Le Bas Rillon


Le Bas Rillon est un petit domaine situé au sud du fief des Anglois. Il est peu connu, car en marge de la frontière entre Angoulins et Salles-sur-Mer, discrètement caché par des serres maraîchères. Les quelques maisons qui le composent bordent la route départementale 137. Ce rectiligne chemin royal, tracé vers 1770/1780, n’a pas été construit pour passer à ses pieds, c’est la maison qui a été édifiée ici après son aménagement. Le Bas Rillon a été une auberge et une ferme. Pendant quelques années, il fut aussi un café et une pompe à essence pour les voyageurs. Aujourd’hui, ce sont des habitations, sans autre fonction.

Cet article tente de retracer son histoire, à l’aide des documents trouvés dans les archives. Une famille renommée de La Rochelle en fut propriétaire, confirmant ainsi l’attrait de la bourgeoisie locale pour Angoulins.
J’évoquerai en première partie le Petit Bas Rillon, une grande maison aujourd’hui disparue. Elle était située en face, le long de la route, mais un peu plus au sud, au fief du Petit Isleau. Son histoire est par moments liée à celle qui nous intéresse aujourd’hui.

Le Bas Rillon aujourd’hui. Les parties les plus anciennes sont la grande maison et le hangar proche de la route. Image Google Maps

L’idée d’écrire sur le Bas Rillon (et le Petit) est venue après avoir rencontré Madame Loïse Roy Benoist, la propriétaire actuelle. Lorsque j’ai publié l’article sur les faits divers, elle m’a apporté une précision importante sur le Petit Bas Rillon.
L’origine de sa maison (elle n’y habite pas) l’a toujours intrigué. Par chance, elle possède de son grand-père un acte notarié de 1952. Ma curiosité une nouvelle fois aiguisée, ce précieux document fut très utile pour entamer les recherches.

Je remercie chaleureusement Loïse pour la confiance accordée, la visite du Bas Rillon et les photos qu’elle m’a confiées.

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Situation du Bas Rillon et du Petit Bas Rillon

Le Bas Rillon se cache derrière une barrière anti-bruit de la grande route départementale, 200 mètres après la station service Total Access, direction Rochefort. Du bas de la ZAC des Ormeaux, à côté de la nouvelle clinique, il est difficile de deviner qu’il y a derrière les serres des Anglois deux maisons et deux grands hangars.

Le Petit Bas Rillon était, quant à lui, en face, un peu plus au sud sur la route. Il se nomme aussi Le Petit Isleau. Par commodité, je parlerai tout au long de cet article du Petit Bas Rillon.

Le Bas Rillon est au bord de la RD137, au sud d’Angoulins. Le Petit était en face. Image IGN Géoportail

Sur cette carte, noter plus au sud la position de la Cabane Pourrie, sur la commune de Salles-sur-Mer. J’en parlerai plus loin.

La route nationale 137 a été déclassée en 2006 pour devenir une départementale.

Une vue aérienne de 1950. Image IGN Remonter le Temps

Sur cette vue, trois lieux-dits bordent la route, à l’est de la Maladrerie : le Bas Rillon, le Petit Bas Rillon et les Anglois côté est, ce fief ayant été coupé en deux par la route. Remarquer le chemin allant de la route de la Maladrerie vers le Petit Bas Rillon.

Le Petit Bas Rillon et la maison des Anglois ont été rasées vers 1966 lorsque la nationale est passée à quatre voies. Il a bien fallu choisir un côté pour élargir…
À noter qu’à cette époque, une piste cyclable longeait les deux voies côté est. On devine cette bande blanche sur l’image ci-dessus. Loïse l’empruntait pour ses déplacements à vélo.

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Les alentours du Bas Rillon en 1703

Remontons un peu dans le temps. Sur cette carte du grand géographe Claude Masse, sont indiquées les principales fermes de l’époque. J’ai tracé un trait blanc, il correspond au futur grand chemin royal de La Rochelle à Rochefort. La métairie du Pas des Eaux, le moulin de la Pierre, les fermes de l’Isleau et de l’Isle existent depuis bien longtemps. Celle de la Cabane Pourrie, aujourd’hui sur la commune de Salles-sur-Mer, est également ancienne.

Carte de Claude Masse de 1703. Archives du Service historique de la Défense (Vincennes) J10C 1293

Dans le carré noir, deux croix rouges matérialisent la future position, à gauche, du Bas Rillon, et à droite, du Petit Bas Rillon.

En 1703, ces maisons n’existent pas. Être si proche de la route signifie qu’elles ont été édifiées après la construction du grand chemin. Les bâtisseurs de ces deux maisons ont bien compris l’opportunité d’offrir aux voyageurs une halte dans laquelle ils pourront se restaurer et se reposer.

Le grand chemin de La Rochelle à Rochefort

Cette nouvelle route remonte à l’époque de Louis XV, au XVIIIᵉ siècle. Nous devons au Roi l’importante transformation du réseau routier sous l’Ancien Régime pour faciliter la circulation, le commerce et les communications entre les différentes régions de France.

Quelques cartes permettent de cerner la période de construction du tronçon traversant Angoulins.

