La vie d’une commune est Ă©maillĂ©e de personnalitĂ©s dont les gĂ©nĂ©rations qui se succèdent gardent dans leur mĂ©moire un souvenir prĂ©cis et attachant. Robert Cassagnes est de ceux dont on se souvient. Après une brillante carrière militaire, il a su mettre ses nombreuses qualitĂ©s au service des Angoulinois tout au long de sa longue retraite commencĂ©e en 1972. Des dĂ©cennies de bĂ©nĂ©volat au sein d’associations, dont la plus emblĂ©matique est le club de football de la JSA. Point d’orgue de cet engagement, un mandat de maire de 1983 Ă 1989 pendant lequel il a nouĂ© une relation de confiance avec les Angoulinois-es et menĂ© Ă bien des dossiers structurants pour l’avenir de la commune.

J’adresse mes plus vifs remerciements Ă la fille de Robert, Nelly Enault Cassagnes, sans laquelle je n’aurais pas pu Ă©crire avec autant de dĂ©tails cet article. Elle m’a ouvert très amicalement et avec une grande confiance les riches archives de son père.
1924-1940, naissance et jeunesse
Robert Louis Antoine Cassagnes naĂ®t le 6 avril 1924, Ă Montrouge, près de Paris, dans l’appartement de ses parents. Loin de son Quercy familial comme il l’Ă©crit dans ses mĂ©moires.
Robert, surnommĂ© Bob en famille, est le premier enfant de la famille. Son père Jean est ouvrier boulanger, sa mère Jeanne Canihac s’occupe du nouveau foyer. Le couple est ambitieux : il est montĂ© Ă la capitale dans l’espoir de crĂ©er sa propre boulangerie.

1929, le rĂŞve d’ĂŞtre patron boulanger se rĂ©alise
La famille s’agrandit. En septembre 1926, un petit frère, AndrĂ© (DĂ©dĂ©), voit le jour Ă Montrouge. Le dĂ©sir d’ĂŞtre patron de son commerce est exaucĂ©. En 1929, Jean, Jeanne et leurs deux garçons s’installent dans le Lot, Ă Cahors. Une boulangerie « parisienne » ouvre ses portes au cĹ“ur du quartier mĂ©diĂ©val. Un troisième garçon, Pierre (Pierrot), agrandit la famille en dĂ©cembre 1931. Elle est installĂ©e dans un appartement, au-dessus de la boutique fleurant bon les odeurs de chocolatine et de pain chaud.

Aujourd’hui, la boulangerie sent bon l’arĂ´me du cafĂ© torrĂ©fiĂ© : voir ici sur Google Maps
1932, retour Ă Vitry-sur-Seine
Notre couple est nostalgique de la banlieue de Paris. Ils rachètent une boulangerie au pied d’un immeuble rĂ©cemment construit. Elle est baptisĂ©e « Le Bon Pain ». La famille vit dans un modeste appartement juste au-dessus. Une pièce Ă l’arrière de la boutique sert de lieu de vie, le laboratoire est en sous-sol, seul un petit soupirail donnant sur le trottoir assure une prĂ©caire ventilation.

1932, un malheur s’abat sur la famille
Une vie de labeur, certes, mais pleine de promesses Ă©tait tracĂ©e. Voici ce qu’Ă©crit Robert dans ses mĂ©moires Ă l’Ă©vocation de cette nouvelle installation.
Malheureusement, une terrible Ă©preuve frappe la famille : Jeanne dĂ©cède le 18 aoĂ»t, emportĂ©e par une fausse couche. Sa sĹ“ur Margot vient aussitĂ´t au secours de la famille pour s’occuper des enfants et aider au magasin. Robert est envoyĂ© pour quelque temps Ă Puylaroque, village natal de sa mère dans le Tarn-et-Garonne, sous la bienveillante tutelle d’une autre tante, Louise, la sĹ“ur aĂ®nĂ©e de Jeanne.
1935, une « nouvelle » maman
Les pires chagrins finissent toujours par s’apaiser. En mars 1935, Jean Ă©pouse Yvonne Larue, originaire de Vitry. En dĂ©cembre 1940, naĂ®t Christiane, une petite sĹ“ur que nous n’espĂ©rions plus… nous dit Robert.

