Les grands propriétaires


Avant la Révolution, une part importante du patrimoine, vastes maisons, fermes, terres ou marais, appartenait aux seigneurs, voire à des établissements religieux, mais également à une poignée de notables locaux aux solides finances.
En parallèle, et bien avant les évènements de 1789, une bourgeoisie, la plupart du temps Rochelaise, est propriétaire de biens immobiliers d’importance, générateurs de rentes. De ses familles, la plus influente est celle des Seignette et sa descendance directe.
Ce patrimoine se diluera progressivement. Les bénéficiaires sont d’autres notables, entrepreneurs ou riches fermiers. Alors que les domaines historiques changent de main, apparaissent les premières belles villas côtières et son lot de personnalités parfois étonnantes.

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Quelques villas de bord de mer, à la Motte Grenet. Source internet

La grande famille des Seignette

Le 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), le premier consul de la République, Louis Napoléon Bonaparte, promulgue une loi réformant et professionnalisant l’administration révolutionnaire, dont celle de la fonction de maire. Le premier officiellement installé à la tête de la municipalité d’Angoulins est Elie Louis Seignette. Il habite au village.

Cette loi a pour nom officiel « loi concernant la division du territoire de la République et l’administration ». Ce texte instaure les différents niveaux de responsabilité (préfet, conseil général) au sein des départements créés par la loi de décembre 1789. Cette organisation n’a pas réellement évolué depuis.
À noter toutefois que de 1800 à 1965, les grands propriétaires fonciers d’Angoulins ou les professions respectables comme notaire ou percepteur sont choisis pour administrer la commune. Quelques noms : Bérigaud, Massé, Cumin, Guichard, Pigeonnier, etc.

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Elie Louis Seignette (1742-1805)

Ce négociant est natif de La Rochelle où il voit le jour en mars 1742. À 23 ans, il devient responsable de la fabrication et de la gestion de la monnaie dans l’atelier de La Rochelle. Il est aussi armateur, et affrète des navires pour le commerce triangulaire, dont l’un d’eux porte le nom sans équivoque de Négrillon. Ces bateaux naviguent de la Guinée aux colonies des Antilles françaises. Son épouse, Claire Doublet, est originaire de celle de Saint-Domingue (la partie occidentale, aujourd’hui Haïti). Ils sont les parents de nombreux enfants.

Le commerce triangulaire consiste à échanger des marchandises en Afrique contre des esclaves. Puis, de les vendre en Amérique ou les échanger contre des produits rares. De retour en France, ils sont échangés contre de l’argent. L’argent permet de recommencer ce cycle à l’infini. On estime à 12 millions le nombre d’Africains vendus de la sorte de l’autre côté de l’Atlantique.

En 1783, Elie est syndic de la Chambre de commerce. Il démissionne l’année suivante pour des dettes peu importantes. Elles sont le fait de dépenses contraintes pour élever sa grande famille, et pour soutenir sa mère, Jeanne Perdriau, veuve de bonne heure, infirme et sans fortune.

En 1793, il préside le Conseil général du district de La Rochelle. Son domicile est à Angoulins, où il obtient une patente de pharmacien avec l’autorisation d’avoir un atelier de fabrication et une boutique de Polychreste ou sel Seignette (ou sel de La Rochelle), remède créé par ses ancêtres huguenots au XVIIᵉ siècle.

Le sel de Seignette est le tartrate double de sodium et de potassium. Il a été découvert vers 1650 par l’arrière-grand-père Elie Seignette (1632–1698), pharmacien.

Elie Seignette, inventaire du sel Polychreste. Source The Glory of the Seignette

Ce sel est encore utilisé comme additif alimentaire (E337) pour ses propriétés antioxydantes et régulatrices de pH. Avant 1940, le sel de Seignette était également utilisé pour ses propriétés piézoélectriques et pour éliminer l’aluminium dans les réactions chimiques. Ce sel est obtenu par l’action de la soude sur la crème de tartre brute, un sous-produit de l’industrie vinicole. Cela explique pourquoi Elie achetait un grand nombre de vignes sur Angoulins.

Il avait installé son atelier de fabrication (et sa boutique) dans sa demeure au cœur du bourg. C’était à la fois une maison de maître, mais aussi une ferme, appelée la métairie d’Angoulins, exploitée par des cultivateurs du village. Au fil du temps, cette bâtisse est devenue la mairie d’Angoulins.

