Les établissements Mossé Doisy


J’ai raconté dans un précédent article le destin funèbre de la famille d’Adolphe Mossé (1866-1953) survenu lors de la Seconde Guerre mondiale. Vous pouvez lire ou relire cet article ici : la famille Mossé.
Cette tragédie a marqué les habitants d’Angoulins. On se souvient aussi des entreprises créées par Adolphe dans le deuxième quart du XXᵉ siècle. En voici le court récit, quatrième volet de la série des petites industries.


Adolphe Mardochée Mossé est arrivé à Angoulins durant la Première Guerre mondiale. Fuyant l’invasion des Allemands, il abandonne ses affaires personnelles et commerciales. Il s’intalle avec sa femme Jeanne (1871-1937) et leurs huit enfants, tout d’abord dans la famille (des cousins) du côté d’Aytré puis ici dans notre village.

1936, Adolphe et son épouse Jeanne, villa des Platanes. Collection Réjane Mossé

Adolphe a le commerce dans le sang. Après la guerre, un recensement nous apprend qu’il est représentant de commerce pour la société rochelaise Moruchon & Dumet, spécialisée dans la fabrication et la commercialisation d’huiles pour moteurs. En 1925, à 59 ans, il crée les établissements Mossé-Doisy, du nom de jeune fille de sa mère Marie (1850-1877) au sein desquels il va créer deux entreprises.

🏭 Les peintures Pinctoria

En 1925, le couple rachète à leur fils Jules la villa Les Platanes (grande maison en face de la mairie). Elle dispose dans le jardin d’un vaste atelier dans lequel Adolphe installe sa première entreprise, Pinctoria.

Cette entreprise fabrique et commercialise des peintures à l’eau dont la principale qualité est de s’adapter facilement à différent support (bois, fer, plâtre, chaux, pierre et ciment). Des peintures en poudre sont aussi élaborées, elles sont conditionnées dans des boites en carton, comme une lessive.

La renommée arrive rapidement, à tel point que les voisins, victimes de nuisances sonores et olfactives, obtiennent le déménagement de l’atelier route du Pont de la Pierre. D’autres marques complètent la gamme, Pinctorex et Pinctolux.

L’ancien atelier Pinctoria, annexe de la villa des Platanes avenue du Commandant Lisiack. Photo personnelle
L’usine Pinctoria a été déménagée à cet endroit pour la tranquillité des villageois. Image Remonter le temps IGN

💨 Petite anecdote racontée par ma cousine Martine
Un jour de tempête, les bidons vides stockés à l’extérieur de l’atelier de la gare se sont envolés et une bonne partie a été retrouvée du côté du four à chaux des frères Guichard aux Russons (actuels ateliers municipaux). Ô d’vait buffer asteure !

ℹ️ Lire aussi : les fours à chaux

L’usine de la gare arrête ses activités à la fin des années 1950. Certains de ses employés seront embauchés par les établissements des frères Becquet, rue Saint-Gilles. Ils récupéreront ce grand bâtiment pour y stocker de la marchandise avant son transport par le train.

ℹ️ Lire aussi : l’usine des frères Becquet

🏭 Les huiles Rotatrix-Oil

En juillet 1928, nouvel investissement, Adolphe et Jeanne achètent la grande maison du 10 rue Gambetta et le bâtiment du 12, ancienne Coop bien connue des Angoulinois. Elle n’existe plus aujourd’hui.
Dans ce bâtiment, Adolphe installe l’entreprise Rotatrix-Oil qu’il a créée en 1891. Il devient le concurrent de Moruchon & Dumet, car sa spécialité est aussi l’importation d’huiles pour moteurs en provenance des États-Unis. Conditionnées en fûts, il suffit de remplir les bidons pour les vendre sur la France entière.

Le 10 rue Gambetta et plus loin au n°12 la Coop aujourd’hui rasée. Photo personnelle
Entête de courrier Mossé-Doisy. Collection RMA
Un courrier de l’entreprise Rotatrix-Oil. 27 avril 1943. Collection Réjane Mossé
Ancien bidon de la marque Rotatrix-Oil. Source internet

La guerre décime la famille

Les affaires vont bon train. Adolphe est aidé d’Alfred et Christian, son fils et son gendre, représentants de commerce pour le compte de ses entreprises.
Son épouse Jeanne décède en 1937. Arrive la guerre, la famille est décimée par la barbarie nazie.
La paix retrouvée, Adolphe est âgé de 79 ans ! Ses entreprises arrêtent leurs activités au début des années 1950.
Victime d’une mauvaise chute à La Rochelle, il s’éteint chez lui le 13 mars 1953 et rejoint Jeanne dans l’imposant caveau du cimetière communal.

Le caveau de la famille Mossé Doisy au cimetière d’Angoulins. Photo personnelle

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