1940-1972, une brillante carrière militaire
1940-1944, il entre en résistance
Quelques mois après le dĂ©but des hostilitĂ©s, la dĂ©bâcle s’installe en France, et plus particulièrement sur Paris. En juin 1940, Jean dĂ©cide de mettre sa famille Ă l’abri, et envoie les trois garçons dans le Lot… Ă vĂ©lo ! 500 km, accompagnĂ©s de Suzanne, la sĹ“ur de Jeanne. Un voyage sans encombre, avec l’assistance de quelques fermiers rencontrĂ©s sur cette longue route.
En juillet, un certain calme est revenu. La famille revient Ă Vitry, cette fois-ci par le train. Robert, 16 ans, frĂ©quente le stade dans lequel, avant-guerre, il faisait de l’athlĂ©tisme et du football, grande passion qui ne le quittera jamais. Mais, le stade est utilisĂ© par les occupants, impossible d’y pratiquer sereinement ses sports prĂ©fĂ©rĂ©s. Un sentiment de colère et de rĂ©volte l’assaille. La tentation de voler une arme le prend, mais il y renonce.
La vie associative et sportive reprend cependant ses droits, au sein de l’UJRF, Union des Jeunesses RĂ©publicaines de France, couverture des Jeunesses Communistes interdites. Un petit groupe d’amis, dont il fait partie, organise des actions de distribution de tracts et de sabotages. Les parents de Robert sont dans l’ignorance. Le fournil sert Ă cacher les tracts distribuĂ©s dans la clandestinitĂ©.
La manifestation du 14 juillet 1944
Les troupes du débarquement progressent depuis quelques semaines. La libération de Paris est proche. Ce 14 juillet, les Jeunesses Communistes appellent la population à manifester autour des mairies et des monuments aux Morts.

Ces manifestations sont historiques. Du haut de ses 20 ans, Robert prend part à celle qui se déroule à Vitry. Il suit la Citroën Traction en tête de cortège, avec quelques hommes armés à son bord. La riposte des Allemands ne se fait pas attendre, mais ils sont repoussés par les patriotes. Finalement, peu de dégâts au sein des centaines de participants.
AoĂ»t 1944, il s’engage dans l’armĂ©e de LibĂ©ration de la France
Robert est titulaire d’un brevet FSGT (FĂ©dĂ©ration sportive et gymnique du travail), il sait mener une sĂ©ance d’entraĂ®nement physique, cette compĂ©tence lui servira dans sa carrière. Fin aoĂ»t, il se rend au fort de BicĂŞtre, Ă deux pas de Vitry, et, avec deux amis proches, s’engage dans l’armĂ©e de LibĂ©ration. Sentant que la guerre va bientĂ´t prendre fin, ils veulent participer Ă l’ultime effort patriotique.
Une certaine improvisation règne. L’Ă©quipement est rare, autant que les armes. Le nouveau caporal Cassagnes embarque dans un camion, direction l’est du pays. Il est affectĂ© Ă un canon de 20 mm antichar et antiaĂ©rien du Bataillon de marche de Paris. RebaptisĂ© GTL, groupe tactique Lorraine, puis Brigade FFI de Paris ou Brigade Fabien, du nom du colonel Pierre Georges dit Fabien, plus tard intĂ©grĂ©e au 151ᵉ rĂ©giment d’infanterie.
Pierre Georges est un militant communiste, rĂ©sistant de la première heure. Comme chez les Cassagnes, son père, nĂ© Ă Rochefort en 1887, est ouvrier boulanger. Pierre sera apprenti de ce beau mĂ©tier. En 1941, il est l’auteur du premier attentat contre l’occupant nazi. Le 27 dĂ©cembre 1944, Ă la mairie d’Habsheim en Alsace, l’explosion d’une mine qu’il pensait inoffensive met fin Ă son juste combat.
Une place dans le 19ᵉ arrondissement porte son nom, le Parti Communiste Français y a son siège au numéro 2.