Veuf depuis six ans, Elie Louis est décédé à Angoulins le 30 avril 1805.

Louis Arzac Seignette (1775-1825)

Arzac, son prénom usuel, est le fils d’Elie. Au décès de son père, la maison et la métairie lui reviennent. Par cet héritage et ses nombreuses acquisitions, Arzac devient le plus grand propriétaire foncier d’Angoulins. En 1813, pour avoir une vision globale de ses possessions, il fait dessiner par le géomètre Rochelais Geoffroy 46 minutieuses planches, conforme au nouveau cadastre napoléonien. La contenance totale s’élève à 177 hectares. Une paille !

Le domaine et la métairie de Louis Arzac Seignette. Remarquer la maison à droite, actuelle rue Gâte Bourse. Elle existe toujours. Médiathèque M. Crépeau La Rochelle, Ms2185

Les trois principales propriétés de cet inestimable « atlas » sont le domaine d’Angoulins (la métairie), le domaine réservé (la maison de maître) et le domaine du Pont de la Pierre.

Louis Arzac Seignette est baptisé à La Rochelle en avril 1775. Comme son père, il est monnayeur de la monnaie de La Rochelle. Il fait partie de la compagnie franche du commandant Brave Rondeau. En 1794, en Italie, il est atteint par un boulet qui lui emporte une partie de la cuisse. Rentré à La Rochelle, il part pour l’île Maurice et revient en 1814. Il est élu membre de la nouvelle Chambre de commerce jusqu’à son décès, en 1825.

Arzac produit et commercialise une eau-de-vie réputée. Sa marque est renommée, jusqu’en Amérique du Nord.

Une bouteille de Cognac de la marque Seignette. Image internet

En octobre 1815, Arzac épouse une Parisienne, Marguerite Ladame (1778-1845). Deux enfants sont légitimés à cette occasion. Deux autres naissent par la suite. Il meurt à La Rochelle en 1825.

Les enfants, Elisa, Arzane, Camille et… Arzac jr

Des quatre enfants du couple, seules ses trois filles, Elisa, Arzane et Camille, héritent de leur père. Le partage définitif se fera en 1835. Dix ans pour se mettre d’accord après quelques péripéties judiciaires.

Les trois filles de Louis Arzac Seignette : Elisa (28 ans), Arzane (21) et Camille (26). Chaque nœud a sa couleur, permettant de les distinguer. La biche symbolise la pureté. Tableau de 1837 peint par André Brossard, musées d’Art et d’Histoire de La Rochelle

Un quatrième enfant est né en 1818, un garçon prénommé Jean Elie Louis Arzac. Malheureusement, il décède à l’âge de sept ans. Un véritable drame pour son père qui meurt peu de temps après. Tous les deux sont enterrés dans le parc du domaine (voir le plan du domaine ci-dessus, le monument sous l’arbre), au côté de leur aïeule Jeanne Perdriau, la mère d’Elie. Marguerite Ladame y aurait aussi été inhumée selon le témoignage de descendants.

Après le rachat du château par la commune en 1895, les corps sont déplacés dans une tombe du cimetière de l’église. Ils seront définitivement transférés dans le nouveau à cause de l’aménagement de la place autour du monument débuté en 1901.

Sous cette dalle de pierre au cimetière, reposent les restes de trois membres de la famille Seignette. Photo personnelle

Pour voir cette sépulture, entrer par la grille principale, prendre à gauche au monument central, aller tout droit, la tombe est au pied du mur d’enceinte. De La Verpillière (avec deux L) est le nom d’épouse de la petite fille de Louis Arzac Seignette.
Pour aller plus loin, la généalogie de la famille Seignette.

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Le partage de la succession d’Arzac

En 1835, tous les biens — et ils sont nombreux — de Louis Arzac sont partagés entre ses trois filles. L’acte est consistant ! Trois lots d’égale valeur sont constitués.

  • LOT 1 : une cabane (une ferme) située à Saint-Radegonde des Noyers dans les Deux-Sèvres.
  • LOT 2 : la métairie du Pont de la Pierre et ses vastes terres, achetée par Arzac au dernier seigneur du fief en 1808.
  • LOT 3 : la métairie d’Angoulins et la maison de maître. S’y ajoute la ferme du Moulin du Pont de la Pierre que les trois sœurs avaient acquit en commun en 1826.

