Dans les années 1970, l’idée de construire une grande salle polyvalente commence à germer dans la tête des élus. En effet, depuis la dernière guerre, le parc municipal abrite ce que les Angoulinois appellent « la grange » : une salle des fêtes en bois, plutôt vétuste et difficile à entretenir.
Lors de cette seconde moitié du XXᵉ siècle, les différents maires ont su adapter — tant bien que mal avec un budget étriqué — les équipements essentiels au service de la population. Les fêtes associatives et les sports prenant de plus en plus d’importance, la commune doit se doter d’une nouvelle salle digne de ce nom. Grâce à la vente de biens propres et à de larges subventions, elle devient enfin réalité et est inaugurée le samedi 22 novembre 1986.

La grange de 1945
Depuis 1895, Angoulins a sa salle des fêtes, située en face de l’église à côté de la nouvelle mairie. Cette dernière a été aménagée, coincée entre deux écoles, dans les bâtiments annexes au château racheté par la commune à la marquise Elisa Monlun de La Verpillière. Petite, utilisée surtout à des fins officielles, elle n’est pas adaptée aux besoins de la population. Une autre solution est à inventer, mais elle sera longue à se concrétiser.
Heureusement, d’autres salles des fêtes permettent depuis longtemps de distraire la population : l’une au café des Charentes, une autre au café des Sports rue Félix Faure (actuel Spa Royal).
Le 19 novembre 1945, le maire, Victor Dagnaud, fait voter par son conseil un emprunt de 80 000 francs pour la construction d’une nouvelle salle en bois dans le parc municipal. Le financeur n’est pas une banque, mais la population : elle est invitée à participer à une souscription, avec tirage au sort chaque année de titres pour le remboursement. Le succès est là, la collecte est close le 3 juin 1946, après le début des premiers travaux.
Autre particularité de ce projet : les artisans locaux ne sont pas sollicités. Ce bâtiment est construit par des prisonniers allemands, surveillés par un garde rémunéré à cet effet. L’édification est rapide, car en avril 1946, elle est déjà opérationnelle et accueille le premier cinéma d’Angoulins. Des tarifs d’utilisation sont votés par le conseil municipal en mars, deux fois plus élevés pour les sociétés (associations) « étrangères ».
ℹ️ Lire aussi : le cinéma Royer