ArrivĂ© en Moselle, Robert connaĂ®t ses premiers combats Ă Gravelotte. Ce petit village est rĂ©putĂ© pour une autre bataille, celle qui opposa le 18 aoĂ»t 1870 les Français du MarĂ©chal Bazaine aux armĂ©es prussiennes. Une victoire tactique pour la France, malgrĂ© le dĂ©chaĂ®nement de l’artillerie ennemie, d’oĂą l’expression « il pleut comme Ă Gravelotte ».
Le 3 janvier 1945, l’Ă©motion est Ă son comble lors des obsèques du Colonel Fabien au cimetière du Père Lachaise de Paris. L’honneur revient Ă Robert de porter la gerbe de fleurs rouges en tĂŞte de cortège.
Retour au combat. Il franchit le Rhin le 2 avril 1945 avec le 151ᵉ RI, maintenant intĂ©grĂ© avec la 1ère armĂ©e française du GĂ©nĂ©ral de Lattre de Tassigny. BlessĂ© au bras par un tir ennemi le 4 avril, il est rapatriĂ© dans le Sud de la France pour sa convalescence. De ces six premiers mois passĂ©s Ă repousser l’ennemi vers l’Allemagne, Robert reconnaĂ®t l’engagement des rĂ©giments coloniaux, fait unique de notre histoire, peut-ĂŞtre du monde comme il l’Ă©crit, venus libĂ©rer la Mère Patrie.
À l’automne 1945, le 151ᵉ RI est une composante de la deuxième Division marocaine.
Cette marche et le franchissement du Rhin par les armées de Libération lui valent le droit de porter l’insigne Rhin et Danube, nouveau nom de baptême de la 1ʳᵉ armée française.

1945, début de sa carrière militaire… et de son idylle avec Marcelle
La Libération de la France arrive enfin. Début juin, après sa convalescence, le sergent Robert est accueilli avec chaleur, émotion et fierté par sa famille sur le quai de la gare de Lyon à Paris.
Il reprend contact avec ses amis de Vitry, et particulièrement, avec une amie du club de sport qu’il va bientôt épouser, Marcelle Régnier.

Il rejoint son régiment, toujours le 151ᵉ, en Autriche, à Bregenz, commandé par le colonel Gandoët, né à Rochefort comme le père du colonel Fabien, et qu’il aura en estime tout au long de sa carrière. Novembre, retour en France à Metz avec son régiment, l’accueil est triomphal et mémorable.
Au même moment, les gendarmes se présentent au domicile de ses parents, ils étaient à la recherche du soldat Cassagnes porté déserteur. Une méprise vite oubliée compte tenu de son engagement !
Robert ne souhaite pas reprendre les rĂŞnes de la boulangerie paternelle. L’armĂ©e cherche des volontaires pour l’EMESC d’Antibes, l’École Militaire d’Escrime et de Sports de Combat. Elle est la renaissance de l’Ă©cole des sports de Joinville, le fameux « Bataillon de Joinville ». Il y entre en dĂ©cembre pour y faire un stage. Brevet en main, sa carrière militaire dĂ©marre.
Le 2 mars 1946 est un grand jour pour Robert et Marcelle : ils s’unissent à la mairie de Vitry-sur-Seine, un bonheur qui durera 70 années. De leur union, naîtront cinq enfants.
1947-1972, Robert participe aux conflits de la France
Après Antibes, Robert, nommĂ© Ă KĂ©nitra au Maroc, est finalement affectĂ© Ă l’Ă©cole des Cadres de Langenargen en Allemagne Ă la demande du gĂ©nĂ©ral de Lattre de Tassigny. Cette Ă©cole est une annexe de celle des sous-officiers de Saint-Maixent. En septembre 1947, il en sort triplement diplĂ´mĂ© : moniteur EPMS (entraĂ®nement physique, militaire et sportif), maĂ®tre nageur et maĂ®tre d’escrime (maĂ®tre d’armes). Il sera particulièrement fier de ce dernier.