Carte de 1758, environs de La Rochelle par le cartographe Jean de Beaurain. Le grand chemin royal n’existe pas encore (la carte ne va pas plus bas, c’est fort dommage). Image BnF Gallica

Avant la construction du grand chemin, les voyageurs venant de La Rochelle pour aller au sud traversaient le bourg d’Angoulins. Sur les cadastres et les actes notariés d’avant 1900, les rues n’ont pas encore de nom. Elles sont donc répertoriées en fonction des villes, des villages ou des fermes se situant aux extrémités des chemins. Par exemple, chemin de La Rochelle à Rochefort, d’Angoulins à Salles, de Saint-Jean à La Jarne, d’Angoulins au Pas des Eaux, etc.

Ici, à Angoulins, la grande route est tracée entre 1770 et 1780 dans le cadre du projet d’aménagement de notre territoire visant à relier plus efficacement les grandes villes portuaires de l’ouest. Rochefort, qui est un centre naval important, se développe, et La Rochelle, déjà une grande ville commerciale et maritime, bénéficie de cet axe de communication stratégique.

Ci-dessous, sur cette carte de César-François Cassini (1714-1784), les travaux du grand chemin sont achevés. Difficile d’être très précis sur la date de mise en service du tronçon, car les données géographiques ont été relevées de 1756 à 1790. Plutôt large… Son fils Jean-Dominique a terminé ce travail colossal. Les dernières cartes paraissent en 1815.

La carte de Cassini, 1756-1790. Notre grand chemin bien rectiligne est enfin là ! On y voit beaucoup de fermes et cabanes, mais pas nos deux maisons. Image BnF Gallica
1782, la carte du graveur Paul-Thomas Bartholomé confirme l’existence de la nouvelle route nationale. Service historique de la Défense à Vincennes, GR 6 M J10C

L’auberge de la Nation au Petit Barillon

La route ouverte, l’offre aux voyageurs devient concrète. Une auberge est construite au Petit Barillon. En 1790, un fait divers permet d’avoir quelques précisions sur ses tenanciers.

Cette année-là, les habitants de la ferme de l’Isleau déposent plainte en Justice : ils ont été victimes d’un vol violent. Les témoins sont Jeanne Robert, 52 ans, l’épouse d’André Barillon meunier au moulin de Cramahé à Salles. Pierre Métayer, âgé de 23 ans, est employé dans les fermes de la Nation. Il habite le bourg d’Angoulins. Marguerite Barillon, veuve d’Etienne Bernard, a 24 ans. Elle est aubergiste, chez son père Jean Barillon, à l’auberge de la Nation, sur la grande route de La Rochelle à Rochefort.

En 1782, la ferme, ou cabane du Petit bas Rillon, porte le nom du Comte d’Artois, Charles Philippe de France (1757-1836), futur roi Charles X de 1824 à 1830.

Ferme et auberge de la Nation ? Cela signifierait leur dépendance de la Ferme générale, institution royale de collecte des impôts, comme la gabelle (sel), les traites (douanes) et les aides (biens de consommation et marchandises). Au XVIIIᵉ siècle, ces dernières concernent uniquement les boissons. L’auberge aurait-elle été créée par la ferme générale pour collecter de l’argent, c’est fort possible. Cette institution financière, très critiquée par les Français, sera dissoute en 1791.

Pierre Métayer se marie à Angoulins en 1794. Il est marchand.
Avant sa disparition, la Ferme générale possédait un bureau à Angoulins, celui de la Douane, entre le bourg et la pointe du Chay. Voir ce chapitre de ma publication « Le sel et l’huître ».

Une toponymie liée à cette famille d’aubergiste ?

Cette malheureuse agression apporte deux éléments importants : une auberge existe bien au bord de la nouvelle route, et elle est tenue par une famille d’aubergistes du nom de Barillon. Cette famille a-t-elle donné son patronyme au lieu ? La réponse est à mon avis oui, la coïncidence serait trop belle. Cette famille a été la première à tenir cette auberge. Elle a engendré une nombreuse descendance sur Angoulins dont celle des Brisson.

Barillon, Bas Rillon, Aurillon et Haut Rillon : de quoi chopper les oreillons !
Nous connaissons tous l’hippodrome de Châtelaillon situé au lieu-dit Haut Rillon. A-t-il un rapport avec notre sujet ? Personnellement, je ne le pense pas.
Dans tous les documents trouvés dans les archives anciennes, on peut lire le nom de Barillon. À partir de la fin du XIXᵉ siècle, le terme Bas Rillon apparaît. Pareil du côté de nos voisins, la tendance est de couper les noms en deux. Haut Rillon s’écrivait autrefois Aurillon, voire Aureillon et parfois Reillon. C’était jadis une ferme ou une cabane. Dans Geneanet, il existe des familles aux alentours de La Rochelle se nommant Aurillon, et beaucoup d’Avrillon. Bref, aujourd’hui, nous avons le bas et le haut Rillon mais dans nos contrées toutes plates, est-ce vraiment pertinent ? Pure coïncidence à mon avis.

L’auberge en 1836

L’auberge du Petit Barillon — son nouveau nom, la Révolution étant passée par là — appartient désormais à Jean Massé. En février 1833, il perd son épouse, Marguerite Géant, âgée de 56 ans. Avant d’être cultivateur et aubergiste à Angoulins, Jean, originaire de Chagnolet, était boulanger à Marans, où est née Marguerite.

Le 21 janvier 1836, Jean meurt. Ses héritiers se tournent vers le Tribunal de la Rochelle pour sortir de l’indivision. Une vente aux enchères est programmée le 7 février. Plutôt réactive la Justice de l’époque !