L’usufruit de la maison de maître est réservé à leur mère Marguerite.

LOT 1 : Anaïs dite Arzanne Seignette (1816-1872)

Arzanne est la benjamine, née à La Rochelle. En 1836, Meyndert Lanusse, négociant, devient son époux. Devenue veuve, Charles Rodolphe Meyer, docteur médecin, est son second mari en 1861. La cabane des Deux-Sèvres apporte plus de 55 hectares de terre. N’étant pas située à Angoulins, elle ne sera pas évoquée.

LOT 2 : Camille Seignette (1811-1881)

La cadette de la fratrie. Elle aussi de La Rochelle. En 1831, elle devient l’épouse du négociant Rochelais Félix Callot, membre d’une grande famille réputée de la ville.

Leur fils Ernest est l’un des membres fondateurs du Comité international olympique.

La ferme du Pont de la Pierre reste dans le patrimoine de la famille Seignette Callot jusqu’en 1911. Deux acheteurs se succèdent jusqu’à l’achat de Joseph Grasset en 1921. Un bien qu’il convoitait depuis longtemps. Ses descendants sont — en partie — toujours les propriétaires.

Joseph Grasset est le père d’Edmond, résistant, fusillé par les Allemands en 1944.

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Le portail de la ferme du Pont de la Pierre. Détail du blason des Berne. Photo personnelle
LOT 3 : Elisa Seignette (1809-1860)

C’est l’aînée de la fratrie, née à Bordeaux. Elle épouse, en 1827, un médecin, Frédéric Poutier, qui se reconvertit négociant à La Rochelle. En 1840, le couple achète la ferme des Veaux Verts. Cette grande ferme (et ses 50 hectares de terre) reste dans la famille par succession et donation jusqu’en 1913, année où elle est vendue par Frédéric Barbedette à Edouard Pigeonnier.

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Frédéric Poutier et Elisa ont trois enfants, dont la cadette Jeanne (1836-1885) va récupérer, au fil des successions, les biens de ses frère et sœur. Elle épouse un juriste réputé, homme politique d’envergure nationale, compositeur et musicographe, Hippolyte Barbedette. Leur fils, Frédéric, évoqué à l’instant, hérite de tous les biens de sa mère. Agriculteur et homme politique en Algérie, il apparaît souvent dans les cessions immobilières de 1885 à 1927, année de son décès. Il est le dernier représentant des Seignette, parallèlement à sa tante Elisa Monlun et à son cousin Ernest Callot, à vendre l’ensemble du patrimoine Angoulinois reçu de ses aïeux.

À Aytré, une station de la ligne de bus n° 20 et une rue évoquent le souvenir d’Hippolyte Barbedette.

En 1849, Elisa se remarie avec son cousin très proche Paul Monlun (ils ont les mêmes grands-parents !), agent de change, banquier et négociant à La Rochelle.

Vers 1850, le couple remanie profondément la maison de maître, crée un parc arboré sur une parcelle de deux hectares appartenant depuis des décennies à la famille. Ils y construisent tout au fond une très jolie tourelle malheureusement détruite dans les années 1950. Cette nouvelle propriété est baptisée « Domaine du Parc », la partie centrale de cette maison est aujourd’hui la mairie, quant au parc, il est devenu municipal en 1895 après le rachat du château par la commune.

La tourelle ou pavillon du parc. Source AD17

La fille d’Elisa Monlun se prénomme aussi Elisa. Elle est née en 1851 à La Rochelle. Au décès de ses parents, le domaine du Parc ou le château, comme l’appelle les villageois, lui revient. En 1871, son mariage avec l’officier de cavalerie, le marquis Théodore Pamphile Leclerc de la Verpillière, est exceptionnellement célébré au domaine. En effet, Paul, le père de la mariée, est gravement malade, il ne peut pas se rendre à la mairie. Il décédera neuf mois plus tard.

Une anecdote familiale : Monsieur le marquis est témoin du mariage en 1874 de mes aïeux Léon Martineau et Félicité Martin, alors tous deux employés au château.

Après leur union, Madame la marquise et son cher époux quittent Angoulins pour rejoindre Lagnieu dans l’Ain, terres natales de la famille de la Verpillière. En 1895, Elisa cède l’ensemble du domaine à la commune d’Angoulins. Cette dernière revend aux enchères, en 1916, le château (seul), et se le réapproprie en 1952. La mairie y est transférée définitivement.