Robert est formateur physique et sportif
En octobre 1949, il arrive Ă Saigon en Indochine. Après diverses affectations, il achève sa formation, puis est rapatriĂ© en France. En 1952, il est affectĂ© Ă l’École d’Infanterie de Saint-Maixent et est admis dans le corps des sous-officiers de carrière. Promu adjudant en juillet 1953, il obtient son brevet d’infanterie 2ᵉ degrĂ©.

Trois ans plus tard, il effectue un second sĂ©jour en Indochine. Après les combats, il rejoint, en 1955, la dĂ©lĂ©gation française chargĂ©e de la mise en Ĺ“uvre de l’indĂ©pendance du Cambodge auprès du roi Sihanouk. Promu adjudant-chef fin 1956, il revient Ă Saint-Maixent. NommĂ© sous-lieutenant Ă l’automne 1959, il embarque pour l’AlgĂ©rie et est affectĂ© au 18ᵉ RCP (rĂ©giment de parachutistes).

Les promotions sont rĂ©gulières. En octobre 1961, Robert est lieutenant, il est nommĂ© Ă Valenciennes, puis au centre d’Instruction du 126ᵉ RI de Brive oĂą il est officier des sports. Capitaine en 1965, il rejoint, en 1971, le service de reclassement professionnel des militaires de Fontenay-le-Comte oĂą il bĂ©nĂ©ficie de sa dernière promotion, chef de bataillon. Son dernier poste est Ă Bordeaux. Il prend sa retraite le 1ᵉʳ juillet 1972 et reçoit une affectation de dĂ©fense comme chef d’Ă©tat-major du District de la Protection Civile de La Rochelle. Une carrière bien remplie !

| 1983 Chevalier de la LĂ©gion d’honneur | 1955 MĂ©daille Militaire | 1967 Chevalier de l’Ordre National du MĂ©rite | Croix de guerre 1939/45 avec Ă©toile d’argent | Croix de guerre TOE avec une Ă©toile de vermeil et une de bronze | |
| Croix du Combattant | Croix du Combattant Volontaire (en 1944) | MĂ©daille commĂ©morative d’Indochine | 1953 MĂ©daille d’Honneur de bronze en EPS | Campagne d’Indochine, mĂ©daille coloniale, ExtrĂŞme-Orient | 1956 MĂ©daille d’argent du MĂ©rite Sportif (Cambodge) KhĂ©mara Kelarit |
1967, l’arrivĂ©e Ă Angoulins
C’est Ă l’occasion de son sĂ©jour Ă la base-Ă©cole de Saint-Maixent en 1956 que Robert Cassagnes entend pour la première fois parler d’Angoulins.
Un de ses moniteurs lui vanta les bienfaits d’un coin du littoral, encore un peu sauvage, loin du bruyant tourisme, oĂą la pĂŞche est bonne, la crevette rose abondante et dĂ©licieuse, sans grand luxe, un village paisible avec quelques commerces largement suffisants.
N’ayant pas apprĂ©ciĂ© pleinement OlĂ©ron et les Sables-d’Olonne, la famille plante les toiles de tente du cĂ´tĂ© de la Platère, au bout de la plage. Le rĂ©veil n’est pas celui escomptĂ©, le garde champĂŞtre leur intimant l’ordre de dĂ©mĂ©nager, car ils campent sur un terrain privĂ©. Un autre emplacement, Ă quelques mètres, ne pose plus de dĂ©sagrĂ©ments.
Vingt ans plus tard, le 4 juillet 1984, Robert, devenu maire d’Angoulins, inaugure la nouvelle base nautique Ă l’emplacement exact des tentes de l’illĂ©galitĂ©.

La maison de la rue du Chay
En 1965, Bernard Pigeonnier lotit huit parcelles, rue du Chay, entre La Manon et le port du Loiron. Robert achète deux parcelles contiguĂ«s, un peu plus de 1 200 mètres carrĂ©s pour y construire sa future maison. Avant de concrĂ©tiser ce projet, elles servent de terrain de camping, oĂą ils se sentent bien chez eux. Une caravane amĂ©liore le confort des canadiennes. Marcelle et ses enfants, rejoints quelques jours par Robert, profitent des vacances d’Ă©tĂ©, avec une vue sur l’ocĂ©an qui, par l’urbanisation, n’existe plus aujourd’hui.