Cette vente permet d’avoir une description du contenu des biens de l’auberge. Ils consistent en plusieurs lits, des armoires, une batterie de cuisine, du linge, des hardes, du vin, des futailles, plusieurs filets de pêche, des fagots d’épines, une vache, deux juments, une petite charrette, une charrue, une herse, plusieurs charretées de foin, une barge de paille, et d’autres objets divers.

À travers cette description, on ressent toute la modestie de l’affaire, plus tournée vers des activités primaires (culture et pêche) que vers l’accueil des voyageurs.

Apparemment, l’auberge est aussi une borderie (petite métairie) depuis le début du XIXᵉ siècle.

En 1851, l’auberge a cessé ses activités

Cette année-là, le recensement de la population indique que le Petit Bas Rillon est juste une cabane, ce nom désignant les petites fermes de l’époque pour exploiter les terres et les prés marais. Désigné sous le terme de « cabane du Petit l’Islo » par le maire recenseur, huit habitants sont comptabilisés (dix à la cabane voisine de l’Isleau).

Parmi eux, le « patron » de la cabane est Pierre Mention, garde particulier, fermier et cultivateur. Il en est le garde, car le lieu-dit appartient au seigneur de Cramahé, comme nous le verrons plus bas. Signalons aussi un autre cultivateur, Pierre Pigeonnier, journalier âgé de 70 ans. Sur son acte de décès est écrit Barillion. Son frère Charles (1786-1856), également cultivateur dans le bourg d’Angoulins, est l’aïeul de la branche des Pigeonnier, famille de grands propriétaires ayant donné trois maires à notre village.

En 1886, la cabane est habitée par le couple Gay. Il sera l’objet d’une agression relatée dans cet article. Décidément, cette route n’est pas très sûre…

Du virage de la petite route menant au Bas Rillon partait le chemin menant au Petit Bas Rillon (derrière le camion). Photo personnelle
1902, la cabane est à vendre

À la veille de Noël, une annonce paraît dans l’Écho Rochelais : le domaine de Cramahé est à vendre aux enchères. À sa tête, Henry De Laroque Latour et Marie De Cugnac de Saint-Sornin. Des dettes impayées ont eu raison de leur important patrimoine.

Parmi les sept articles à vendre, Le Petit-Ileau ou le Bas-Rillon (erreur du rédacteur, il manque l’adjectif petit). C’est une maison, comprenant un rez-de-chaussée et un étage, avec un escalier extérieur en pierre. Une écurie à l’est ; au nord, toits à porcs et autres servitudes ; au nord-est se trouve un jardin fruitier et potager ; le tout sur un terrain de 3 000 m².

Cadastre de 1867. j’ai combiné les deux sections B et C. L’auberge cabane en U du Petit Isleau avait une superficie d’environ 170 m². Images AD17 3 P 5039/13 et 14

Les enchères se tiennent en janvier 1903. Le lot du Petit Isleau échoit à un docteur médecin, Maurice Roy de Clavette. Après la Seconde Guerre mondiale, Louis Brouillat, une famille de notaires de Mauzé-sur-le-Mignon, l’acquiert. Le fermage est donné aux Girard dont les descendants finissent par racheter l’ensemble. L’un d’eux habite aujourd’hui à la ferme de La Gardette sur le village de Salles. Il exploite les prés du Petit Isleau, servant principalement au pacage de ses vaches. La superficie de ses terres est d’environ 55 hectares.

La ferme de La Gardette est ancienne. Elle est visible sur la carte de Cassini, voir un peu plus haut (bord droit, au milieu).

Emplacement de l’auberge puis cabane du Petit Bas Rillon. La découpe particulière de la parcelle se retrouve sur le cadastre de 1867, voir juste au-dessus. Image Google Maps 3D

Le Bas Rillon

Nous voici de retour au sujet principal de cet article. Les nombreux actes notariés trouvés aux Archives Départementales permettent de remonter le fil de ses propriétaires et de dévoiler son histoire.

Le Bas Rillon aujourd’hui, abrité des vents d’ouest par de grands peupliers. Photo personnelle
Avant 1782, Joachim Paul Gayot

Un acte notarié de 1799 — j’en parlerai après — apporte des renseignements sur l’origine de la maison. Avant l’année 1782, les terres du Bas Rillon appartiennent à un certain Gayot. Ce gentilhomme n’est autre que Joachim François Bernard Paul Gayot de Mascrany de Cramahé (ouf, que le dernier ferme la porte !), seigneur de l’Isleau et dudit Cramahé, dont le château est tout proche, à 2 km. Ce fidèle serviteur de la France, né à Lyon, est un ancien lieutenant des vaisseaux du Roi au port de Rochefort. Il est chevalier de l’Ordre de Saint-Louis, plus haute distinction militaire avant la Révolution. Il décède vers 1807.

Petite leçon de prononciation : à cette époque, on ne dit pas « Yo-a-kim » pour Joachim. Il faut dire « Jo-a-chin ». Interrogation orale lundi à huit heures !

De 1782 à 1799, le couple Naud

En décembre 1782, Jo-a-chin Gayot cède une parcelle de terre, toute petite partie de son vaste fief de l’Isleau à Pierre Naud et à son épouse Marie Soulard. Malheureusement, je n’ai pas retrouvé cet acte notarié, il a disparu des archives conservées à La Rochelle.

Joachim est seigneur de l’Isleau, ancienne forteresse dont les traces d’un donjon auraient existé jusqu’à une période récente. Avant la Révolution, cette seigneurie englobe le fief des Anglois où est situé aujourd’hui le Bas Rillon.