Dès 1949, le bâtiment reçoit un traitement protecteur contre la pourriture, l’humidité, les insectes et les rongeurs. D’où l’aspect foncé du bois. Il s’agit d’un distillat pétrolier appelé Carbonyl puis Targobois, à la forte odeur, appliqué uniquement sur l’extérieur. Pas étonnant que tout cela finisse en fumée…
Un incendie la réduit en cendres
En 1979/1980, un incendie spectaculaire a raison de 35 années de bons et loyaux services. Je me souviens de cet évènement, du haut de mes 16 ans et du balcon familial, au numéro 8 du chemin de Toucharé. Une immense lueur orange, agrémentée d’éclairs car un fil électrique avait décidé de participer à ce feu de tristesse, montait au-dessus des arbres du parc, encore bien pourvu à l’époque.
Le projet d’une nouvelle salle s’impose
Bien avant cet incendie, l’idée de construire une nouvelle salle municipale avait germé dans le cerveau du maire Albert Denis. Elle figure dans son programme électorale de 1977, mais ce n’est pas encore une priorité. La commune n’est pas très riche, il y a tant à faire en terme d’aménagement du bourg, du littoral, de la voirie, les chantiers sont colossaux.
ℹ️ Lire aussi : Albert Denis
Aux élections de 1983, le projet se précise. Albert Denis a obtenu le maintien de subventions promises, mais pour réaliser le bâtiment, il doit modifier le plan d’occupation des sols. Ce qui retarde le dossier. Battu aux élections, celui-ci est au-dessus de la pile sur le bureau du nouveau maire, Robert Cassagnes.
Robert Cassagnes s’empare du projet
À son arrivée aux affaires, Robert Cassagnes fait l’inventaire des salles disponibles pour les besoins associatifs : la salle des fêtes de l’ancienne mairie, bien plus petite que la salle Europe aujourd’hui, et le foyer des jeunes dans le parc (voir la vue plus haut). Construit en 1970, ce petit préfabriqué doit son financement à un plan gouvernemental. Il servira principalement au club de football. Fragile et mal entretenu, il sera détruit en 1990.
ℹ️ Lire aussi : Robert Cassagnes
Pour cette nouvelle salle polyvalente devant répondre aux nombreux souhaits des associations, l’équipe sortante avait opté pour le parc municipal, à l’emplacement de la grange incendiée. Seul avantage, son accès facile depuis le centre du bourg. Côté inconvénients, des problèmes d’environnement sont vite apparus, car cette salle aurait été située dans le périmètre de l’église classée. L’impossibilité de stationner aux alentours, de graves nuisances les jours d’affluence, et l’incorporation au milieu d’arbres protégés de l’abattage, finissent par avoir raison du projet.
La municipalité sortante avait réservé un terrain à bâtir appartenant à Philippe Pigeonnier, bloquant ainsi un projet de lotissement. En plus de maisons, un centre socioculturel devait voir le jour, mais sans en avoir les moyens de le construire. Mis en demeure par le propriétaire d’acheter son terrain, ce que la commune ne pouvait faire faute d’argent, la réserve fut levée et le lotissement Derriere Les Treuils fut aménagé dès 1984 (maisons autour de la rue des Fleurs).
Le succès de l’opération est lié à l’économie du terrain
Les difficultés de financement obligent l’implantation de la salle sur un terrain appartenant à la commune. Toujours ça d’économisé ! Le parc municipal étant éliminé, l’aire de jeux et de basket du stade est envisagée. Cependant, les mêmes inconvénients que le parc apparaissent. S’y ajoute l’hostilité des habitants du lotissement du Stade. Un comité du quartier est reçu à la mairie pour débattre, l’idée est très vite abandonnée.
Le maire imagine alors une implantation dans la zone commerciale tout juste créée. Mais, la salle aurait été trop éloignée du bourg. Et elle a besoin que les terrains de la ZAC se vendent pour amortir le coût de cette lourde opération de viabilisation.
Le chemin des Marais s’impose
C’est finalement le terrain du chemin des Marais, inondable, mais rehaussé avec des déblais, qui fut le choix unanime de la nouvelle municipalité. La salle sera construite à côté du terrain de football utilisé par les plus jeunes joueurs de la JSA.
ℹ️ Lire aussi : La Jeunesse Sportive Angoulinoise

Le financement de la construction
Les travaux sont estimés à 3 millions de francs. Ils sont couverts pour moitié par des subventions du ministère de la Jeunesse et des Sports, qui ont des exigences sur les dimensions et les impératifs de la pratique sportive, les Allocations Familiales qui veulent un foyer d’accueil et le Conseil général. Cette variété explique la polyvalence incontournable.
Le conseil municipal doit faire vite. Les financeurs ont bien voulu patienter mais il faut absolument présenter un projet et le matérialiser dans le budget communal. Sinon, les subventions seront perdues, signifiant une construction reportée pour longtemps.
Claude Grenier, premier adjoint, supervise une équipe pour construire le financement. Aidé de la secrétaire générale Odile Carteau et de la comptable de la commune Maryline Michaud, les comptes sont triturés et les fonds de tiroir raclés, comme le rappelle Robert Cassagnes dans ses mémoires. Francis Jouge est chargé de l’infrastructure. Un jeune architecte, Jean-Marc Pietri, est chargé de concilier qualité, fonctionnalité et coût de construction serré.