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En 1967, le château d’Angoulins, actuelle mairie. Collection familiale

Une autre grande famille de La Rochelle, les Oüalle Massé

Comme les Seignette, cette famille influente de bourgeois, négociants, est aussi originaire de La Rochelle. Ils sont de confession protestante. Ils exercent le même métier qu’Elie Seignette, banquier et armateur. Leur fortune provient de la vente de produits rares, comme le sucre et les épices, et de la lucrative traite négrière.

Au XVIIᵉ siècle, David Oüalle possède la ferme des Veaux Verts et les nombreuses terres qui en dépendent. Au début du siècle suivant, il est juge consulaire, et devient le président de la toute première Chambre de commerce. À son décès en 1732, le domaine échoit à son fils François Oüalle des Marais. Ce trentenaire, lui aussi négociant, épouse en 1737 à Châtelaillon, Victoire Billaud du Rivage.

François Oüalle est inhumé en mai 1763 sous les dalles de l’église Saint-Pierre-ès-Liens, « sous le troisième banc à main gauche de l’allée centrale ».

En 1780, la ferme est vendue sur licitation, et revient à Victoire, la fille du couple. Son époux, Jean Jacques Massé, est capitaine de navire et marchand. Ils ont un fils, Pierre Auguste Rieul, qui, au décès de sa mère en 1810, hérite en totalité de la ferme et de ses terres.

Avant de s’appeler les Veaux Verts (vers 1840), les Angoulinois l’appelaient « la maison Massé ».

La ferme des Veaux Verts, tableau de Louis Suire, 1942. Collection privée

Pierre Massé est percepteur. Le cadastre montre qu’il est un grand propriétaire foncier, surtout depuis qu’il a la ferme. Cette stature lui permet d’être le maire d’Angoulins de 1829 à 1838. En 1840, la veuve de Pierre Massé, Thérèse Lefort vend la ferme à Frédéric et Elisa Poutier, comme on l’a vu plus haut.

Les Massé ont aussi la maison des Tourettes depuis 1714. C’est vaste propriété, ancienne seigneurie, dont les bâtiments encerclent une cour carrée, était située à l’emplacement de l’actuelle poste. Elle a abrité la fabrique d’Auguste Moinard et l’usine de plasturgie des frères Becquet, la SOGEMAP.

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Les Goujaud Bonpland, médecins et naturalistes

Cette famille Rochelaise, renommée, de médecins et de naturalistes, possède depuis le début du XIXᵉ siècle la maison au bord de la nouvelle nationale, le Bas Rillon et quelques terres autour du Petit Isleau. Ce ne sont pas les plus importants propriétaires fonciers d’Angoulins. Il faut regarder dans les communes environnantes pour constater l’étendue de leurs biens : la Cabane Pourrie à Salles, le Cabane de la Grande Borde à Saint-Vivien, le domaine du Péré au cœur de Périgny, des maisons à La Rochelle. La maison du Bas Rillon sera cédé en 1864.

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Les propriétaires fonciers locaux

Quelques familles sortent du lot en matière de possessions foncières. Edouard Pigeonnier (1854-1923) et son fils Fernand (1878-1931) ont su profiter des opportunités qui se présentaient à eux pour bâtir un patrimoine foncier d’importance. 1913 est l’année où Edouard rachète la ferme des Veaux Verts et ses cinquante hectares de terre. En 1920, Fernand, devenu marchand de biens et éleveurs de chevaux — sa passion — rachète à Ferdinand Bouyer neuf hectares de marais salants et de claires ostréicoles situés à La Platère.

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Ce patrimoine a été construit patiemment au fil des achats et des ventes qui se sont présentés à eux (succession, échanges, partages, etc.)

En 1930, Fernand Pigeonnier avait préparé deux promesses de vente au profit du docteur Henri Pineau de La Rochelle, en reconversion dans la production et la vente de primeurs. Elles concernaient une centaine de parcelles de terre pour une contenance d’environ 30 hectares, situées autour de la ferme du Pont de la Pierre, aux Fourneaux, aux Cadelis et aux Bourins. De quoi faire pousser quelques légumes ! Cette vente n’a pas eu lieu, car Fernand est décédé en décembre 1931.

Edouard et Fernand Pigeonnier ont été maires d’Angoulins.