Pierre Naud est originaire de Villefranche dans le Périgord. Le 19 janvier 1767, il est âgé d’une quarantaine d’années lorsqu’il prend pour épouse Marie en l’église d’Angoulins. Elle est née à Aytré et a 26 ans.

En février 1785, Maître Moreau de Châtelaillon se rend chez lui pour enregistrer son testament. Ce document apporte des informations majeures : Pierre demeure « dans la maison qu’il a fait bâtir, au lieu appelé l’Isleau, au fief des Anglois » ; le notaire est reçu dans « une chambre basse qui a son entrée du côté du levant du nouveau grand chemin qui conduit de La Rochelle à Rochefort ». La route à l’est apporte la preuve que la maison est bien celle du Bas Rillon et elle a été construite en 1783, voire 1784. Bingo !

Cet acte indique également que Pierre est marchand et cabaretier. Sa maison serait donc une halte sur le grand chemin. Il meurt en mai 1786. Son acte de sépulture dans le cimetière d’Angoulins indique qu’il est aubergiste.

Les signatures du testament de Pierre Naud. Remarquer celle, alambiquée, du notaire Moreau. Image AD17 3E59/1263

Marie recueille la moitié de la maison en toute propriété et l’usufruit de l’autre moitié dont a hérité l’oncle et la sœur de Pierre. Elle pourra donc en profiter sans entrave jusqu’à la fin de ses jours. C’est beau l’amour !

L’acte notarié de 1799 décrit la maison. Elle est composée d’une chambre basse, d’une chambre haute, d’une cuisine, d’une écurie et d’un jardin. Un journal de terre, joignant les Anglois, confrontant de l’est au grand chemin de La Rochelle à Rochefort. À celle-ci s’ajoutent un marais gât, une autre terre et une petite vigne.

De 1799 à 1864, la famille Goujaud

À peine remise de la disparition de son époux, Marie Soulard a 45 ans lorsqu’elle se remarie fin août 1786 avec le jeune Jacques Izambard, 23 ans. Originaire de Lusseray dans les Deux-Sèvres, il habite depuis deux ans à Angoulins où il exerce le dur métier de journalier.

Petit détail intrigant en passant : sur son acte de décès en 1811 (48 ans), Jacques, dont le surnom est « Parisien », travaille sur les grandes routes. Aurait-il participé au chantier de notre grand chemin ? Fort possible.

Le 3 octobre 1799, date de l’acte précédemment cité, Jacques vend à Jacques Goujaud, la moitié de la maison appartenant à Marie. L’autre moitié dépend toujours des héritiers de Pierre. Comme convenu dans le testament, elle en conserve l’usufruit. La vente est l’occasion de remettre à l’acheteur le bail à ferme consenti par le couple au jardinier Jacques Barillon, le fils de Jean, aubergiste de l’autre côté du grand chemin. Nous sommes en terrain connu.

Un an plus tard, en octobre 1800, les héritiers vendent la nue-propriété de la maison. Les acheteurs sont une nouvelle fois Jacques Goujaud et son épouse Marie Delacoste. L’usufruit n’est pas remis en cause. Mais, quelque temps après, Marie Soulard et Jacques Izambard quittent Angoulins. Elle décède en 1808, lui en 1811, tous deux à Surgères.

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Un paragraphe est nécessaire pour évoquer la famille Goujaud.
Jacques Goujaud n’est pas un propriétaire habituel. Depuis sa naissance, son patronyme est accolé d’un éminent et réputé surnom : Bonpland.

Pourquoi ce surnom ?
Jacques est le sixième enfant d’une fratrie de neuf. À la vue du nouveau-né, son père, Michel Goujaud, alors qu’il plantait de la vigne dans sa propriété de Saint-Maurice à La Rochelle, aurait dit : « Dieu soit loué ! Voilà un bon plant », tout en enfonçant dans la terre un sarment de vigne.
Cette légende est rapportée par Augustin Allègre, l’époux de sa petite fille Charlotte Gallocheau. D’après Geneanet, les ascendants des Goujaud sont issus de Mortagne-sur-Gironde.

Jacques Goujaud Bonpland et Marie Delacoste sont les parents de deux garçons brillants : Michel Simon (1770-1850) et Jacques Alexandre Aimé (1773-1858). Ce dernier est le plus célèbre, il est connu dans le monde entier sous le nom d’Aimé Bonpland, en tant qu’explorateur et botaniste.

Cette famille d’apothicaire et de médecin jouit d’une grande renommée à La Rochelle. Michel et Aimé étudient ensemble la médecine à Paris. Ils en profitent pour assister aux cours de botanique d’Antoine de Jussieu au Jardin des Plantes. Michel revient sur La Rochelle et pratique son métier à l’hôpital Saint-Louis de La Rochelle. Son frère Aimé explore le monde, plus particulièrement l’Amérique du Sud avec l’explorateur et géographe allemand Alexander von Humboldt. Il meurt en Argentine en 1858.

Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland dans la jungle amazonienne, peinture d’Eduard Ender, 1850

Aimé Bonpland a laissé son nom à un ancien collège de La Rochelle et une rue derrière l’hôpital. Toutefois, Michel mérite autant de reconnaissance que son frère.

Membre du Comité de la Vaccine, il combat la variole par la vaccination. Il est très engagé dans la vie politique locale et est membre fondateur de la société d’agriculture de La Charente-Inférieure. Il crée deux jardins botaniques à La Rochelle, un premier à l’hôpital puis le second à côté de l’ancien lycée des Jésuites (lycée Fromentin). C’est aujourd’hui le Jardin des Plantes du Muséum d’Histoire naturelle.