Merci le Pas des Eaux !
Le financement est enfin bouclé. Un nouvelle subvention est votée par le Conseil régional, l’État participant à hauteur de 3% du total (la misère ne date pas d’aujourd’hui !). Le patrimoine communal est mis à contribution : la ferme du Pas des Eaux et quelques terrains permettent de financer 45% du projet, ce qui est considérable. La commune n’a pas besoin d’emprunter (elle ne le pouvait pas) et de puiser dans une épargne qu’elle n’a pas non plus. Fort heureusement, aucun dépassement n’est constaté après les travaux sur les trois millions initialement prévus.
La commune est à cette époque propriétaire de la ferme du Pas des Eaux. Sa vente a failli échouer, et la construction de la salle Ferrant avec, car les Conseils (général et régional) avaient pour projet d’y installer un lycée agricole. Finalement, cette idée fut abandonnée et la ferme a été vendue en deux temps, les bâtiments puis les terres (33 hectares).
Les artisans du chantier
Le bâtiment à construire est impressionnant : la grande salle mesure 21 m sur 36 m, soit 756 m². Sa hauteur est de 7 mètres. L’ensemble, avec les pièces annexes, couvre une surface de plus de 900 m².
Dix lots pour la construction sont définis. Le plus important, le gros œuvre, est confié à l’entreprise Pianazza. Toutes les autres sont locales, situées la plupart autour de La Rochelle. Citons Etienne Denis d’Angoulins, pour les plâtres et l’isolation, et la société Jean Lefebvre pour les réseaux et voiries. Elle avait un dépôt aux Tertres, en haut de l’actuelle rue Personnat, à l’angle de la route de Châtelaillon. Ce dépôt était l’ancienne décharge municipale où les ordures ménagères étaient déversées et enfouies. Un autre temps…
La construction débute au premier trimestre 1985 pour se terminer au printemps de l’année suivante.
L’inauguration de la salle
Elle a lieu le samedi 22 novembre 1986 à 11 heures. La salle porte le nom du colonel Louis Ferrant, militaire, héros de la Résistance, Angoulinois de 1953 à 1979, année de son décès. C’est à l’occasion du conseil municipal du 28 mars précédent que la décision de baptiser la salle polyvalente a été entérinée, sur proposition des deux autres militaires, Robert Hervéou et le maire Robert Cassagnes. Une évidence pour ceux qui ont connu Louis Ferrant et son implication dans la vie locale.
ℹ️ Lire aussi : Louis Ferrant

Je ne peux pas oublier cette date du samedi 22 novembre, jour de mon mariage à la mairie de La Courneuve en banlieue parisienne !
Toutes les personnalités locales et régionales sont présentes. La reine du Muguet d’Angoulins, Mademoiselle Hébert, tient le coussin du ciseau inaugural. Madame Marie Hérault Ferrant et son petit-fils Hervé ont été conviés. Michel Crépeau, député-maire de La Rochelle, est absent de la photo mais il sera présent en cours de cérémonie.
Le programme de cette journée de festivités se poursuit à 14 h 30 par une rencontre régionale de volley-ball. Puis, à 17 heures, démonstration de gymnastique. Et, en fin de journée, spectacle de variétés et soirée dansante. 600 personnes sont venues participer à cette fête.
Mais, elle est perturbée par le Parti communiste local
En effet, la cellule communiste d’Angoulins s’est invitée à l’inauguration. Cette présence bruyante n’est pas du goût du maire et des nombreuses personnalités présentes. Par ailleurs, peut-on reprocher à un organe politique de profiter d’une telle exposition pour porter les revendications des habitants et des travailleurs ? Le « Parti » se réjouit qu’une telle salle voie le jour, il rappelle que ce projet a été porté par l’ancienne municipalité avec à sa tête, rappelons-le, Albert Denis, membre éminent du PCF. Mettons à leur crédit l’obtention des subventions !
Les manifestants rappellent la situation catastrophique du chômage : fermeture du chantier naval de La Pallice (2 000 suppressions d’emploi), difficultés chez Alsthom et Peugeot (l’usine fermera en 1996), suppressions d’emploi dans le secteur public, ainsi que le déclin du commerce, des banques et du bâtiment. La situation est loin d’être sereine.
Ils pointent la responsabilité des politiques. Les impacts locaux sont réels : familles frappées par le chômage, jeunes en recherche d’emploi avec peu de perspectives, et une augmentation des impôts locaux. Ils concluent en appelant à changer de politique pour éviter que d’autres inaugurations ne soient seulement l’occasion « d’inaugurer les chrysanthèmes ».
Claude Grenier, premier adjoint, est chargé de discuter avec les manifestants. Le calme revient enfin pour que chacun puisse profiter de cette belle journée de festivités.

Documentation
Archives de la mairie d’Angoulins, conseils municipaux
Archives de Robert Cassagnes, maire de 1983 à 1989
Collections privées de cartes postales
IGN Remonter le temps