Maîtres Bérigaud et Michelin

Le patrimoine de deux notaires est à remarquer. Il s’agit de François Elie Bérigaud, notaire royal et maire d’Angoulins au début du XIXᵉ siècle. La maison des Tourettes lui a appartenu, après Pierre Massé. Sa fille a hérité de son important patrimoine Angoulinois, géré par son époux, Pierre Michelin, lui aussi notaire au village. Les deux fils de ce dernier sont à l’origine de la construction du four à chaux de La Velaine.

1977. L’ancienne usine Becquet. La maison des Tourettes est la partie gauche du cadre rouge. Collection familiale

1882, les plus hauts imposés

Une délibération du conseil municipal marque un repère, elle nous montre quelles étaient les personnalités les plus imposées de la commune : on y retrouve les descendants d’Arzac Seignette, le marquis de La Verpillière, Félix Callot et Hippolyte Barbedette. Il y a aussi Denis de Senneville, Gustave Michelin, le fils du notaire, des locaux comme François Girard, Auguste Coirard, Eustache Brodu et Honoré Poitu. Au total, ils ne sont que dix !

Denis de Senneville est un nom entier, il est issu de la noblesse française. Ici, il s’agit peut-être de Henry Ernest (1819-1897), directeur des constructions navales, ingénieur de la marine à Rochefort.


Les entrepreneurs

Au XXᵉ siècle, Angoulins a connu quelques petites industries, comme la fabrique Moinard et l’usine Becquet évoquées plus haut. Ils ne sont pas les seuls.

La famille Mossé

La Première Guerre mondiale a conduit cette famille d’entrepreneurs à s’installer ici. Adolphe et Jeanne ont possédé plusieurs maisons sur l’avenue de la Gare (depuis 1945, Commandant Lisiack), dont la villa des Platanes, la petite maison Pitchounette, toutes deux en face de la mairie. Charles, le fils, avait construit aussi cette magnifique villa à l’angle de la même avenue et de la rue des Salines. Cette famille de huit enfants posséda deux autres maisons le long du parc municipal.

Adolphe et Jeanne Mossé, villa des Platanes à Angoulins. Collection Réjane Mossé

Du côté du bourg, rue Gambetta, Adolphe achète, en 1928, la grande maison et le hangar accolé de l’ancienne Coop. Il y installe une entreprise de vente d’huiles pour moteurs. Parallèlement, il crée avec ses fils une fabrique de peintures installée dans un premier temps aux Platanes puis à côté de la gare. Ce bâtiment est vendu aux frères Becquet vers 1960.

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La famille Guichard

L’industrialisation d’Angoulins a débuté par l’exploitation d’une ressource quasi inépuisable, le calcaire. Le premier four à chaux entre en production en 1885 sur des terrains achetés par Léon et André Guichard, à la Montée (ou Monte, parfois Montre) près de la gare et aux Russons, à l’emplacement des nouveaux ateliers municipaux. L’exploitation s’arrête vers 1965.

Cette famille, originaire de Saint-Rogatien, s’est installée à Angoulins un peu avant la Révolution. Patiemment, comme beaucoup de familles Angoulinoises, les descendants vont se constituer un patrimoine foncier, surtout des terres et des vignes, source de sécurité et de prospérité.

Gustave I (1848-1911), le frère de Léon et André, et son fils Gustave II (1875-1956) ont été maires d’Angoulins.

Louis, le fils de Gustave II, exploite à partir de 1963 un camping en face de la gare. La famille possédera jusqu’en 2011 cette très belle maison et sa grande cour, au tout début de la rue Félix Faure.

Années 1970, le camping de Louis Guichard. Collection Guichard Royer
La famille Auger

Au début du XXᵉ siècle, Joseph Auger (1858-1911), agriculteur, créé une entreprise de vente de vin en gros. Le phylloxéra a fait tant de dégâts que les vignes d’Angoulins ne suffisent plus à couvrir les besoins. Le vin est « importé » pour approvisionner les particuliers et les entreprises comme les restaurateurs ou les commerces.

À partir de 1911, les deux fils de Joseph, Jean (dit Charles) et René, prennent le relais et développent l’entreprise. Cette activité occupe tout un quartier d’Angoulins, entre l’avenue de La Rochelle, aujourd’hui Edmond Grasset, et la rue Personnat. Une placette, deux maisons avant le stop, est le lieu où sont manipulées les grosses barriques. Il n’y avait pas la murette actuelle. D’autres sont stockées dans le chai en face, derrière l’actuelle Crédit Agricole.