Michel fut le directeur des marais de Salles et de Châtelaillon après la Révolution.

En 1836, Michel est maire de Périgny. Ses activités de botaniste sont reconnues dans le monde entier. Aimé lui expédie des plantes cueillies pendant ses voyages, et viennent remplir un herbier, témoignage de sa réelle passion. Cette collection est aujourd’hui conservée au Muséum.

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1811, Michel devient seul propriétaire

Que Jacques Goujaud, le père de Michel, soit devenu propriétaire de la maison du Bas Rillon n’est pas fortuite. Depuis quelques années, il possède la Cabane de la Grande Borde à Saint-Vivien, la Cabane Pourrie, vaste métairie à Salles, et la borderie du Petit Barillon.

La Cabane Pourrie en 1950. Aujourd’hui, elle porte bien son nom, il n’en reste strictement plus rien depuis que la RN137 est passée en 4 voies. Le trafic a eu raison de son existence. Image IGN Remonter le Temps

À son décès en octobre 1811, la fratrie Bonpland, Michel, Elisabeth et Aimé l’explorateur héritent du Bas Rillon. En 1812, sa succession permet de répartir ses biens, ceux d’Angoulins sont dévolus à Michel, dont la Cabane Pourrie et le Petit Bas Rillon.

Imaginons Michel, parcourant ses terres d’Angoulins et de Salles (66 hectares pour la cabane !) à la recherche du plant inconnu. Depuis vingt ans déjà, il sillonne notre département à la recherche des trésors botaniques qui vont progressivement constituer son herbier.

En 1850, il meurt dans sa propriété du domaine du Péré à Périgny qu’il occupe depuis 1814. Sans descendance, il transmet tous ses biens à sa sœur Elisabeth, alors âgée de 79 ans.

1850, Elisabeth Goujaud Bonpland, épouse Gallocheau

Elisabeth ne gardera pas longtemps les biens de son frère. Le 10 juin 1852, elle meurt dans sa grande maison des Chauvins, à Port-d’Envaux, entre Saint-Savinien et Saintes.

Six filles sont issues de son mariage avec Honoré Gallocheau (1755-1826), conseiller du Roi, avocat, juge de paix, ancien président du Tribunal de Saintes et député de La Charente-Inférieure à la Chambre des Cent Jours en 1815. Un CV long comme le bras, tel celui d’Hippolyte Barbedette, déjà évoqué dans quelques-unes de mes publications.

1852, Adèle et Claire Gallocheau

Les biens d’Elisabeth sont partagés entre ses cinq filles, Lucie étant décédée aux Chauvins à l’âge de 12 ans. L’héritage est composé des biens conséquents de Michel, comprenant le domaine de Périgny. S’y ajoutent la cabane des Grandes Bordes et le domaine des Chauvins. L’aînée de 57 ans, Adèle et sa sœur cadette Claire, 55 ans, héritent de la Cabane Pourrie et de la borderie du Petit Barillon, comprenant la maison du Bas Rillon.

L’acte de partage est étonnant sur la multitude des créances dues à la défunte Elisabeth. Les cinq héritières vont se les partager. Pas moins de 119 créances sont répertoriées, toutes ayant fait l’objet d’un acte notarié. Les créanciers sont de simples particuliers habitant la Saintonge. Le total dû est de 142 000 francs, soit en moyenne 1 200 francs par débiteur. La plus modeste est de 300 francs, la plus élevée est de 7 000 francs. Le total est considérable. À titre de comparaison, les deux sœurs Gallocheau vont vendre le Bas Rillon en 1864 pour la somme… de 4 300 francs.

En 1851, la cabane du Bas Rillon est-elle aussi une auberge ?

Le recensement de 1851 apporte une information mystérieuse : on l’a vu plus haut, le Petit Isleau est devenue une cabane, mais le Bas Rillon semble être une « cabane auberge ». Deux familles occupent les lieux : André Hippeau et son fils Pierre sont rouliers (ou charretiers, ils transportent des marchandises), sa femme Magdelaine et sa belle-fille Julie, 20 ans, sont aubergistes. Le couple Simonet et leurs deux enfants s’occupent de cultiver et de jardiner la cabane. Au recensement de 1891, aucun habitant des deux côtés de la nationale exerce le métier d’aubergiste.

Julie est la fille d’André Hippeau issue de son premier mariage. Il décède au Bas Rillon en septembre 1853. Il avait 49 ans.

On pourrait penser que l’auberge du Petit Bas Rillon est encore en activité, et ses tenancières sont Magdelaine Hippeau et Julie. Elles n’avaient qu’à traverser le grand chemin. L’auberge a-t-elle changé de côté ? Vraisemblablement oui, mais pas pour longtemps : en 1856, Julie a quitté la famille pour se marier, et l’année suivante, Magdelaine veuve Hippeau est fermière.

1864, Louis et Marie Daviaud

Cette année-là, le Bas Rillon est bien une cabane : elle est affermée à Louis Daviaud et à son épouse Marie Girard. Ce cultivateur est né en 1826, en face, à l’auberge du Petit Bas Rillon. Son père Jean y était alors cabaretier, avant le couple Massé Géant évoqué plus haut.

Autrefois, le métier réglementé de cabaretier consistait à vendre du vin à table et à servir à manger aux voyageurs. Rien de comparable avec les cabarets parisiens !