En 1967, Robert dĂ©pose le permis de construire de sa maison Ă la mairie. La construction commence quelques mois plus tard. En juillet 1972, le clairon de la retraite militaire sonne. L’emmĂ©nagement permet Ă la famille de devenir dĂ©finitivement Angoulinoise.
La parcelle Ă construire a pour adresse « rue du Nany » au lieu du Chay, erreur due Ă l’administration du cadastre depuis la dernière guerre. Elle sera corrigĂ©e Ă la fin des annĂ©es 1960.
Cette spacieuse villa a Ă©tĂ© baptisĂ©e « Marbo ». Mar comme Marcelle, et Bo comme Bob, diminutif de Robert.Le plan de la villa Marbo. C’est une construction innovante pour l’époque, faite de caisson modulaire en bois. © Mairie d’Angoulins, archives PC
Depuis la retraite militaire, Robert dĂ©borde d’activitĂ©s
Les boulots d’appoint
Dès son arrivée à Angoulins, Robert s’investit dans les associations locales. Mais, il cherche en parallèle une activité rémunératrice. La première consiste à superviser l’installation de panneaux publicitaires chez les particuliers, mais devant la dégradation environnementale que cela engendre, il renonce. Je suis devenu, sans le savoir, un précurseur de la protection de l’environnement, écrit-il.
Une seconde opportunité se présente. Celle de travailler chez Paul Thébault, entreprise Rochelaise de matériaux et carrelages alors réputée. La fille du créateur, Germaine Delmas, est la patronne. Elle souhaite que Robert devienne représentant, chargé d’un grand secteur. Un vœu incompatible avec les activités associatives. Robert propose son propre planning, exigence accordée par la direction ! Il devient polyvalent, chargé particulièrement de certaines livraisons délicates. Devenu homme de confiance, il s’occupe du déménagement de la nouvelle propriété des Delmas. Ce passage chez Thébault fait naître une nouvelle passion, la mosaïque.
La mosaĂŻque
En effet, Robert a l’occasion de récupérer des cartons remplis de chutes d’émaux de Briare, destinés à être jetés. Au départ, il n’en connaît pas l’utilité. Mais, comme il n’aime pas gâcher, l’idée lui prend d’en faire des œuvres artistiques.
Le résultat est impressionnant. À tel point, qu’en août 1994, une exposition de ses œuvres permet d’apprécier ce talent inattendu. Ses œuvres sont aujourd’hui dispersées dans la famille.
À cette passion de la mosaïque, s’ajoutent quelques ouvrages de broderie lorsqu’il était en activité et de marquetterie. Robert possédait un don certain pour les loisirs créatifs.



Le club de football de la Jeunesse Sportive Angoulinoise
L’implication associative de Robert Cassagnes dĂ©bute par le club de football. Ce dernier connaĂ®t une Ă©poque d’incertitude depuis la disparition de l’ancien stade des Russons transformĂ© en lotissement. Les Ă©quipes sont parties du cĂ´tĂ© d’AytrĂ© pour crĂ©er une entente.
La solution arrive en dĂ©cembre 1967 : Germaine Baillot d’Étivaux, la veuve d’Auguste Moinard, ancien patron d’une fabrique de savon rue Saint-Gilles, vend Ă la commune ce grand champ entre le chemin de ToucharĂ© et le parc municipal. Le club va pouvoir renaĂ®tre, portĂ© par de nouveaux dirigeants, Raoul SacrĂ©, Albert Pianazza, Paul Auger, Edouard Pigeonnier… et Robert Cassagnes.
Ce dernier ne sera jamais prĂ©sident de la JSA, mais il assurera l’Ă©ducation des plus jeunes, et tiendra avec une grande rigueur le secrĂ©tariat jusqu’en 1993, y compris pendant son mandat de maire (1983-1989).
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Le foyer du club, le club 3ᵉ âge L’Espoir et la chorale
Depuis son arrivée à Angoulins, Robert Cassagnes est le secrétaire du Foyer du club, bâtiment préfabriqué construit dans le parc en 1970, évoqué dans la publication sur la JSA. Ce foyer propose des activités aux plus jeunes, comme le modélisme par exemple. Il devient le siège du club de football.
Bien plus tard, il assure la vice-présidence du Club l’Espoir pour le bien-être de nos aînés. Robert y insufflait sa bonne humeur, son dynamisme et un sens aigu de l’organisation qui l’a toujours caractérisé.
Enfin, accompagné de son épouse Marcelle et de leur fille Nelly, il participe à la chorale « La Clé des Chants » menée par le chef André Lantini.