Rue Personnat. La placette où les frères Auger organisaient le va-et-vient des barriques. La murette n’existait pas. Photo personnelle

Les deux frères construisent, en 1930, une grande maison pour loger leurs deux familles. D’où le style « miroir » de celle-ci. Un puits, visible de la rue, alimente en eau la maison. À sa gauche, accolé à la maison Bouniot, un vaste hangar abrite les camions de livraison.

La maison miroir des frères Auger. Elle appartient toujours à la famille. Photo personnelle

Les villas de bord de mer

Le développement du train et de l’automobile permet à une petite bourgeoisie de profiter de l’attrait de l’océan et du charme de la vie à la campagne.

Trois remarquables villas sont édifiées à partir des années 1870, entre Saint-Jean des Sables et la Motte Grenet.

Celle de la Sapinière, ou villa Oasis, a été construite par Alphonse Gauvin, négociant Rochelais. Ses différents propriétaires, jusqu’à la création de la colonie en 1931, ne sont pas Angoulinois. L’un d’eux, Monseigneur Le Camus, est évêque de La Rochelle, un autre est constructeur de voitures de luxe, Robert Delaunay-Belleville. La villa Oasis est la seule encore visible. C’est aujourd’hui une résidence privée.

Un peu plus loin, une autre résidence moderne, le rocher de la Menoise, nous rappelle qu’il existait à cet endroit un fortin de défense Napoléonien. Déclassé par le ministère de la Guerre, un représentant de commerce, Pierre Jeantet, y édifie en 1875 la villa Montretout.

La villa Montretout, ou de la Motte Grenet. Tout au fond, la villa Oasis. Source internet

Cette belle villa de style balnéaire n’a jamais appartenu à un Angoulinois. La fondation des Orphelins d’Auteuil, dirigée par le Père Brottier, l’a occupée. En 1963, elle devient une colonie de vacances gérée par l’APAS du Rhône.

ℹ️ Pour plus de détails, lire ou relire : la villa Oasis et la villa Montretout

Enfin, toute proche, la villa Gaby, baptisée du prénom — Gabrielle — de sa constructrice. Cette maison, appelée aussi Closerie des Genêts, est sortie de terre au début de la Première Guerre mondiale.

Au centre, la villa Gaby. Vers 1935. Collection Bobrie

En 1930, la maison est rachetée par le docteur Jean Bobrie et son épouse Gabrielle Chevalier. Elle est la fille d’Émile Chevalier, notaire du village. Pour l’anecdote, la seconde fille du couple, Simone, se marie en 1938 avec Jacques Gandouet, patron renommé d’une clinique d’accouchements à côté de l’hôpital de La Rochelle. J’y suis né, comme beaucoup par ici.

Avant d’être rachetée par l’APAS du Rhône, cette maison abrite un petit hôtel dont le restaurant, tenu par Louis Authé, est une adresse courue par les gastronomes.

ℹ️ Lire aussi : le restaurant de Louis Authé

Vers 1960, la carte de visite du restaurant de Louis Authé. Collection Guyonnet Authé

Une liste non exhaustive

En effet, résumer plusieurs siècles de transactions immobilières pourrait être plus que rébarbatif. Vous l’avez constaté, les plus beaux édifices du village ont fait l’objet d’une multitude de cessions.

Mais, il ne faut pas se méprendre. De toutes les personnes évoquées, on pourrait croire qu’elles sont toutes issues d’un milieu aisé et qu’elles ont jeté leur dévolu sans accrocs sur ces biens.

Certaines de ses personnalités ne sont pas forcément recommandables, comme Joseph Sauvignon, acheteur de la villa Montretout en 1877, dont la maison est saisie, car il ne respecte pas les conditions de paiement différé. Ou bien, toujours pour le même bien, Julie Fradin de La Linière et son ami parisien Louis Leroy, criblés de dettes et obligés de revendre en 1907 à Marie Nunc, propriétaire de la villa Oasis, au portefeuille bien plus épais.

Bref, la vie d’un bien immobilier n’est pas un long fleuve tranquille au bord de l’océan Atlantique…


Documentation
Gallica BNF, livre d’or de la Chambre de commerce de La Rochelle
Les sépultures de la famille Seignette à Angoulins, Denis Briand, Expression’Hist, 2020
Archives départementales de La Rochelle
Internet