gambetta depuis 1874, en remplacement d’une maison dont la commune n’est pas propriétaire. L’école de garçons située au 23 rue du Château Gaillard, derrière le presbytère, n’est pas assez grande pour accueillir plus d’élèves. Leur nombre est un problème, car en 1883, les effectifs de la classe sont de… 72 élèves pour 48 mètres carrés ! Des inscriptions sont refusées. L’inspection académique est régulièrement alertée par les parents d’élèves et les instituteurs.

Les nouvelles classes et écoles du Domaine du Parc

Il faut attendre 1895 pour que la municipalité réponde à cette démographie galopante par la création de deux nouvelles classes et le regroupement des élèves dans les annexes du château, en face de l’église. En 1909, une classe de maternelle, dite enfantine, est aménagée. Bien plus tard, en 1955 puis 1960, la commune construit derrière la mairie une école primaire, baptisée plus tard du nom de Jean Moulin. Scindé en deux bâtiments, le bâtiment des filles porte aujourd’hui le nom de l’aviatrice de renom Hélène Boucher. Ces deux nouvelles constructions abritent les classes de CE1 à CM2. Les maternelles et les cours préparatoires sont encore du côté d’anciennes classes de 1895.

L’école éphémère des Filles de la Sagesse

De 1901 à 1903, trois sœurs des Filles de la Sagesse ont géré deux classes dans un immeuble appartenant à la très pieuse Mademoiselle Léopoldine Personnat, situé dans la rue du même nom. Les fillettes étaient âgées de deux ans et demi à treize ans. Après la promulgation de la loi du 1ᵉʳ juillet 1901, la congrégation a l’obligation de déclarer cette école à l’administration. La décision du maintien revient au conseil municipal. En 1902, il rejette l’autorisation et demande aux trois sœurs de quitter la commune. En mai 1903, elle retourne dans leur congrégation de Saint-Laurent-sur-Sèvres en Vendée.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, ma cousine Martine a fréquenté une classe enfantine installée à la même adresse rue Personnat, dans la propriété du maire de l’époque, Paul Bernard Pigeonnier. Créée bien avant la guerre, cette classe laïque semble avoir existé jusqu’à la construction de la première école primaire en 1955 (future école Jean Moulin).

ℹ️ Lire aussi : les Filles de la Sagesse (article à venir)

Une nouvelle école maternelle

Dans les années 1960, les naissances sont importantes. Dans l’urgence, la commune décide en 1964 de construire une école maternelle. Des marchés de gré à gré sont autorisés. L’entreprise Pianazza construit en deux ans le bâtiment. L’école Marie Curie ouvre ses portes aux tout petits à la rentrée des vacances de printemps le 7 avril 1967. Elle sera agrandie au milieu des années 1970.
Ces trois nouvelles écoles sont officiellement inaugurées le 19 avril 1969. On prend son temps à Angoulins !

La cantine et le centre aéré

Jusqu’à l’ouverture de l’école Jean Moulin, la cantine était située au début de la rue Personnat, vers la salle paroissiale. Pour des raisons pratiques, elle a déménagé à l’endroit où se trouve aujourd’hui la médiathèque.

Au début des années 1960, les classes des filles de la nouvelle école primaire et la cantine servaient de centre aéré aux petits Rochelais.

Localisation des écoles passées (cadre rouge) et actuelles (cadre bleu). Image Google Earth
2023, la maison école du 23 rue du Château Gaillard. Photo personnelle

Documentation
Histoire & Patrimoine, Angoulins, Sites et Monuments, Denis Briand, Expression-Hist, 2005
Archives municipales de la ville d’Angoulins
Archives départementales de La Rochelle
Wikipédia, Google Maps et Earth, Géoportail et Remonter le temps
Photos personnelles