1895, Gabriel et Annonciade Pain

La cabane reste une trentaine d’années dans le patrimoine des Daviaud. Louis junior, le fils de Louis, décédé en 1877, et sa mère Anne signent le 19 décembre 1895 chez Maître Chevalier la vente de la maison. Celle-ci comprend « des chambres basses et hautes, cellier, chai, cuisine, grange, grenier et un petit jardin ». Plus un hectare de terrain attenant.

Gabriel Pain exerce les métiers de sellier et de bourrelier. Le couple habite rue Gambetta à La Rochelle. Les bâtiments sont affermés. Depuis cet acte notarié de 1895, la maison s’appelle Le Bas Rillon, et non plus Le Barillon.

1907, Fernand Pigeonnier

La famille Pain n’habite plus La Rochelle, ils ont déménagé à Jarnac en Charente. Le fermage du Bas Rillon est confié, depuis avril 1906, à Constant Cosset (1865-1944), qui achètera, en 1921, un très grand terrain à La Chaume, le long de la voie ferrée. Il est aussi fermier de la Cabane Pourrie appartenant à Fernand Pigeonnier.

ℹ️ Lire aussi : La Chaume

On ne présente plus Fernand Pigeonnier, propriétaire cultivateur, époux d’Adèle Penisson. Le couple achète un grand nombre de biens à cette époque. Son père Edouard se rendra acquéreur de la ferme des Veaux Verts en 1913, dont il héritera en 1923.

Le prix de la vente, 3 320 francs, présente une particularité. 398 francs sont payés comptant à la vue du notaire. Reste un surplus de 2 922 francs. Les vendeurs ont contracté trois obligations, dont une auprès d’Edouard Pigeonnier, le père du présent acheteur. Le deal est le suivant : Fernand Pigeonnier récupère les dettes des vendeurs, à charge pour lui d’en assurer le remboursement. Il obtient l’accord de l’autre créancier pour honorer cet engagement, son père déclarant se rendre caution. Merci Papa !

Cette pratique de racheter des créances pour acheter un bien est assez rare. Mais, c’est une bonne manière de se débarrasser de ses dettes, les bons comptes faisant les bons amis…

En 1911, Fernand Pigeonnier habite momentanément le château de Lafond à La Rochelle. Il en est le fermier jusqu’à son décès en décembre 1931. Cette vaste propriété lui permet d’assouvir sa passion pour les chevaux.

1911, Honoré Robart

Fernand a gardé la maison quatre années. L’acheteur est Honoré Robart. Ce propriétaire habite le quartier de La Courbe à Aytré. Il est originaire de la Somme où il est né en 1834.

Il s’agit là encore d’un investissement, la maison étant toujours affermée à Constant Cosset.

Fernand ne s’est pas acquitté de son obligation de rembourser les dettes reprises en 1907. La présente vente va servir à les régler. Il doit en apporter la preuve d’ici à deux mois aux acheteurs afin de lever toutes les hypothèques.

1921, François Boucher et Amélie Talvart

Honoré Robart est décédé en novembre 1920. Avant de rendre l’âme, il a organisé sa succession. À son épouse Jeanne Gaudin, il cède l’usufruit de la maison, à Eugène Gibouleau, le fils de Jeanne issu de son premier mariage, la nue-propriété.

En juillet 1921, ils signent l’acte de vente du Bas Rillon avec François Boucher, entrepreneur de travaux publics, et Émilie Talvart, son épouse. L’acte précise que la jouissance des biens est immédiate, y compris pour la perception des loyers et des fermages dont la charge est assurée par Constant Cosset et Joseph Renaud.

En 1922, le couple Boucher ouvre un café et créé un poste à essence de la marque Azur dont le fournisseur est la maison Desmarais frères, basée à Paris. Cette entreprise d’envergure nationale est la plus importante à l’époque pour la fourniture de carburant. Depuis la fin de la Grande Guerre, elle est le premier actionnaire privé de la Compagnie française des pétroles (CFP), qui donnera naissance à Total.

Cette photo de 1935, prise sur la RN7, illustre assez bien ce qu’est la pompe à essence du Bas Rillon.

1935, une voiture italienne fait le plein dans une station Azur, sur la RN7. Licence CC0 1.0

Quelques photos permettent de replacer le café et la pompe dans leur environnement.

La vue aérienne ci-dessus montre deux hangars. Celui du nord-ouest a été construit dans les années 1960, l’autre, au bord de la route, est bien plus ancien, il est visible sur le cadastre de 1867, mais il a été en partie reconstruit après 1952.

Sur la façade de ce hangar, face à la grande route, en bas à droite, une borne Bourdalouë du nivellement général de la France (vers 1860). Ici, le sol est à 4 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer. Il y en a 7 sur Angoulins. Photo personnelle

Sur le recensement de 1926, trois familles occupent les lieux. Tous sont cultivateurs, y compris le couple Boucher. Bizarre… mais l’acte notarié qui suit prouve qu’ils ont bien tenu un commerce depuis 1922. Dès son arrivée et jusqu’en 1927, Pierre Boucher achète six parcelles de terre pour une superficie totale de 2,3 hectares. Les deux autres familles en sont les fermiers.

1941, Joseph Pelloquin et Anaïs Giraudeau

L’acte de vente est signé en septembre par Amélie Talvart Boucher. La procédure a été rapide depuis qu’elle est veuve. En effet, son époux François, désigné comme aubergiste dans le document, est décédé le 2 juin. Amélie, âgée de 69 ans, ne se sent pas assez solide pour tenir seule le café. Le moment est donc venu de vendre.