1983-1989, aux commandes de la commune
De concert — justement — avec son engagement dans les associations, l’intérêt de Robert Cassagnes pour la gestion communale commence en 1977. Cette année-là , deux listes sont en présence : celle du maire communiste sortant, Albert Denis, déjà deux mandats au compteur, et son challenger Edouard Pigeonnier, plutôt marqué à droite. Robert en est le colistier.
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Le scrutin est sans équivoque. La liste Denis l’emporte haut la main, deux bulletins sur trois dans l’urne en sa faveur. Les scores des malchanceux révèlent toutefois que Robert est apprécié dans son camp. Il réalise le second meilleur score en voix après le menuisier Francis Fincato.
Six ans plus tard, le 6 mars 1983, trois listes concourent à l’élection. Une menée par un quatuor soudé, Robert, Claude Grenier, Pierre Rioual et Jacques Couillaud. En face, Albert Denis tente un quatrième mandat, peut-être celui de trop. Enfin, une autre liste de gauche, emmenée par Raymond Nicolas, membre du Parti Socialiste.
Au premier tour de ce scrutin nominal, seuls deux candidats sont élus : Claude Grenier (664 voix) et Robert Cassagnes (661 voix). Ils ont fait une excellente campagne et leurs engagements associatifs sont reconnus. Les colistiers sont très proches des 650 voix nécessaires pour être élus, les autres candidats atteignant péniblement la moitié requise.
Au second tour, les listes Denis et Nicolas fusionnent. Une troisième s’est maintenue avec quatre rescapés. Le résultat est sans appel : la liste Cassagnes Grenier rafle tous les postes de conseillers. La victoire est totale. L’écharpe de maire revient logiquement à Claude Grenier, mais lors d’une réunion privée, il a demandé à Robert de prendre la tête du conseil, ce qu’il accepte, mais pour un seul mandat. En 1989, Claude Grenier sera élu maire pour douze années.

Quelques réalisations de son mandat
Les dossiers laissés par son prédécesseur sont nombreux : il manque toujours à Angoulins une grande salle polyvalente et une base nautique ; l’aménagement de la zone commerciale des Fourneaux est un casse-tête ; les voiries et les réseaux ont pris du retard ; la communication communale n’existe pas, etc. Bref, il y a du boulot !
L’annĂ©e de son Ă©lection Ă la tĂŞte de la commune est celle d’une consĂ©cration personnelle. Lors de la cĂ©rĂ©monie du 11 novembre, le Colonel Saby lui remet la Croix de chevalier de la LĂ©gion d’honneur, couronnant l’exemplaritĂ© de sa carrière militaire.
La situation financière de la commune est très tendue. 40% des impôts locaux servent à payer la dette, bien plus importante que le seuil admissible. Robert et son équipe vont s’employer à inverser cette tendance. Des terrains sur la zone sont vendus. La dette est renégociée. Plus les années passent, plus les capacités d’investissement augmentent, permettant de financer des rénovations de voiries et de construire ou réparer des réseaux fatigués.
Le 4 juillet 1984, Robert inaugure un nouveau centre nautique, en présence du président du Conseil général, Philippe Marchand, accompagnés par le curé Émile Bullier.

