Les établissements Mossé Doisy


Un précédent article évoquait le destin funeste de la famille d’Adolphe Mossé survenu lors de la Seconde Guerre mondiale. Vous pouvez lire ou relire cet article ici: la famille Mossé.
Cette tragédie a marqué les habitants d’Angoulins.
Le patriarche de cette famille, Adolphe, fut un entrepreneur avisé. Il créa deux sociétés à Angoulins, dans le deuxième quart du XXᵉ siècle. En voici le court récit, quatrième volet de la série des petites industries.


Adolphe Mardochée Mossé est arrivé à Angoulins durant la Première Guerre mondiale. Fuyant l’invasion des Allemands, il abandonne ses affaires personnelles et commerciales. Il s’intalle avec sa femme Jeanne (1871-1937) et leurs huit enfants, tout d’abord dans la famille (des cousins) du côté d’Aytré puis ici dans notre village.

1936, Adolphe et son épouse Jeanne, villa des Platanes. Collection Réjane Mossé

Adolphe a le commerce dans le sang. Après la guerre, un recensement nous apprend qu’il est représentant de commerce pour la société rochelaise Moruchon & Dumet, spécialisée dans la fabrication et la commercialisation d’huiles pour moteurs. En 1925, à 59 ans, il crée les établissements Mossé-Doisy, du nom de jeune fille de sa mère Marie (1850-1877) au sein desquels il va créer deux entreprises.

🏭 Les peintures à l’eau

En 1925, le couple rachète à leur fils Jules la villa Les Platanes (grande maison en face de la mairie). Elle dispose dans le jardin d’un vaste atelier dans lequel Adolphe installe sa première entreprise de fabrication de peintures pour le bâtiment.

L’ancien fabrique des peintures, annexe de la villa des Platanes avenue du Commandant Lisiack. Photo personnelle

La renommée est telle, que les voisins, victimes de nuisances sonores et olfactives, obtiennent après la guerre le déménagement de l’atelier route du Pont de la Pierre.

1950. L’usine a été déménagée à cet endroit pour la tranquillité des villageois. Image Remonter le temps IGN

Ces peintures à l’eau, en poudre, à diluer, ont pour principale qualité leur adaptabilité aux nombreux supports, que sont le bois, le fer, le plâtre, la chaux, la pierre ou le ciment. Les conditionnements sont variés, dans des boites en métal, comme ci-dessous pour un kg de produit, et en carton, comme les lessives, pour les poids plus importants jusqu’à 25 kg.

Différentes marques sont commercialisée : Pinctoria, Pinctorex, Pinctolux et Pincto-neige. Charles Mossé s’associe à son père dans la gestion de l’entreprise.

Ici, la boite est en métal. Peinture Pinctoria. Collection privée

💨 Petite anecdote racontée par ma cousine Martine
Un jour de tempête, les bidons vides stockés à l’extérieur de l’atelier de la gare se sont envolés et une bonne partie a été retrouvée du côté du four à chaux des frères Guichard aux Russons (actuels ateliers municipaux). Ô d’vait buffer asteure !

1949, entête courrier des établissements Charles et Adolphe Mossé. Collection privée

L’usine de la gare arrête ses activités à la fin des années 1950. Certains de ses employés seront embauchés par les établissements des frères Becquet, rue Saint-Gilles. Ils récupéreront ce grand bâtiment pour y stocker de la marchandise avant son transport par le train.

ℹ️ Lire aussi : l’usine des frères Becquet

🏭 Les huiles Rotatrix-Oil

En juillet 1928, nouvel investissement, Adolphe et Jeanne achètent la grande maison du 10 rue Gambetta et le bâtiment du 12, ancienne Coop bien connue des Angoulinois. Elle n’existe plus aujourd’hui. À l’époque, Adolphe et ses trois fils, Charles, Jules et Gustave, sont voyageurs de commerce pour la société Moruchon et Dumet de La Rochelle, spécialisée dans les huiles pour moteurs, rachetée en 1929 pour devenir la marque Mondial Oil.

Dans ce bâtiment, Adolphe installe l’entreprise Rotatrix-Oil qu’il a créée en 1891. Il y importe des Etats-Unis des fûts d’huiles pour moteurs. Celles-ci sont ensuite conditionnée en bidon pour être vendues sur la France entière. Un concurrent sérieux de Mondial Oil, d’autant plus que la famille a déjà son réseau de clients.

Le 10 rue Gambetta et plus loin au n°12 la Coop aujourd’hui rasée. Photo personnelle
Entête de courrier Mossé-Doisy. Collection RMA
Un courrier de l’entreprise Rotatrix-Oil. 27 avril 1943. Collection Réjane Mossé
Ancien bidon de la marque Rotatrix-Oil. Source internet

La guerre décime la famille

Les affaires vont bon train. Adolphe est désormais secondé d’Alfred et de Christian, son fils et son gendre, représentants de commerce pour le compte de ses entreprises.
Son épouse Jeanne décède en 1937. Arrive la guerre, la famille est décimée par la barbarie nazie.
La paix retrouvée, Adolphe est âgé de 79 ans ! Ses entreprises cessent toute activité au début des années 1950.
Victime d’une mauvaise chute à La Rochelle, il s’éteint chez lui le 13 mars 1953 et rejoint Jeanne dans l’imposant caveau du cimetière communal.

Le caveau de la famille Mossé Doisy au cimetière d’Angoulins. Photo personnelle

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