Elle cède la maison ainsi qu’une dizaine de parcelles de terre pour une superficie totale de quatre hectares. S’y ajoute un « fonds de commerce de café et le poste à essence ». Une grande licence ou licence IV est attachée à l’établissement.

La description de la maison montre qu’elle n’a pas changé depuis des décennies.

Dans l’inventaire du matériel cédé, outre les 8 tables et les 22 chaises, 187 verres de différentes sortes permettent de satisfaire les clients de passage. Ceux-ci pouvaient jouer au billard et aux cartes. Et, pourquoi pas, faire une petite sieste sur les trois chaises longues à leur disposition.

Joseph Pelloquin, 45 ans, est armateur à La Rochelle. Il habite Tasdon, pas loin de la gare. Par un acte de justice de 1934, il est séparé de biens de son épouse Anaïs Giraudeau, mais sans en être divorcé. Il n’est pas le seul acquéreur de cette affaire : il contracte à 50/50 avec sa belle-sœur Cléda Giraudeau, qu’il épousera en 1966, Anaïs étant décédée en 1957.

La vente est soumise à quelques conditions. Les acquéreurs sont tenus de continuer le contrat avec le fournisseur de carburant ; la maison et le commerce appartiendront au survivant des deux acquéreurs, les héritiers n’auront rien à redire. Les charges seront payées par moitié entre eux. Enfin, la venderesse a l’interdiction de créer ou d’exploiter un commerce analogue dans un rayon de 15 km autour du Bas Rillon.

Elle déclare qu’elle a réalisé les chiffres d’affaires suivants :

AnnéeChiffres d’affairesBénéfices commerciaux
193850 000 F8 000 F
193960 000 F9 000 F
194055 000 F7 000 F
De janvier à septembre 194135 000 F4 000 F

Bref, une affaire qui roule ! (à l’essence Azur bien sûr !) même si les bénéfices semblent se tasser par la guerre.

Une vue de 1947. On devine les accès sous les arbres. Deux pompes à essence sont visibles au bord de la route. Image IGN Remonter le Temps
1948, Paul et Eglanta Renoux

8 juin 1948, le document de cession de la maison préparé par Maître Sacré, notaire de La Rochelle, est prêt à être signé. Ils sont cinq devant son bureau : Joseph, son épouse Anaïs, sa sœur Cléda, Paul Renoux et Eglanta Rene.

Cet acte concerne uniquement la maison. Je n’ai pas trouvé celui du fonds de commerce, mais Paul en devient bien propriétaire comme on le verra plus loin.

Paul Renoux est chauffeur. Ce parisien de naissance a 46 ans. Elle, 43 ans, est vendéenne. Mariés depuis une dizaine d’années, ils habitent avenue Jean Guiton à La Rochelle.

La vente — la maison en mauvais état et 2,23 hectares de terre — est consentie moyennant 400 000 francs, soit 16 000 de nos euros. Ce prix semble sacrifié, mais une comparaison s’impose. À sa sortie en 1947, la version normale de la petite Renault 4 CV était vendue au prix de 280 000 francs. En réalité, la maison n’est pas spécialement bradée, elle est vendue en l’état. Ce sont plutôt les voitures qui étaient chères, surtout pour cette minuscule citadine : son prix correspond à environ 15 mois d’un salaire moyen de l’époque. En conséquence, 400 000 francs représentent un peu moins de deux années de salaire de 1948. L’immobilier était bien plus accessible autrefois, comparé aux prix pratiqués aujourd’hui sur Angoulins.

Paul et Eglanta s’installent au Bas Rillon. Ils continuent l’exploitation du commerce. Quelques éléments sont décrits dans l’acte de vente : la salle accueillant les voyageurs est une véranda, comme on l’a vu plus haut sur la photo ; devant la maison, une terrasse en ciment est recouverte de chaume. De quoi protéger le pompiste sous les chaleurs estivales.

Depuis 1952, la famille Roy

Depuis octobre 1950, les nuits de Paul Renoux sont plutôt agitées. Un jugement définitif du Tribunal de Commerce de La Rochelle le contraint à rembourser plus de 67 000 francs à la Société Rochelaise Automobile. Visiblement, il n’a pas pu réunir la somme demandée et la saisie est imminente.

Bien qu’il ait été transcrit au bureau des Hypothèques de La Rochelle, le commandement de l’huissier n’a pas été archivé. Ce genre de document n’est d’ailleurs pas conservé. Cette dette est certainement liée à l’achat d’un véhicule, peut-être à crédit, et dont le capital n’a pas été réglé.

Tout va se dénouer en ce début d’année 1952. Le 9 janvier, rendez-vous est pris au Tribunal civil de La Rochelle pour la vente aux enchères, à la bougie. Deux lots sont formés, le premier pour la maison, mise à prix de 80 000 francs et le second pour le fonds de commerce, mise à prix de 500 000 francs. Remarquez la grande différence de valeur entre les deux lots.

Une bougie est allumée pour le lot numéro un. Après une rude bataille entre les avoués (avocats de Cour d’appel), Maître Oudoux remporte les enchères pour la somme de 280 000 francs. Une autre bougie est allumée pour le second lot. Maître Appraillé propose 505 000 francs. Pas d’autre enchère, la bougie s’éteint.