Notre nouveau maire souhaite un développement maîtrisé d’Angoulins. Son vœu le plus cher est d’investir dans des équipements utiles à la population, comme la nouvelle salle polyvalente en gestation.
La précédente municipalité avait le projet d’installer cet équipement attendu dans le parc municipal, à la place de la grange en bois qui a fini en fumée vers 1980. Ce lieu, vite abandonné, n’était pas adapté au stationnement des voitures.
Finalement, le projet est repensé, financé et un terrain appartenant à la commune, route des Marais, est choisi. Quelques mois de travaux plus tard, le ruban tricolore est coupé le samedi 22 novembre 1986, en présence de François Blaizot, président du Conseil général et de Marie-José Veyrac, conseillère régionale. La salle rend hommage à Louis Ferrant, Compagnon de la Libération.

Cette construction a été en partie financée par la vente de la ferme du Pas des Eaux en 1985, rétrocédée par l’État après l’échec du projet d’installation d’un lycée agricole.
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On doit aussi au crĂ©dit de son Ă©quipe municipal la crĂ©ation d’un nouveau bureau de poste, sur les terrains vendus de l’ancienne usine Sogemap des frères Becquet. Il a Ă©tĂ© inaugurĂ© le 30 mars 1989 par Claude Grenier, tout juste Ă©lu maire.
ℹ️ Lire aussi : l’usine des frères Becquet
Angoulins ou Angoulins-Sur-Mer ?
Depuis le XIXᵉ, certains écrits mentionnent ce complément de détermination au sens de la topologie. Mais quant est-il exactement ?
La question a Ă©tĂ© tranchĂ©e en 1987 par le Conseil d’Etat. Ă€ la demande de Robert Cassagnes, cette haute instance a estimĂ© que la dĂ©nomination officielle, Angoulins, n’est pas de nature Ă crĂ©er un risque de confusion avec d’autres communes. Notre village est unique, l’affaire est classĂ©e !
Un bilan positif
Ces six années ont vite passé, mais la commune d’Angoulins a bien évolué. L’équipe dirigée par Robert Cassagnes a su assainir les finances, aidée par l’extension de la zone commerciale des Fourneaux. Des équipements attendus depuis longtemps ont vu le jour. Le quotidien des Angoulinois s’est amélioré avec d’importants travaux de voirie et d’aménagement de réseaux. Dès 1983, cette équipe a recréé et enrichi le bulletin municipal, désormais baptisé « Angoul’infos ».
Le saviez-vous ?
Difficile de ne pas évoquer Dédé, le frère de Robert disparu en janvier 2013. André Cassagnes fut un inventeur génial. On lui doit un objet que tous les enfants ont eu en main : le Télécran. Il créa des jeux et avait la passion des cerfs-volants qu’il faisait voler dans le ciel de Châtelaillon lors du festival international.

Il y avait tant à dire…

Collection Cassagnes
Ă€ la lecture des Ă©crits de Robert, on ressent tout l’amour qu’il a portĂ© Ă Marcelle pendant les 70 ans de leur vie commune. Elle s’est Ă©teinte le 16 dĂ©cembre 2015, Ă l’hĂ´pital de La Rochelle. Il a souffert de cette absence jusqu’au 7 octobre 2021. Ses cendres reposent depuis au columbarium du cimetière communal.
Un exemple de dévouement pour la communauté
J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce long article. La vie de Robert Cassagnes fut tellement intense et riche qu’il aurait pu l’être deux fois plus.
Cette vie est un tĂ©moignage inspirant de dĂ©vouement pour son pays, et pour autrui. Robert aurait pu se consacrer uniquement Ă sa famille et Ă sa nouvelle maison d’Angoulins après sa retraite. Pourtant, il a prĂ©fĂ©rĂ© mettre ses compĂ©tences et son autoritĂ© naturelle au service des Angoulinois.
Son hĂ©ritage est durable, comme la salle des fĂŞtes Louis Ferrant dont il a concrĂ©tisĂ© le projet attendu depuis de nombreuses annĂ©es. Robert nous a dĂ©montrĂ© que la retraite n’est pas une fin, et qu’elle peut ĂŞtre bien plus longue et aussi enrichissante que la pĂ©riode qui prĂ©cède.
Documentation
Nelly Enault Cassagnes
Robert Cassagnes, Un Long Chemin, mémoires
Robert Cassagnes, Pour une Écharpe, mémoires de son mandat de maire
Archives de la JSA