Ce dernier agit pour le compte de René Roy, 46 ans, cultivateur à Angoulins. Le fonds de commerce lui est attribué, mais pas la maison, ce qu’il n’accepte pas. Conformément au cahier des charges, Maître Favreau, avoué du créancier, demande au Tribunal de réunir les deux lots sur la mise à prix de 785 000 francs (le total des deux lots). Le juge accepte la demande. Une nouvelle bougie est allumée, Maître Appraillé propose 795 000 francs, le feu s’éteint. René Roy, dernier enchérisseur, est le nouveau propriétaire du Bas Rillon. Ouf !

Pour la petite histoire, Henri Pianazza, entrepreneur de maçonnerie bien connu à Angoulins, dispose d’un privilège de nantissement sur le fonds de commerce. Pas de vente sans garantie de retour de son investissement !

Un grain de sable venu de Châtelaillon

Une autre vente aux enchères est organisée le 30 avril, car un certain Raymond Dalidet, propriétaire demeurant à Châtelaillon, souhaite surenchérir sur la maison. Cette procédure s’appelle la « surenchère du dixième ». La mise à prix est donc fixée à 280 000 + 28 000 = 308 000 francs. Maître Appraillé propose 313 000 francs, toujours pour le compte de René Roy, sans autre surenchère. Pourquoi diable cette procédure ? Encore un qui n’avait rien à faire ce jour-là et 28 000 francs de perdu pour René. Peut-être une vieille rancœur à solder…

Après toutes ses péripéties judiciaires, René Roy et son épouse Haydée Laplaine deviennent définitivement les propriétaires de la maison du Bas Rillon et du fonds de commerce. Au total, ils ont dépensé 987 000 francs. Vous aimez encore les comparaisons ? Ce prix payé représente 2 ans et 9 mois d’un salaire moyen annuel d’un employé en 1953. Le franc a bien perdu de sa valeur en quatre ans.

René Roy a fermé le fonds de commerce. D’après la famille, la licence IV aurait été vendue à un restaurant d’Angoulins.


Une rapide bio de la famille Roy

Celle-ci est originaire de Vendée, plus exactement de Saint-Georges-de-Pointindoux, à mi-chemin entre La Roche-sur-Yon et la côte Atlantique.

En 1922, Victor, le père de René, s’installe à Angoulins. Il est âgé de 66 ans. Il a épousé, en 1892, Marie Violeau. Malheureusement, celle-ci est décédée en août 1918 au Girouard (Vendée). Victor est venu avec deux de ses enfants, l’aînée Marie, 27 ans, et le petit dernier René, 17 ans. Un troisième, Aimé, les rejoindra plus tard.

Marie a épousé, en 1919, au Girouard, Marcel Daniau. Issu d’une fratrie de six enfants, il est le seul à quitter sa Vendée natale. Commence alors une nouvelle vie à Angoulins avec Marie et leur première fille, Simone, alors âgée d’un an.

La famille est embauchée par Fernand Pigeonnier. Il possède la ferme au numéro 5 de la rue Carnot, que les Angoulinois connaissent sous le nom de ferme des Glands ou ferme de la Bernardière (du prénom du fils de Fernand).
Deux nouvelles filles vont y naître : Odette en 1923 et Marcelle en 1925.

Vers 1950, la ferme des Daniau près des Veaux Verts. Au centre de l’image, le haras de La Chapelle abritait les chevaux de Bernard Pigeonnier. Source famille

Cinq ans après l’arrivée de la famille, le 8 octobre 1927, René se marie à la mairie d’Angoulins avec Haydée. Cette vieille famille Angoulinoise est bien connue : son frère, Armand Laplaine, sera entrepreneur de maçonnerie.

En 1926, la famille Laplaine a sa maison à La Maladrerie. Des descendants de la famille Roy y habitent toujours.

Cinq enfants naissent de cette union. L’aîné, Claude, héritera du Bas Rillon, après le décès de ses parents, René en 1969 et Haydée en 1977.

Claude est né en 1930, à la Cabane Pourrie, car son père y était fermier depuis 1929 pour le compte du même Fernand Pigeonnier, alors le propriétaire. Le monde est petit.

Claude épouse, en 1949, Pierrette Ouint d’Alfortville près de Paris. Il aura la charge de l’écluse de Saint-Jean-des-Sables de 1950 à 1953. Puis, il cultive la terre du Bas Rillon et exerce en parallèle le métier de pêcheur mareyeur. Le couple a une fille, Loïse. Depuis le décès de son père Claude en 2020, le Bas Rillon lui appartient.

ℹ️ Lire aussi : Saint-Jean-des-Sables

Vers 1952, devant la maison de l’écluse de Saint-Jean-des-Sables. René Roy, son épouse Haydée et, à l’arrière de la charrette, leur fille Jeannine. Collection Loïse Roy Benoist

En rencontrant Loïse en septembre 2024, je ne pensais pas que la ferme du Bas Rillon me livrerait une histoire aussi riche autour de cette nouvelle grande route et de ses auberges. Pour cela, je lui renouvelle mes remerciements.

Faire la connaissance de la famille Goujaud Bonpland a été une très belle surprise. Les recherches nécessaires à la rédaction de ce blog en sont parfois émaillées, ce qui en fait tout l’intérêt et le charme.

Municipalité de Bonpland en Argentine. Elle porte le nom d’Aimé depuis 1858. Image Google Maps

Documentation
Madame Loïse Benoist Roy
Archives départementales de La Rochelle
Michel Simon Goujaud Bonpland, portrait d’un botaniste Rochelais, Annales de la Société des Sciences Naturelles de La Charente-Maritime, mai 2024, volume XI, fascicule 6
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